Le départ de la 11e édition de la Route du Rhum sera donné ce dimanche 4 novembre à 14h, à Saint-Malo. La course transatlantique en solitaire n’est pas seulement une affaire de sport. La compétition, courue tous les quatre ans, a été aussi créée pour relancer la filière rhum. Elle est depuis indissociable des Antilles.

Dimanche 4 novembre 2018, l’une des plus célèbres courses transatlantiques à la voile s’élancera depuis la cité corsaire de Saint-Malo, en Bretagne. Si vous croyiez que la grande régate trouvait son origine dans la passion du sport, détrompez-vous. La Route du Rhum, avant d’être une affaire de voileux, c’était une histoire de business, de promotion territoriale. Et ça le reste.

Elle est probablement l’une des courses françaises de voile des plus mythiques. Créée en 1978, elle fut le théâtre de grands exploits, de performances sportives inédites. Elle a des parfums d’aventure et des effluves… de rhum. C’est d’ailleurs de là qu’elle tire son nom : la Route du Rhum, puisqu’elle emprunte les trajectoires des caravelles d’antan qui reliaient l’Europe aux Antilles. Mais pas seulement.

Une dispute franco-britannique

L’histoire raconte que la France se cherchait à l’époque une course de voile pour faire la nique aux Anglais dont les décisions sur The Transat (la transatlantique anglaise) ne satisfaisaient plus les Français. En effet, dans l’édition de The Transat (course britannique) de 1976, Alain Colas, navigateur français participait à la course sur un gigantesque monocoque de 236 pieds (72 mètres). Pour une course en solitaire, le bateau est démesurément grand. Mais, “pour financer son bateau, Alain Colas s’appuie sur [l’homme politique influent] Gaston Deferre, et ses contacts” notamment “les dirigeants des grandes entreprises” rapporte le site bateaux.com, spécialisé dans la discipline.

C’est Gilbert Trigano, le patron du Club Med, qui accepte de financer les ⅔ du bateau, à condition que le navire porte le nom de son entreprise. “Suite à l’édition de 1976, les organisateurs imposent une restriction sur la longueur des bateaux, désormais de 56 pieds (17m) maximum et sur le nombre de participants, limité à 110 bateaux. Quatre-vingt-dix concurrents prennent le départ de cette 6e édition, marquée par une nette baisse de la participation des Français, mécontents des nouvelles règles”, indique le site de The Transat, la course britannique.

L’intervention du lobby du rhum antillais

Alors, c’est Michel Etévenon, entrepreneur du monde du spectacle, qui décide de créer une nouvelle compétition, 100 % française qui rallierait la France continentale depuis Saint-Malo, à la France d’Outre-mer, la Guadeloupe, pour une vraie transat, en solitaire.

Mais la décision ne lui est pas venue seule. Elle lui a été soufflée par Florent de Kersauson, breton et businessman accompli et spécialisé dans le financement des exportations. Et surtout par Bernard Hass, le secrétaire général du syndicat des Producteurs de Sucre et de Rhum des Antilles, lobbyiste chargé de défendre les intérêts de la filière. Il cherche alors à relancer la consommation de rhum combattue par l’eau-de-vie dans l’Hexagone, et toujours assez faible en local. Pour rebooster la filière.

Interviewé par nos confrères de France Bleu Ouest, Florent de Kersauson raconte :

Une occasion de promouvoir le territoire

Et puis Michel Etévenaon rentre dans une belle opération pour convaincre les autorités locales. Selon le site Outremerlemag, qui rapporte l’interview de Lucette Michaux-Chevry, les arguments massue ont été le développement du tourisme face à une industrie agricole (banane) et rhumière “en perdition”. : “J’ai reçu Monsieur Ethévenon dès le mois de février 1976, sans pouvoir vous donner la date exacte. Il avait déjà préparé ce dossier en collaboration avec Lucien Bernier, ancien président du Conseil général de la Guadeloupe. Ce dernier avait déjà mesuré à cette époque que la canne était « en perdition », la banane menacée et enfin que le tourisme, domaine sur lequel nous nous étions repliés, constituait une voie de développement possible.

Pourquoi ? Parce que cette manifestation permettrait dans un premier temps de diffuser une meilleure image de mon pays à l’étranger, et tenter ainsi d’effacer celle du volcan sur le point de faire disparaître tout le Sud Basse-Terre portant atteinte au développement touristique de la Guadeloupe. De plus, au regard de notre histoire, nous sommes un peuple qui a toujours eu peur de la mer. L’ensemble de nos constructions donnait dos à cette étendue. C’était donc là, une occasion inespérée de réconcilier la Guadeloupe avec la mer et de s’ouvrir vers le large.”, raconte Lucette Michaux-Chevry.

Cette année, la région a mené au village de Saint-Malo, une grande opération de séduction sur les produits péyi et la destination touristique des plages de Guadeloupe.

Depuis, c’est l’effervescence que l’on connaît. Bien sûr, l’impact économique est très ponctuel et n’a pas toujours les effets durables que l’on escompte. Mais quand même, durant ce temps de la route du Rhum, le pays est en ébullition : il fait beau, en témoignent les travaux qui émaillent nos routes quotidiennement dont l’échéance est prévue avant les arrivées. Et puis il y a des concerts, des événements, on va chanter, danser et célébrer les  performances des femmes et ses hommes qui prennent la mer à Saint-Malo.

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