Lycinaïs Jean et E.sy Kennenga, Le Zèbre de Belleville - ©Joelle Bah-Dralou

Lycinaïs Jean et E.sy Kennenga, deux artistes phares de la scène musicale caribéenne, sont de passage à Paris pour une série de six concerts acoustiques les 13, 14, 15, 20, 21 et 22 décembre 2018. Friands de scènes live, les deux auteurs-compositeurs-interprètes antillais se produisent au Zèbre de Belleville : un cabaret intimiste de la capitale.

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », disait Eluard. Lycinaïs Jean et E.sy Kennenga étaient faits pour se rencontrer. La jeune chanteuse guadeloupéenne trace sa route depuis la publication de covers remarqués sur Youtube en 2011. Patrick Saint-Eloi, E.sy Kennenga ou encore Jocelyne Beroard l’ont inspirée. Le chanteur martiniquais découvre sa voix avec la reprise de « Rèv en mwen » de Patrick Saint-Eloi et a suivi l’évolution de sa carrière. Du travail, de la persévérance et des liens tissés entre Lycinaïs Jean et son public lui ont ouvert les portes de beaux projets entre les Antilles et Paris. E.sy Kennenga lui propose d’assurer sa première partie à l’Olympia en 2014 : une performance saluée. Un duo sur scène en Martinique en août 2018 leur a donné des envies d’encore. Les voici réunis sur la scène du Zèbre de Belleville pour offrir au public un joli moment de partage. La démarche des deux artistes mus par la même sincérité transcende la salle. Le duo véhicule amour et ondes positives sur des rythmes chaloupés, des chansons inspirées.

Mediaphore se devait d’assister à la première date parisienne du duo pour témoigner de l’accueil réservé dans la capitale. Le public s’est déplacé nombreux pour le premier concert du 13 décembre. Avant l’arrivée des artistes attendus, Prince Myles et Julian ont offert aux spectateurs deux sessions acoustiques en première partie. Deux moments appréciés du public. Lycinaïs Jean et E.sy Kennenga ont pris le relais et conquis la salle dès les premiers accords. Leur complicité était palpable. Deux guitares, deux voix au service d’un concert intimiste de plus d’1h30 qui a littéralement envoûté Le Zèbre de Bellevile.

Comment vous sentez-vous à l’issue de cette première date?

Lycinaïs Jean : Je me sens super bien. Le concert s’est bien passé. C’était encore mieux que ce que j’espérais. Le public semblait content de vivre ce moment avec nous. On a voulu leur proposer un répertoire avec nos chansons mélangées. Les gens étaient réceptifs pendant tout le concert. C’était top.

E.sy Kennenga : Pour une deuxième, c’était vraiment cool. J’ai passé un excellent moment sur scène. J’espère qu’il en a été de même pour Lycinaïs et le public, mais a priori oui. En général, quand je partage avec un artiste c’est une expérience enrichissante, mais partager la scène avec Lycinaïs comme ça  … On sort tous les deux de nos zones de confort, c’est vraiment enrichissant.

Comment avez-vous eu l’idée de proposer des concerts en duo?

Lycinaïs Jean : C’est notre public qui nous a poussés. Les gens avaient envie de nous entendre en duo. C’est vrai que notre musique a beaucoup de points en commun et puis E.sy c’est un artiste que j’admire. On en a discuté une première fois en Martinique. Nos managers aimaient l’idée, nous aussi. Ca s’est fait tout naturellement.

E.sy Kennenga : On nous a souvent dit qu’on a des vibes similaires. Beaucoup de personnes pensaient que je la produisais. Quand j’ai commencé à découvrir sa musique, je me suis retrouvé un peu dedans. Chemin faisant, elle est devenue l’artiste qu’on connaît aujourd’hui. Elle a fait sa route, elle s’est fait sa place et aujourd’hui on se rend à cette espèce d’évidence: on a une vibe qu’on kiffe tous les deux. Poussés par le public qui voulait qu’on fasse une chanson ensemble, on s’est dit qu’on fera plus qu’une chanson, on fera un show tous les deux. On est un peu dans les prémices. C’est la deuxième fois qu’on le fait. Les gens se posent des questions sur ce qu’ils vont trouver. Nous on sait ce qu’on veut donner. On est en train d’écrire ce spectacle, c’est ce qui est intéressant. Ces 6 dates, j’ai vraiment hâte.

Votre duo fonctionne sur scène; l’expérience vous donne-t-elle envie d’écrire un album à 4 mains?

Lycinaïs Jean : Je ne veux pas trop en dévoiler, mais tu brûles! En fait on a beaucoup d’idées. On en discute en ce moment. Il va falloir sélectionner le projet le plus intéressant, mais c’est sûr qu’on va faire de nouvelles choses ensemble.

E.sy Kennenga : Ben oui, après il n’y a plus de limite. Les limites, on se les met nous … On peut écrire un album, on peut écrire deux albums, on peut faire un EP, on peut faire une chanson, on peut ne faire que des concerts. Ça peut aussi être un délire de ne rencontrer Lycinaïs qu’en concert. Si tu veux nous entendre en duo, faudrait venir nous voir sur scène. On y réfléchit, mais c’est sûr qu’on fera du son ensemble qu’on va fixer sur un support. Notre public ne va pas nous laisser vivre sans qu’on fasse ça. Ce soir, les gens ont découvert les bases de notre première chanson à deux, mais je n’ai pas encore écrit ma partie. On s’entend bien hors scène, c’est cool.

Maintenant qu’on sait que vous continuerez à travailler ensemble, quels sont vos projets artistiques personnels en 2019?

 Lycinaïs Jean : C’est clair qu’on va travailler sur des projets en commun. A côté de ça, je vais continuer à proposer le concept de concerts en extérieur avec des casques (Silent concert). On a lancé ça l’été dernier et ça a bien plu. J’invite les gens à venir écouter ma musique dans un lieu public. Je chante et ils m’entendent dans des casques. Ça donne l’impression d’être dans une bulle. Chacun est dans son cocon, les gens chantent. Ils chantent fort en plus, parce qu’ils ne se rendent pas compte avec le casque sur les oreilles, mais c’est ça qui est bien. La première fois c’était sur les marches à Montmartre. On réfléchit à de nouveaux lieux pour 2019.

E.sy Kennenga : on a donc cette formule avec Lycinaïs qu’on va essayer de faire évoluer. De mon côté, j’ai mon album « Carnet de Voyage D’un Solda Lanmou » qui est sorti cette année, chapitres 1 et 2. On va commencer à parler des chapitres 3 et 4 l’année prochaine. J’ai aussi commencé une collection de livres pour enfants. J’ai sorti le premier volume pour Noël. Pour le moment il n’est disponible qu’en version numérique sur mon site www.ekshop.fr. J’espère que la version papier arrivera bientôt. On y travaille. Ça s’appelle Pom’ Kanèl. C’est inspiré de ma fille. C’est un livre pour enfant de 0 à 5 ans. Pour le premier volume, c’est Pom’ Kanèl, une petite princesse caribéenne qui découvre le Noël de chez elle au travers des aliments, des instruments. Elle découvre les ambiances, les cadeaux de chez elle, avec nos codes, nos environnements, pour contribuer à une proposition de perspective donnée à cette jeunesse avec quelque chose qui nous ressemble.

 Une dernière question avant de se quitter. Comment expliquez-vous que la musique caribéenne ait tant de mal à se faire une place dans les médias métropolitains?

 Lycinaïs Jean : Ben en fait, ce sont les médias qui ont la réponse. Moi je pense que c’est parce qu’ils ne prennent pas de risque. Il faut qu’ils s’ouvrent à de nouveaux horizons. Il faut qu’ils découvrent ce qui se passe ailleurs. Ils disent qu’ils passent ce que le public veut écouter. C’est un prétexte. En réalité, ce sont les médias qui éduquent le public. S’ils prenaient le temps de proposer d’autres musiques, les gens seraient éduqués à ces musiques. Et puis il faut développer les scènes live. Ça se perd de nos jours. En ce moment il y a un petit sursaut avec quelques artistes caribéens qui se produisent en live mais il faut développer ça pour que les gens vivent des expériences. On espère faire voyager ce concert. On verra où le vent nous mène.

E.sy Kennenga : Moi je dis que ça découle de la situation historique des Antilles face à la France. Les Antilles ont encore du mal à se faire une place, à être reconnues par la France hexagonale. Historiquement, d’un point de vue sociétal, c’est un pays qui n’a jamais su nous valoriser, qui n’a jamais voulu nous valoriser. Nous on le voudrait, mais c’est une envie qui n’existe que de notre côté. Il faut qu’on arrête de vouloir ça, il faut arrêter de vouloir briller dans les endroits où on ne veut pas de nous. Ça nous fait perdre de l’énergie, on est frustré, on ne se trouve pas valorisé à la hauteur de ce qu’on propose. Il est temps qu’on mette de l’énergie sur des médias comme Mediaphore qui parlent de nous, pour nous, par nous. Les médias nationaux, on ne peut pas leur en vouloir non plus. On est une minorité dans ce pays. D’un point de vue capitalistique, il ne faut pas oublier que les médias ne sont pas des acteurs culturels ou artistiques , ce sont des acteurs économiques avant tout …

Prochaines dates : 20, 21, 22 décembre 2018 au Zèbre de Belleville

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