Avec toute l'équipe d'Idec, Francis Joyon célèbre la victoire

Alors qu’il menait la course en tête depuis le départ donné à Saint-Malo, François Gabart s’est finalement incliné de sept petites minutes devant Francis Joyon, au bout d’une lutte sans merci pour la première place, à Pointe-à-Pitre, dimanche 11 novembre. Le skipper de 62 ans établit un nouveau record de course.

Un duel haletant et un final d’anthologie. Dimanche 11 novembre 2018, Francis Joyon (Idec Sport) a remporté l’édition 2018 de la Route du Rhum, sur le fil, à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. C’est la première fois que le skipper de 62 ans sort vainqueur de la course transatlantique mythique, depuis sa première participation 1990. Il enregistre un temps record de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes, devant François Gabart (parti en tête dès le début de la course). Récit.

« Il passe devant c’est pas possible ! » L’exclamation se répand parmi tous les groupes, massés devant le Memorial ACTe à Pointe-à-Pitre. Tous attendent l’arrivée des deux premiers Ultimes, les mastodontes de la Route du Rhum, pilotés par François Gabart et Francis Joyon. Il est 17h passés, et les deux voiliers sont à la peine, au coude à coude, dans une mer sans vague, sans vent, en croisant la bouée de Basse-Terre. Pourtant, Francis Joyon, deuxième tout au long de la transatlantique remonte petit à petit son adversaire, François Gabart, skipper de 35 ans.

Passés devant le cap de la tête à l’Anglais en début d’après-midi, les deux skippers ne se laissent aucun répit. Gabart est en tête et semble bien parti pour remporter l’édition 2018 de la Route du Rhum. Impossible pour autant de se reposer et de laisser son bateau Macif filer : Joyon, à bord de son Idec Sport, le serre de près, prêt à le dépasser.

Une ambiance de fête

Sur le parvis du Memorial ACTe, la foule s’est amassée, flânant dans le village, découvrant les produits peyi : ici on déguste du jus de groseille, là, une bière d’une brasserie fraîchement ouverte, ou bien un bokit, ou bien on découvre l’artisanat du coin. Vêtus de leur polo bleu turquoise, les supporters de Banque Populaire, le bateau d’Armel le Cléac’h, chaviré il y a quelques jours goûtent, malgré tout, joyeusement la déconvenue de leur champion. « On est là, on va applaudir celui qui arrivera en premier ».

Un peu plus loin, on écoute la musique des groupes qui se succèdent sur la scène installée au fronton du MACTe, surplombant un coucher de soleil magique. « Après une semaine de pluie, c’est quand même beau cette lumière », note Noëlle, venue avec ses deux enfants assister à l’arrivée des bateaux, dont elle suit, comme tout le monde, la progression sur son smartphone. Avec une inquiétude quand même : »Demain il y a école, alors j’espère qu’ils n’arriveront pas trop tard quand même. On dirait qu’ils n’avancent plus ».

Un duel grandiose

Et pour cause : le vent est tombé en Côte-sous-le-Vent, et les deux skippers sont obligés de tirer de bord pour avancer. Surtout Gabart dont le foil et un safran ont cassé au début de la course, après avoir passé Ouessant. Durant toute la remontée vers Pointe-à-Pitre, les deux skippers vont se tenir côte à côte, laissant imaginer à la foule toutes les issues possible. François ? Francis ?

Dans le public, l’attente est longue, à peine comblée par le concert qui lève une ambiance un peu feutrée durant l’après-midi. Finalement la musique soulève la foule qui chante et danse alors que les deux navigateurs se livrent à un corps à corps haletant. Vers 22 heures, horaire présumé de l’arrivée des bateaux, la musique retentit toujours sans un seul commentaire des organisateurs. C’est finalement quelques minutes avant le passage de la ligne d’arrivée que les musiciens taisent leur instruments pour laisser place au commentaire sportif.

Sur le tracking de la course, que tout le monde suit, les deux bateaux sont au coude à coude : Gabart qui avait pris de retard remonte son adversaire. Mais les avaries trop importantes de son Ultime ne lui laisseront aucune chance :  c’est finalement Francis Joyon qui passera la ligne d’arrivée, sept minutes avant lui.

Francis Joyon, vainqueur de la Route du Rhum 2018
©A. Ascensio
François Gabart à son arrivée à POinte-à-Pitre, 2e de la Route du Rhum 2018.

Coiffé au poteau au dernier moment, François Gabart aura la défaite souriante, malgré tout. « C’était une magnifique course. Pour ma part, j’avais imaginé où il allait falloir s’adapter et être imaginatif mais là… Le pire c’était, bizarrement pas les trois dernières heures, mais les deux derniers jours. Finalement je n’ai eu des très bonnes sensations qu’avant Ouessant. Après, j’ai géré les problèmes. J’ai donc un peu de frustration sur ces sensations de glisse, de vol que j’adore et que je n’ai pas eu. Mais voilà. C’est beau ce qu’a fait Francis. Heureusement qu’il était là, parce que sinon je ne sais pas ce que j’aurais eu à vous raconter. Que j’avais traversé l’Atlantique sur un bateau. »

À l’arrivée à Pointe-à-Pitre, la foule hurle sa joie et son respect devant ce final, grandiose. Les applaudissements et les cornemuses retentissent pour accueillir le vainqueur, qui semble à peine se rendre compte de l’exploit. C’est qu’il a la victoire modeste Francis Joyon, bien qu’il le dise : « C’est vrai que je revenais avec ce petit espoir, je savais bien que ce n’était pas évident, parce que je ne pense pas dire de bêtise mais il n’y a aucun bateau qui a gagné trois fois la Route du Rhum. Ce n’est jamais arrivé. Je suis aussi content pour le bateau. » Quant à savoir s’il rempilera pour une prochaine Route du Rhum, il rit. « C’est encore loin ».

Les deux Ultimes amarrés à Pointe-à-Pitre. © A. Ascensio

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