Anse de Corps, à Gros Cap dans la commune de Petit-Canal en Guadeloupe. © A.D-T

Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, est arrivé lundi 11 juin en Martinique. La veille, en visite en Guadeloupe, aux côtés de la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, il a présenté une série de mesures pour lutter contre l’invasion des algues sargasses qui polluent les rivages des Antilles et de la Guyane.

À phénomène exceptionnel, mesures exceptionnelles ? Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, en visite aux Antilles françaises depuis le 10 juin, a annoncé l’investissement de 10 millions d’euros pour lutter contre la prolifération des algues sargasses sur les côtes de Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin et de Guyane. « Avec les changements climatiques, ce phénomène est amené à se répéter. Nous devons associer les intelligences, fédérer toutes les énergies pour lutter contre ce fléau », a indiqué le ministre de la Transition écologique. Ce « plan sargasses » devrait permettre aux populations de se préparer à l’arrivée des algues, à l’instar de la venue d’un cyclone ou d’une tempête tropicale, selon le gouvernement.

L’état financera ainsi 50% de ce plan qui doit s’étaler sur deux ans, le reste étant réparti entre l’Union européenne et les collectivités territoriales, dont l’investissement sera à adapter en fonction des besoins. Pour faire face à l’échouage, « trois millions d’euros supplémentaires viennent s’ajouter immédiatement au fonds d’urgence (de trois millions d’euros, ndlr) débloqué durant les semaines précédentes », notamment pour l’achat de machines.

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, admet que la situation est compliquée depuis plusieurs mois déjà. « C’était essentiel de venir sur le terrain, mais nous avons d’abord voulu prendre le temps de travailler pour apporter des réponses concrètes, à la hauteur des besoins identifiés par les collectivités. » La délégation ministérielle a d’ailleurs été bien reçue vendredi par les manifestants du collectif Marie-Galante Sargasse. Les militants hurlaient notamment : « Vous êtes venus, vous avez vu, vous avez senti. » Depuis février 2018, les Antilles sont encore plus gravement impactées que lors de l’épisode intense de 2015.

Ramassage en moins de 48 heures

Parmi les objectifs qui ont été fixés : garantir le ramassage des algues en moins de 48 heures pour éviter leur décomposition. Pour tenir cette promesse, le gouvernement a prévu d’installer 22 capteurs en Guadeloupe et Martinique. Ils permettront de relever en temps réel des mesures les taux d’émissions d’hydrogène sulfuré (H2S) et d’ammoniac (pour chaque site). Des émanations qui peuvent provoquer des maux de tête, des nausées et vomissements. Elles abîment également des appareils électroménagers ou encore les bijoux et elles empoisonnent les animaux marins et menacent la biodiversité. Plusieurs établissements scolaires ont d’ailleurs été fermés (au lycée de Petit-Bourg en Guadeloupe, les épreuves du baccalauréat ont été délocalisées), et des baignades ont été interdites sur certaines plages par mesure de sécurité sanitaire.

Les données seront ensuite disponibles sur un site en open data participatif (grâce aux différents partenaires, le signalement des citoyens et des professionnels des échouages de sargasses) et relayé dans des « bulletins sargasses » quotidiens par les médias locaux. « Nous avons apporté les moyens, parce que tous les Guadeloupéens, les riverains, les professionnels de la mer, les entreprises ont besoin d’abord d’être informés, en toute transparence » , insiste Nicolas Hulot dans un communiqué commun avec Annick Girardin.

Le suivi d’échouage par satellite sera également renforcé. Il permettra de continuer à améliorer la prévision et le suivi des nappes qui dérivent vers les Antilles et qui présentent un risque d’échouage. Ce réseau de suivi permettra de mieux anticiper les arrivées de sargasses, et donc d’aider les collectivités à s’y préparer. 300 000 euros seront mis sur la table pour ce suivi.

À cela s’ajoutent une étude scientifique ECOSAR, lancée en juillet prochain, par l’Université des Antilles visant à mieux valoriser les déchets de sargasses, réalisée en partenariat avec l’ADEME et financé à hauteur de 350 000 euros. Mais aussi une mission, dirigée par le sénateur guadeloupéens Dominique Théophile, qui se rendra sur les îles voisines afin de trouver de nouvelles solutions de valorisation (à Sainte-Lucie, par exemple, où un entrepreneur s’est lancé dans leur transformation en engrais, ndlr), et de favoriser une émulation régionale. Des mesures qui viennent trop tard selon Olivier Bérisson, porte parole du collectif Matinik pou anlot vision de Lafrik (Martinique pour une autre vision de l’Afrique en créole). « Jamais, il (l’État) n’aurait laissé un problème durant des années se faire comme ça en Bretagne ou à Marseille, enfin sur les côtes du littoral français », avait-il lancé sur RCI Martinique, samedi, lors d’une manifestation à Fort-de-France en Martinique.

Quid des indemnisations des pêcheurs et entrepreneurs dont l’activité est menacée ? « Des mesures conservatoires », notamment un moratoire sur les charges des entreprises, seront mises en place, les discussions avec les assureurs doivent se poursuivre. Ils pourraient proposer d’inscrire le « risque sargasses » dans les contrats. « Il s’agit aussi d’anticiper sur les années suivantes », notent les services du ministère.

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