À l’occasion de la commémoration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies, le 27 avril 1848, au Panthéon, Emmanuel Macron a annoncé la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage. Une idée lancée par ses prédécesseurs.

Vendredi 27 avril 2018, Emmanuel Macron a présidé la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Si elle se tient habituellement, dans les jardins du Luxembourg, c’est au symbolique Panthéon – où est inhumé l’abolitionniste Victor Schoelcher, qui a appuyé la signature de ce décret – que le chef de l’État a choisi de célébrer le 170 anniversaire de la promulgation de la fin de l’esclavage. Plusieurs personnalités politiques étaient présentes, comme l’ex Premier ministre Jean-Marc Ayrault, la ministre des Outre-mer Annick Girardin ou encore l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira.

À cette occasion, le président de la République a annoncé la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage. Un projet imaginé par Jacques Chirac puis annoncé par François Hollande en 2016. Le président sortant avait d’ailleurs invité Emmanuel Macron le 10 mai dernier lors de la « journée nationale des mémoires de la traite des mémoires, de l’esclavage et de leurs abolitions » à « faire la paix des mémoires ».

Si le président avait fait le choix de ne pas prononcer de discours lors de la cérémonie, il a publié sur son compte Facebook une tribune « Mémoire de l’esclavage, le temps des actes » dans laquelle il exprime son souhait que : « La France ait une institution capable de jeter des ponts et de développer des actions communes avec toutes les nations qui ont avec nous cette histoire en partage. C’est pourquoi la Fondation pour la mémoire de l’esclavage sera créée cette année. »

Les objectifs de la structure

Durant la cérémonie, Emmanuel Macron a aussi annoncé le nom du futur président de la fondation : « Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre et figure éminente de cette mémoire ». Le président de la mission de la mémoire et de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions est également l’ex-maire de Nantes, qui fut une des villes françaises centrales de la traite négrière entre le XVIIe et le XIXe siècle.

La fondation, « sera logée à l’Hôtel de la Marine où l’abolition de l’esclavage fut décrétée le 27 avril 1848 » (par Victor Schoelcher, ndlr) a déclaré Emmanuel Macron. De plus, elle « sera dotée de moyens humains et financiers, mais aussi scientifiques, pour mener des missions d’éducation, de culture, de soutien à la recherche et aux projets locaux . 

L’un des principaux buts de cette fondation est d’aider à « replacer l’esclavage dans le temps long de l’Histoire de la France, du premier empire colonial français à nos jours ». D’après le chef de l’État, « il est impossible de parler de la France d’aujourd’hui sans parler de son passé colonial, sans dire en particulier le rapport singulier qu’elle entretient avec le continent africain, cette relation complexe et profonde qui est devenue une part inaliénable de nos identités respectives ». 

L’autre enjeu sera de « porter partout l’engagement de la France pour la liberté ». Emmanuel Macron a affirmé que l’esclavage était toujours présent et qu’il restait encore « des abolitions à gagner ». 

Pas de musée de l’esclavage à Paris

Dans une tribune adressée au président François Hollande en mai 2016, plusieurs associations (dont le CRAN et SOS Racisme) avaient demandé la création d’un musée de l’esclavage. Sur proposition de Nicolas Bonnet-Oulaldj, Raphaëlle Primet et les élus du groupe communiste-front de gauche, le Conseil de Paris avait émis le vœu en septembre 2017 que « le projet de création d’un Musée de l’esclavage, de la traite et de ses abolitions à Paris soit travaillé entre l’État, la Ville de Paris, les associations concernées et le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage » avant d’ajouter : «Je crois par conséquent que notre priorité est d’apporter notre soutien, dans la durée, à cette institution, notamment à travers l’aide que pourra lui apporter la future fondation, pour lui permettre de satisfaire à ses missions et renforcer son rayonnement. »

Une demande qu’elles ont réitérée, avant la prise de parole du chef de l’État, dans une tribune publiée vendredi sur le site du HuffPost France : « La grandeur d’un pays est d’assumer toute son Histoire, notamment lorsqu’elle est source de fractures. » Les signataires souhaitent que l’histoire de l’esclavage ne soit pas tue, mais au contraire qu’elle aide la France à « enfin dans une phase de maturité par rapport à son passé esclavagiste et colonialiste ». 

Le projet semble avoir été retoqué par le chef de l’État : « Certains plaident en outre pour la construction à Paris d’un musée consacré à l’esclavage. Or la France possède déjà un tel lieu avec le Mémorial ACTe. Situé dans la France des Outremers, sur les lieux mêmes où les esclaves ont vécu, souffert et résisté, il œuvre de manière exemplaire depuis son ouverture à la préservation de cette mémoire et à la promotion des expressions culturelles liées à cette histoire ».

Mise en scène calibrée

À l’inverse de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron n’a pas attendu l’une des deux dates des journées nationales de commémoration de l’esclavage et d’hommage aux victimes de l’esclavage des 10 mai et 23 mai pour commémorer le 170 anniversaire de la promulgation de la fin de l’esclavage.

Accompagné de trois élèves, il s’est rendu sur les caveaux des grands noms de la lutte pour l’égalité des droits : l’abbé Grégoire, Condorcet, Toussaint Louverture ou encore Victor Schoelcher. Des témoignages d’esclaves, mais aussi des vers de Césaire ont été lus à l’assistance par des acteurs.

Le 10 mai prochain, c’est le président Édouard Philippe qui présidera la « journée nationale des mémoires de la traite des mémoires, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Emmanuel Macron sera en déplacement, à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, pour le prix Charlemagne, récompensant son engagement européen.

Par ailleurs, cette cérémonie, empreinte de romanesque (à l’instar de sa traversée du Louvre, le soir de sa victoire, la cour du Panthéon était vide) et d’ode à une République française unie, survient quelques jours avant l’arrivée du président en Nouvelle-Calédonie.

Anne-Sophie Breleur, Sélène Agapé

Articles similaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.