A l’occasion du premier village de l’économie circulaire, qui s’est tenu le samedi 20 octobre 2018 à Pointe-à-Pitre et alors que l’archipel vise le zéro déchet en 2035, Mediaphore revient sur la question du traitement des déchets en Guadeloupe. Le zéro déchet, on est encore loin du compte, et pour plein de raisons différentes.

Si l’on se réfère uniquement aux déchets qui jonchent les routes, notamment dans les Grands Fonds de la Grande Terre en Guadeloupe, on peut se demander si la question de la gestion des déchets est parvenue jusqu’à l’archipel. Mais en creusant bien, on peut répondre oui, avec,  une (très) grande marge de progression. En 2017, ce sont, très précisément, 381 819 tonnes, de déchets qui ont été réceptionnés en Guadeloupe par les centres de tri et de traitements, soit une progression de 26 % par rapport à 2016. “Il faut quand même noter que 2017 a été une année particulière en raison des ouragans”, note Ludovic Daubin, expert de la question et prestataire assistant à la maîtrise d’ouvrage pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie en Guadeloupe. Et de fait, 11 000 tonnes ont été apportées en déchèterie, simplement pour les déchets verts après le passage de Maria. Delà, seuls 36 % sont valorisés, pendant que le reste est enfoui dans les deux sites de La Gabarre et Sainte-Rose. 

https://platform.twitter.com/widgets.js

Une collecte insuffisante

Côté collecte, seule 36% de la population en Guadeloupe est couverte par un système de “collecte sélective en porte à porte”. Autrement dit, quelques communes à peine offrent à leurs citoyens un système de poubelles différenciée (une pour les déchets ménager, une pour les emballages recyclables, voire pour le compost). La raison ? C’est cher de fonctionner à ce niveau de précision. La plupart des communes optent pour des “bornes d’apport volontaire” disposées le long des routes. Souvent en nombre insuffisant, si l’on en croit la rapidité de remplissage des bornes, voire la difficulté à trouver ces bacs d’apports, dans certaines zones, notamment en Basse-Terre. Et la raison principale  : le manque d’argent des communes et des délais de paiement qui avoisine parfois plus d’une année pour certains prestataires, qui n’ont, de fait, aucun intérêt à travailler avec les collectivités mauvais payeurs. Autre défaut, de ce système, bien qu’il soit celui qui est recommandé par les instances nationales, c’est qu’il demande un effort de tri préalable du citoyen qui doit amener lui-même ses bouteilles de verres, et ses plastiques dûments triés. En cas d’erreur de tri, tout repasse au peigne fin dans les centres de valorisation. En revanche, tout ce qui est mis dans la poubelle “classique”, part au centre d’enfouissement sans tri. “Pourtant nous avons la capacité de recevoir des gros volume, indique Manuela Lapenne, d’AER (Antilles environnement recyclage). Sur la collecte sélective on est à 15 % de capacité : on a une usine qui peut fonctionner en 3 / 8, mais on fonctionne sur deux matinées.” 

Pourtant, ce n’est pas la production de déchets qui est en cause de ce manque d’activité : selon Ludovic Daubin, chaque Guadeloupéen produit autant de déchet qu’un habitant de l’Hexagone, (soit environ 350 kg, par personnes et par an), mais n’en trie que 76 kg. “En Guadeloupe, la collecte de déchet a commencé plus tard que dans l’Hexagone, et l’éducation au tri aussi”, rappelle l’expert. Et même la mise en avant des actions de tri qui incarnent le geste de tri : qui sait que le parking du Cinéstar, aux Abymes a été réalisé  à partir (notamment) de bouteilles de shampoing revalorisées ? 

L’enfouissement, un non sens écologique

Par ailleurs, si une trentaine d’acteurs oeuvre sur la question des déchets, la Guadeloupe n’a pas d’autres options que l’enfouissement pour tout ce qui ne se trie pas. La raison ?  L’incapacité des élus et politiques, depuis le premier projet de plateforme multifilière (qui date des années 1990) jusqu’à celui enterré en début d’année, à dépasser leurs ambitions, leurs égos et leurs querelles de chapelles ou de personnes. “La solution pour allier efficacité économique et traitement des déchets serait d’avoir une unité unique de gestion avec un incinérateur pour tout l’archipel”, indique Ludovic Daubin. Mais, après plusieurs décennies de vaines discussions, ce sont trois sous projets qui correspondent à des périmètres d’unité politique qui sont envisagés sur la question du traitement des déchets. Un non sens économique, mais si c’est au service de l’écologie… Même si un incinérateur n’est pas l’objet écologique par excellence, cette gestion des déchets est toujours préférable à l’enfouissement, solution pour l’instant mise en oeuvre dans notre archipel. Car si les déchets que l’on jette à la fosse commune sont isolés, traités, certains ne se dégradent pas, ou pas vite, voire très lentement. Autrement dit, il prennent une place considérable, empiétant follement sur le foncier. “On enfouit à La Gabarre 170 000 tonnes de déchets par an. A ce rythme, en 2029, il n’y a plus de place et, dans la mesure où on a déjà rehaussé la zone, on ne pourra plus les enfouir”. Avec une conséquence immédiate  : pour gagner de la place, il n’y aura pas d’autre choix que de grignoter la mangrove,sensée nous protéger des aléas climatiques, qui seront de plus en plus fréquents avec le réchauffement climatique. Autant scier la branche sur laquelle on est assis.

Des initiatives individuelles et collectives

Ou alors, on redouble de mécanismes de prévention. La Région s’est fixée comme objectif de parvenir au zéro déchet en 2035. Au vu de son nombre d’habitants, la Guadeloupe devrait disposer de 29 déchetteries. Alors, l’an dernier, la région a lancé un appel à projet en construire 8 autres. Le tout financé à 100 %. La collectivité régionale lance aussi des initiatives, comme le premier village de l’économie circulaire, qui s’est tenu ce 20 octobre sur le parvis du Memorial ACTe. Un premier événement qui aura eu le mérite de faire se rencontrer des acteurs de la cause, des associations œuvrant pour donner une seconde vie aux objets ou apprendre à trier utile.

Au village de l’économie circulaire, on apprend à trier les déchets avec Les Connexions

Et puis des initiatives individuelles se multiplient aussi ça et là. Des nettoyages de plage, comme lors du World Clean Up Day, le 15 septembre 2018, qui a permis de ramasser sur la seule plage de Goyave près d’une tonne de détritus. Des débats dans des associations sur le zéro déchet, des repairs café, des ateliers pour apprendre à faire ses produits ménagers écolo, des associations qui viennent se monter comme Les Connexions, qui oeuvre pour le déchet événementiel. Et petit à petit, le mouvement de fond se met en marche…

Articles similaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.