Le colloque sur la chlordécone aura duré 3 jours entre la Guadeloupe et la Martinique. Il aura permis aux autorités de dresser un bilan complet des études faites sur les sols, la mer, les rivières, l’alimentation et bien entendu les conséquences de ces contaminations sur la santé. L’occasion, aussi, de faire une grande opération de communication sur les incidences sur la santé et sur le lien de transparence avec la population. 

Entre les autorités politiques, scientifiques et les citoyens, l’indicateur de confiance n’est pas au beau fixe. “D’où viennent ces maladies ?! Il faut dire la vérité à la population !”, assène un participant, lors du débat grand public ouvert durant le colloque scientifique et d’information sur la chlordécone, en Guadeloupe.

Le public était nombreux lors du débat.  A. ASCENSIO

L’objectif de ces trois jours de discussions en Martinique puis Guadeloupe, autour de l’un des plus gros scandale français de pollution aux pesticides ? “Faire la transparence, renouer la confiance sur ce sujet compliqué”, selon Philippe Gustin le préfet de Guadeloupe.
Les faits, on les connaît : les Antilles sont polluées à la chlordécone mais aussi aux autres pesticides (qu’on oublie souvent alors qu’ils sont très présents dans les sols et les organismes). Les Antillais.es sont contaminé.e.s à 95 % par le pesticide. La contamination provient de l’exposition à la chlordécone, surtout dans les zones de cultures de la banane, de la consommation d’aliments non contrôlés ou provenant de sols contaminés, ou de l’eau, d’une transmission au foetus si la femme enceinte consomme des produits “chlordéconés” durant sa grossesse.

Perturbateur endocrinien avéré, pour le reste…  

Le problème ? La durée de la persistance de la chlordécone, de plusieurs centaines d’années, et donc, des conséquences de long terme que l’on ne connaît pas encore.
Sauf que “nous avons désormais plusieurs décennies de recul sur les effets de la chlordécone”, assure Roger Genet, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé (du Ministère de la Santé), également présent lors du colloque aux Antilles, confirme : “D’un point de vue santé, nous pouvons affirmer que si la chlordécone est un perturbateur endocrinien avéré, le lien avec le cancer (de la prostate, NDLR) n’est pas prouvé. En effet, ce cancer se retrouve plus fréquemment chez les personnes originaires d’Afrique de l’Ouest, chez les Afro-américains et les Antillais.” Qui n’ont pas tous été exposés à la chlordécone.
“Par ailleurs, reprend-il, le caractère mutagène de ce pesticide est exclu”. Autrement dit, l’ADN humain n’est pas modifié par le pesticide. Enfin, il n’est pas reprotoxique, ce qui signifie que la chlordécone ne se transmet pas aux enfants.

Vivre avec la chlordécone

Alors finalement, la chlordécone ne serait pas dangereuse ? “A l’heure actuelle, aucune pathologie n’est directement liée”, martèlent les autorités sanitaires. Alors, pourquoi tout ce bruit ? “Principe de précaution”, car “la chlordécone est un polluant, la pollution est majeure et il y a des suspicions d’incidence sur la santé”, rappelle Roger Genet, de l’Anses. Par conséquent, on conserve les mesures de prévention : manger bio, diversifié, faire analyser son jardin avec le programme Jafa, et améliorer la traçabilité des produits que l’on consomme, et peut-être aussi pousser au changement de la réglementation des LMR (limites minimales de résidus), qui pour l’heure permet de mettre sur le marché, moyennant contrôles et précautions, des aliments chlordéconés. “Nous devons tendre vers le zéro chlordécone”, demandent les autorités sanitaires. Mais, à moins de trouver des solutions de décontamination des organismes, ce qui pour l’heure reste de l’ordre de la recherche, c’est impossible.

Le plan chlordécone 4 sera “co-construit”

Bilan des courses, on ne sait toujours pas vraiment ce que l’on risque à fusionner les molécules de chlordécone et nos globules. Et bien que l’argumentaire soit parfaitement étayé de chiffres, d’études, et que la bibliographie commencent à être fournie sur le sujet, la méfiance de la population reste de mise : de scandales sanitaires en conflits d’intérêts dans les études scientifiques, de la puissance des lobbys à l’impuissance de la force politique, les individus ont fini par perdre la foi en la parole publique.

C’est pourquoi l’Etat entend “co-construire” le plan chlordécone IV. Avec les scientifiques, avec les élus, les médecins. Mais aussi la société civile, les associations, et les gens. Une ambition louable, qui pourrait même emprunter la voie du succès et de l’adhésion. Avant de retomber comme un soufflé, lors d’une prochaine alerte pollution, à base de glyphosate par exemple.

Retrouvez l’ensemble du débat : 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.