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Amoureuse de la scène depuis 30 ans, Tanya St-Val ne rate jamais l’occasion de se lancer de nouveaux défis. Samedi 28 avril, au Trianon de Paris, la chanteuse guadeloupéenne va braver une nouvelle aventure en révélant au public son nouveau spectacle autour de son dernier album, « Voyage ».

À quelques heures de son entrée sur la scène du Trianon de Paris, Tanya St-Val peaufine les détails de son show. Souriante, chaleureuse et un peu préoccupée par le défi qu’elle s’est lancée pour ce spectacle, elle nous reçoit dans le studio de répétition où elle effectue ses derniers filages.

Avant de débuter l’entretien, la chanteuse guadeloupéenne nous a fait part d’un regret : la difficulté actuelle des artistes antillais à se faire une place dans l’Hexagone. Il est vrai que les chaînes nationales ne diffusent peu voire pas de musique antillaise, de nos jours. Tanya Saint-Val, qui a eu l’opportunité de voir son titre Tropical rester plusieurs semaines au top 50 dans les années 90, ne peut que déplorer la programmation des radios, des TV ou des festivals ces dernières années.

C’est la passion qui s’exprime. Une passion pour la musique, une passion pour la création. Tanya St-Val s’entoure d’ailleurs de personnes à son image pour ses projets musicaux: des personnes audacieuses en adéquation avec leur temps. Elle n’a pas peur d’expérimenter des styles nouveaux. Mieux. Tanya St-Val fait siennes les richesses du zouk et plus largement de la musique caribéenne agrémentées de quelques notes de soul ou de jazz à l’envie.

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Mediaphore : Comment vous sentez-vous à l’approche de votre concert au Trianon?

Tanya St-Val : Je me sens tranquille, mais avec l’envie de séduire mon public à nouveau. Parce que même si on connaît les chansons de Tanya St-Val, nous avons choisi une approche musicale différente. On fait évoluer les choses. Même si les chansons existent depuis les années 80, on essaie de les faire évoluer au niveau de la musique, des sons, des arrangements. Ma musique a subi un grand lifting avec les superbes arrangements de Jonathan Jurion et de toute l’équipe. Les gens vont donc écouter des chansons de Tanya revues et corrigées. Ce n’est pas un stress mais j’attends juste de voir comment les gens vont percevoir le courant musical qui reste zouk mais qui est tellement enrichi par des harmonies différentes, par des notes de musique qu’on ne retrouve pas forcément dans le zouk. Ça a été une gymnastique musicale à mon sens réussie. On va voir comment le public va accueillir ces changements.

Mediaphore : Vous jouissez d’une longue et belle carrière. Avez-vous encore le trac avant une date, Tanya St-Val?

Tanya St-Val : Oui, mais le trac n’est pas le même. Au départ on a peur tout simplement de monter sur scène parce qu’on ne sait pas comment on va faire. Aujourd’hui, le trac que je peux avoir c’est l’envie de bien faire, l’envie de séduire mon public, l’envie que le son soit bien. J’ai envie que tout se passe bien au niveau des lumières, qu’il n’y ait pas de problème technique, que tout soit réuni pour un beau cocktail.

Mediaphore : Qu’est-ce qui attend le public venu applaudir Tanya St-Val le samedi 28 avril au Trianon? Avez-vous convié des artistes à vous rejoindre sur scène?

Tanya St-Val : Il y aura peut-être des surprises mais il y aura un invité avec qui je suis en duo sur l’album Voyage (double album, sorti le 20 décembre dernier, dans lequel elle dévoile deux univers entre soleil et lune, ndlr). C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. On s’est très bien entendu humainement, musicalement aussi d’ailleurs. Nous nommes bien entendus avec Ali Angel aussi, ce qui a donné un très beau duo qui s’appelle Doucine. Victor O sera donc présent avec nous samedi soir.

Mediaphore : Le zouk est souvent perçu comme une musique de divertissement. Sur votre album, le morceau Met sa o plein d’espoir débute par un extrait du discours de Martin Luther King et fait référence à de grandes figures noires. Dans le morceau Vini Fou il est question d’environnement et d’héritage laissé aux générations futures. Comment percevez-vous la musique caribéenne, Tanya St-Val?

Tanya St-Val : Je la perçois comme une musique où on peut se divertir certes, mais aussi comme un témoin. On peut s’exprimer soit musicalement, soit au niveau des textes, au niveau de ses idées. C’est ce que j’ai pu réaliser sur le côté « Lune » puisque l’album Voyage comprend deux parties: « Soleil » et « Lune ». Sur le côté « Lune » je me suis permis de dire ce que j’avais un peu sur le coeur, les sujets que j’avais envie de traiter, de partager avec mon public. Avec cette forme de musique, je pouvais le faire. On a l’impression que le zouk ne nous permet plus de parler de sujets sérieux parce que les gens ont envie de danser, de s’amuser.

Cette forme de musique caribéenne me permet de traiter de sujets importants et de partager mon opinion avec d’autres sur des sujets plus forts comme les migrants, même parfois l’Amour. Cette forme de musique m’a manqué. C’est pour ça que j’ai voulu la mettre à part et lui donner un nom. Pour moi, c’est un héritage dans lequel je n’ai pas pu m’exprimer plus tôt parce que j’étais jeune. A l’époque je n’osais pas, mais aujourd’hui j’ai vraiment envie de le faire en tant que femme, en tant que mère. Il y a des sujets que j’ai envie de partager avec d’autres femmes, d’autres personnes.

Mediaphore : Vous aviez pourtant réussi à véhiculer un message fort sur les femmes violentées avec un titre zouk comme Carole. Comment expliquez-vous que le zouk s’exprime moins sur des sujets de ce type actuellement?

Tanya St-Val : Je pense qu’il faut davantage de mentors à la jeune génération. Les jeunes n’ont pas forcément envie de partager des sujets de société très forts parce qu’ils ont surtout envie de s’amuser. Ils ont accaparé le zouk et véhiculent ce qu’ils ressentent. Le zouk était au départ empreint de messages, de créolité avec Kassav’, avec Jocelyne Beroard, Patrick St-Eloi. Des gens qui avaient des messages forts. Les choses se sont un petit peu galvaudées mais pas que dans le  zouk. Je crois dans le monde entier les messages sont moins forts, moins puissants. On est plus porté sur le physique, l’apparence. Il n’y a qu’à regarder les réseaux sociaux. Une personne disait récemment quelque chose de très juste: avant on allait photographier la Tour Eiffel, aujourd’hui on se photographie devant la Tour Eiffel.

Le zouk était au départ empreint de messages, de créolité

Les codes ont changé. Maintenant ce sont les jeunes filles qui font la musique, ce n’est plus la musique qui fait les chanteurs. On devient chanteur parce qu’on est beau, parce qu’on a le bon look, parce qu’on sait bien parler. Est-ce qu’on a des choses à dire, je ne sais pas. Aujourd’hui ça ne suffit plus. Pour faire quelque chose de mode et d’accessible, on peut le faire facilement avec un look. Comment l’expliquer? On a perdu un peu pied sur des choses qui valorisent, des choses très fortes. Il y a de moins en moins de valeurs qui sont véhiculées. On ne peut pas leur demander de véhiculer plus de choses parce qu’ils ne savent pas où chercher. Ils n’ont pas d’exemple ou ils ne s’y intéressent pas.

Mediaphore : J’aimerais clore notre entretien sur une note d’espoir, Tanya. Avez-vous encore des rêves à ce stade de votre carrière? Si oui, lesquels?

Tanya St-Val : Oui j’ai des rêves. Jouer de la musique, partager ce sont déjà de très bons moments. D’autres partages, d’autres scènes, d’autres cultures c’est ce que j’attends. Cela me nourrit. Je ne fais plus ça parce que c’est un métier, simplement un métier. Je chante parce que j’aime ça. On n’est jamais un bon sportif comme on l’est à 20 ans et à 50 ans, mais peu importe. On n’est plus un coureur de fond mais on fait de la musique par plaisir et parce que justement on a des choses à partager. Oui, j’ai des rêves. D’autres rencontres, d’autres réalisations, d’autres textes, peut-être d’autres collaborations. Ah oui, j’ai plein de rêves…

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Concert : 28 avril, Le Trianon, Paris – 20h30

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