La commission d’enquête parlementaire sur le chlordecone a pris fin ce jeudi 17 octobre. Objet de vives contestations en Guadeloupe et en Martinique, l’Etat a reconnu son implication dans ce scandale et s’engage pour une alimentation zero chlordecone dans un plan chlordecone 4 et évoque la réparation. Les collectifs quant à eux vent debout contre l’empoisonnement de la population attendent les actions.

 

« On va juger les actes ! », s’écrit Philippe Pierre-Charles, représentant du collectif Lyannaj pou deploye matnik. Il a vu l’initiative de la ministre des Outre-mer d’un bon œil. « C’est une bonne chose qu’elle ait reconnue la responsabilité de l’Etat. Maintenant, il faut que l’Etat ait une attitude qui découle de ça. »

Le collectif Lyannaj pou deploye matnik fait partie de la dizaine d’associations qui s’est formé en Martinique et en Guadeloupe contre ce pesticide et surtout pour connaître la vérité. Patricia Chatenay-Rivauday est la présidente de l’association Vivre. Ce regroupement guadeloupéen combat « cet abandon de l’Etat » à coup de tribune sur France info ou encore des manifestations de prise de conscience publiques.

La présidente de cette association a qualifié l’intervention d’Annick Girardin de « kout sab an dlo ».

« Nous ne comprenons pas que l’Etat puisse dire oui, on reconnaît notre responsabilité et puis on n’entend pas parler de ce fameux plan global de prise en charge des Antillais », s’étonne-t-elle. Et d’ajouter : « Les Antillais bénéficieraient d’un protocole de soins ; de l’accompagnement psychologique, une décontamination de tous les communs (eau, écosystème), une indemnisation économique de toutes les personnes qui ont perdu leur activité et sont touchées et particulièrement pour toute la population des préjudices moraux d’anxiété et corporels »

© Facebook

Un petit pas pour les Antillais

Lors du dernier jour de l’audition de quatre ministres par la Commission d’enquête parlementaire sur le chlordecone, Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture a évoqué les sujets qu’attendent les Guadeloupéens et les Martiniquais. Premièrement, une alimentation zéro chlordecone. « C’est la volonté du gouvernement », affirme le ministre devant les parlementaires. Et d’ajouter : « Est-ce que nous pourrons l’atteindre demain ? Non ! Mais nous devons tout faire pour aller dans cette direction.”

L’autre priorité du gouvernement est la cartographie des sols. Aujourd’hui, environ 15% des sols ont été analysés. La tâche risque d’être compliquée d’après Didier Guillaume mais des analyses sont déjà planifiées. “200 en Guadeloupe et 110 en Martinique“, précise-t-il.

Il faut que les mesures du futur plan chlordécone soient encore plus fortes, plus contraignantes, afin d’arriver à avancer et à assurer aux habitants de Guadeloupe et de Martinique que l’alimentation ne met pas leur santé en danger“, ajoute le ministre de l’Agriculture.

Et pour finir, la question de la réparation. Si le ministre de l’Agriculture ne s’est pas exprimé de façon précise sur le sujet, il a souligné l’évidence de l’indemnisation des victimes grâce au fonds d’indemnisation des victimes de pesticides.

Cette commission d’enquête qui doit rendre son rapport le 4 décembre est chargée d’examiner les conséquences sanitaires, environnementales et économiques du chlordécone et du paraquat.

 

Chlordecone :

le Chlordécone est suspecté d’être à l’origine des cancers de la prostate, très nombreux aux Antilles, alors que 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont contaminés par ce produit, selon une enquête de Santé Publique France, publiée en 2018.

Le chlordécone, utilisé pour lutter contre un charançon de la banane, a été interdit aux États-Unis dès 1975 car classé comme “cancérigène possible”.

Paraquat :

le paraquat est un pesticide. Il vise à protéger les semis contre les plantes dites adventices qui réduisent le rendement et la qualité de la récolte.

Il a été utilisé pour traiter les bananiers en Martinique et en Guadeloupe. C’est un produit toxique et écotoxique, notamment source d’atteinte hépatorénale, pulmonaire et du système nerveux.

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