Pour aller Anguilla, il faudra peut-être un visa. ©A.Ascensio

Le Brexit, cela vous dit quelque chose ? Ou c’est, pour vous, un événement politique lointain qui secoue une Union européenne dont les tractations sont étrangères à la vie politique et aux centres d’intérêt locaux ? Et si en fait, cela vous concernait plus que ce que vous croyez ? Enquête sur les conséquences du Brexit aux Antilles.

Le 29 mars 2019, si les histoires de frontières européennes ne sont pas tranchées dans les négociations en cours entre le Royaume-Uni et l’Europe, il vous faudra un visa pour vous rendre à Monserrat, à Anguilla, ou dans tout autre territoire ultramarin britannique, à moins d’accords locaux.

La raison ? Le Brexit, le vote de la sortie de l’Union européenne qui condamne les îles britanniques (à ne pas confondre avec les pays du Commonwealth) à perdre leur identité européenne. Alors le Brexit aura un impact dans les Caraïbes : de la restriction de circulation des personnes, on peut aussi envisager la restriction de la circulation de biens, via des droits de douane modifiés pour le commerce, notamment pour les îles qui ne font pas partie des accords commerciaux intracaribéen. Mais aussi, et surtout pour les îles dont les ressortissants font des va-et-vient incessants entre deux pays, comme c’est le cas à Anguilla, juste en face des deux parties de Saint-Martin.

A l’arrivée sur le port passagers d’Anguilla, les contrôles sont facilités pour les ressortissants des deux côtés de l’île d’en face, Saint-Martin. ©A. Ascensio

Huit kilomètres pour aller « downtown »

Tim Foy, gouverneur d’Anguilla. ©A. Ascensio

Et ici, la libre circulation des biens et des personnes est un vrai sujet. « Historiquement, les gens, les biens et les services circulent avec très peu de barrières », analyse Sherman Williams, le responsable des finances de l’Air and Sea Port Autorithy, l’organisme qui gère les trois ports maritime et le petit aéroport d’Anguilla. Cette situation traditionnelle, a été légalement renforcée par la construction européenne. Sauf que depuis le 23 juin 2016, jour du vote du Brexit, tout est remis en question. « Il y a 3000 trajets annuels entre Saint-Martin, Sint-Marteen et Anguilla », note le gouverneur et représentant de la Reine d’Angleterre Tim Foy.

Victor Banks, Premier ministre d’Anguilla. ©A. Ascensio

En effet, les Anguillais se rendent sur les deux parties de l’île de Saint-Martin pour faire les courses, les magasins, les rendez-vous d’affaire. « On descend en ville, downtown », sourit Victor Banks, le Premier ministre d’Anguilla qui regrette un vote peu rationnel des résidents du Royaume-Uni. « Ils ont voté sur la base de leurs émotions, et n’ont pas été éduqués ». L’allusion à la désinformation menée par les partisans du Brexit, lors de la campagne, notamment sur les taxes, et la politique migratoire européenne est en cause pour lui. Alors, dans les négociations, il souhaite être considéré au même titre que Gibraltar ou l’Irlande « comme un pays frontalier, malgré les milliers de kilomètres qui nous sépare de l’Europe géographique ».

L’économie ne devrait pas trop changer pourtant, tout étant importé des États-Unis, y compris une grande majorité de touristes qui viennent profiter des plages turquoises, de sable fin. Mais quand même pour les habitants, passer d’une île à l’autre est fondamental. Alors, en local, on se dit qu’on trouvera des accords de passage : la partie française de Saint-Martin est déterminée à « être facilitateur », selon les dires de Daniel Gibbs, le président de la collectivité territoriale de Saint-Martin.

L’aide européenne en cas de pépin

Autre sujet qui pourrait toucher les îles britanniques : l’aide européenne, versée pour le développement, ou la reconstruction après les catastrophes climatiques. En 2017, pour la totalité de la région l’UE a alloué un budget de 300 millions d’euros sur la totalité de la zone, mais sur la période 2013-2020, ce sont 364,5 millions d’euros alloués pour les uniques pays et territoires d’Outre-mer, (les extensions territoriales des pays membres). Alors, sans l’Union européenne, comment vont se financer les îles ? Sur la base de leurs impôts que personne ne paie pour cause de fiscalité dite « avantageuse » ?

Le Brexit pourrait avoir des conséquences sur Anguilla et le reste des Antilles britanniques. © A. Ascensio

Dans le reste de la Caraïbe, c’est l’incertitude qui règne. On s’interroge sur les relations monétaires, sur l’impact que la récession de l’économie anglaise pourrait avoir sur les territoires ultramarins. On se pose la question des accords commerciaux, de la circulation des gens, de l’impact sur le tourisme, des relations avec les pays de tutelles, on se dit qu’il faut se recentrer sur les accords de coopérations régionales. Dans les Antilles françaises, on regarde ça de loin. Ou pas. Le sujet ici, importe peu. Contactées par téléphone, plusieurs agences de voyage de Guadeloupe, qui baladent des touristes européens en paquebot d’une île à l’autre, n’ont même pas envisagé les problématiques de visa, alors que le Brexit aura lieu en pleine saison et que les négociations se tiennent depuis déjà 2 ans.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.