© Twitter / @AnnickGirardin

Les producteurs guadeloupéens et martiniquais de banane ont annoncé au Salon de l’agriculture, le lancement de la marque « Banane française équitable ». Prévue pour mars prochain, elle garantit un revenu aux producteurs les plus modestes.

« En 2018, (re)poussons nos limites ». C’est le slogan clair et résilient partagé cette année, par l’Union des Groupements de Producteurs de Banane de Guadeloupe & Martinique (UGPBAN). Un message fort quelques mois après le passage dévastateur de l’ouragan Maria aux Antilles (en septembre 2017).

Mardi 27 février 2018, les producteurs antillais de bananes ont fait un pas de plus vers la reconstruction. Ils ont annoncé – en présence de Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et Annick Girardin, ministre des Outre-mer, le lancement de la marque « Banane française équitable », au Salon de l’agriculture. L’objectif : garantir un revenu aux exploitations les plus modestes.

Trois ans auparavant, 600 producteurs de Guadeloupe et Martinique s’étaient rassemblés autour de la marque « Banane française », une gamme de bananes premium entourée d’un ruban aux couleurs du drapeau français. « Le concept a bien fonctionné, la marque est maintenant distribuée dans près de 2100 magasins et nous espérons atteindre le seuil des 3000 échoppes d’ici fin 2018 », détaille Philippe Ruelle, directeur de l’Union des groupements de producteurs de bananes (UGPBAN).

La « Banane française équitable » marchera dans les pas de sa grande sœur avec la volonté de « soutenir les petites exploitations familiales, de trois à cinq hectares, qui produisent moins de 500 tonnes de banane par an », indique Philippe Ruelle.

Prix fixe, prime annuelle, exemplarité

Une revanche pour les producteurs antillais après leur déconvenue en 2017 au Salon de l’agriculture. La filière avait été condamnée par le Juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris pour leur campagne de communication dans laquelle elle se présentait comme « mieux que bio ».

Avec la sortie de marque « Banane française équitable » en mai prochain, l’Union des groupements de producteurs de bananes Guadeloupe & Martinique espère rassembler trente petits producteurs pour produire entre 6000 et 10 000 tonnes de bananes par an. Une production qui reste peu conséquente en termes de volume puisque 200 000 tonnes de bananes sont produites en moyenne chaque année dans les Antilles. L’UGPAN n’exclut pas d’augmenter l’effectif des producteurs dans les années à venir.

Pour obtenir l’appellation, les producteurs devront se montrer exemplaires, en respectant un cahier des charges prenant en compte des normes environnementales, sociales et qualitatives. « L’objectif, c’est d’arriver à une culture sans produits phytosanitaires, même si pour l’instant nous ne pouvons espérer éliminer les fongicides, à cause des maladies sur les fruits », précise Philippe Ruelle.

Par ailleurs, grâce à cette marque, une banane pourra être vendue cinq centimes d’euros plus cher, soit cinquante centimes – au lieu de quarante-cinq avec la « Banane française ». « Nous fonctionnons en coopératives. Pour aider les producteurs, nous établirons des contrats sur la durée », explique le directeur de l’UGPBAN. La contractualisation sera au minimum de trois ans. L’Union des producteurs a également annoncé qu’une prime annuelle sera attribuée aux agriculteurs. Ils décideront eux-mêmes de l’affectation : avancée vers les objectifs d’agroécologie, achat de matériel en commun, etc.

Les producteurs antillais de bananes accuseront cette année une production inférieure à la normale suite au passage du cyclone Maria, qui a détruit entre 85 et 90% des cultures en Guadeloupe, et jusqu’à 60% en Martinique.

Quid du chlordécone ?

Le chlordécone est un insecticide à base de chlore (organochloré), toxique pour l’Homme et polluant durablement les sols. Il a été utilisé aux Antilles pour lutter contre le charançon du bananier, avant d’être interdit en 1993. « La consommation régulière de denrée contaminée peut engendrer des effets néfastes sur la santé, c’est ce qui était ressorti du rapport du Dr Belpomme (éminent spécialiste sur la question, malheureusement décédé) qui avait fait entre autres le lien entre la présence du chlordécone et le cancer de la prostate,», explique le Dr. Harry Ozier-Lafontaine, directeur de recherche et président du centre Antilles-Guyane de l’INRA au webzine Girlykréyol.

Si les aliments, reposant dans le sol, sont plus enclins à contenir ce pesticide (racines/tubercules, carottes, navets, cucurbitacées, etc), « les fruits du bananier ne sont pas affectés parce que la chlordécone ne migrent pas dans le bananier » (du fait de sa tige), indique le Dr. Harry Ozier-Lafontaine.

Néanmoins, il faut rappeler que diverses études montrent depuis plusieurs années les effets néfastes du chlordécone sur la santé. En outre, le nouveau règlement européen, entré en application en 2013 « autorise une limite en chlordécone dans la viande jusqu’à 10 fois supérieure à celle admise avant cette année-là ! », dénonce Luc Multigner, épidémiologiste à l’insert dans les colonnes du Figaro.

Dans un rapport publié en novembre 2017, l’ANSES préconisait plusieurs mesures dont celle de privilégier une consommation en circuits de distribution officiels plutôt qu’en circuit court (du producteur au consommateur). De plus, l’autorité sanitaire a estimé que les Limites Maximales de Résidus (LMR) autorisées dans les aliments sont suffisamment « protectrices » et ne se prononce donc pas pour leur réduction. Une décision fortement décriée aux Antilles par les consommateurs, médecins et élus – qui dénoncent par ailleurs ne pas avoir été concertés sur la question.

Le 21 février dernier, le gouvernement s’est engagé par voie de communiqué à davantage de communication et de transparence concernant le chlordécone. La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, la ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert et la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn ont rencontré les élus des Antilles pour une « réunion de travail sur la pollution à la chlordécone ».

À noter qu’une carte précise recensant les zones touchées par le pesticide devrait voir le jour au courant de l’année, afin de pouvoir offrir une meilleure traçabilité des produits.

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1 COMMENTAIRE

  1. je pense qu’on nous ment sur le chlordécone, ils disent qu’il n’y en a pas dans la banane ça parait louche quand même. c’est pareil pour le rhum qui sait si il n’en contient pas aussi. et il exporte tout ça en france comme si de rien était…

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