Le Rêve français, mini-série française tournée en Guadeloupe et en Ile-de-France, est diffusée en prime time ce soir sur les chaînes de La 1ère et demain sur France 2. Cette saga, en deux parties, ambitionne de raconter l’histoire de ces Guadeloupéens, Martiniquais et Réunionnais qui ont quitté leurs îles natales pour rejoindre la métropole, dans le cadre de la politique du Bumidom. Partis dans l’idée de se construire un avenir meilleur, ils ne connaîtront pour la plupart que désillusion, précarité et déracinement.

« J’entends régulièrement des gens s’interroger sur la présence d’Antillais dans la fonction publique. J’ai voulu y répondre par la fiction », explique à l’AFP la Martiniquaise France Zobda (Eloa Prod), productrice du téléfilm Le Rêve français sur laquelle elle a travaillé trois ans.

La première partie de cette fiction basée sur des faits réels est diffusée les 20 mars et 27 mars à 20h35 sur les chaînes Guadeloupe 1ère et Martinique 1ère. Dans l’Hexagone, elle est à découvrir en prime time sur France 2 les mercredis 21 mars et 28 mars, et les samedis 7 et 14 avril prochain sur la chaîne France Ô. Le Rêve français suit pendant plusieurs décennies le parcours de ces Guadeloupéens, Martiniquais et Réunionnais partis dans l’Hexagone avec l’espoir d’un avenir meilleur, par le biais du Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre-mer (Bumidom).

Le Réunionnais Sandro Agénor et le Martiniquais Alain Agat, dont les familles ont eu recours au Bumidom, signent le scénario de cette saga, réalisée par Christian Faure. Les scénaristes ont pu s’appuyer sur le journaliste guadeloupéen Michel Reinette, auteur d’un documentaire sur le sujet. L’écrivaine réunionnaise Monique Agénor (mère de Sandro Agénor) a également été consultante sur le projet. Tourné entre la Guadeloupe et l’Ile-de-France, le film coproduit avec France Télévisions a bénéficié d’un budget d’environ 4,5 millions d’euros.

 

Le Bumidom est un dispositif d’aide à la migration créé en 1963 sous la députation de Michel Debré. Pendant 20 ans, cet organisme a financé le départ de nombreux Antillais et Réunionnais, leur promettant formation et emploi. Un rêve qui a tourné au cauchemar pour une grande partie de ces déplacés qui se sont retrouvés cantonnés à des emplois subalternes ou en poste dans la fonction publique. Pour ses détracteurs, cette promesse de monts et merveilles visait surtout à priver ces territoires de leurs forces vives pour limiter les aspirations indépendantistes.

« Kaléidoscope de personnages »

Le Rêve français suit la romance chagrinée de Doris et Samuel, de leur enfance en Guadeloupe dans les années 60 à leur départ en métropole et leur vie d’exil avant un retour au pays. Le film, qui balaie le temps (des années 60 à 2010) et traverse les générations, s’intéresse aux destins de divers personnages aux rêves contrariés comme Charley (jouée par Aude Legastelois) venue de la Réunion pour devenir comédienne ou encore Victor (Ambroise Michel de Plus belle la vie), indépendantiste guadeloupéen à la tête d’un journal.

« On a raconté les différents versants avec un kaléidoscope de personnages, en essayant de voir quelle influence le Bumidom a eu sur nous (Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais, ndlr) et comment c’est vécu par les jeunes générations », indique France Zobda. Au casting, on retrouve entre autres les Martiniquais Christian Julien et Sohée Monthieux, les Guadeloupéens Firmine Richard, Julien Beramis et Laurence Joseph. En coulisses, on note notamment la présence de l’assistant-réalisateur guadeloupéen Axel Lafleur qui officie dans la série Meurtres au paradis.

Les deux premiers rôles sont campés par les acteurs Yann Gael (d’origine camerounaise), lauréat du prix de la meilleure interprétation au Festival du film de fiction TV de La Rochelle, et Aïssa Maïga (d’origine sénégalaise), qui s’est illustrée dans Les poupées russes, Bamako et plus récemment Il a déjà tes yeux. Un choix artistique que France Zobda justifie en disant s’être « affranchie de l’identité » et avoir recruté « les meilleurs comédiens pour ces rôles« . Les téléspectateurs devront aussi composer avec l’absence d’accent des personnages, qui selon Aïssa Maïga interrogée par nos confrères de l’AFP est due à l’absence de coach vocal en France pour prendre un accent local sans que cela tourne à la caricature, contrairement aux États-Unis.

En toile de la fond de la fiction, plusieurs événements historiques sont relatés : les émeutes de Mai 67 en Guadeloupe, les répressions policières et les tensions raciales, les mouvements séparatistes (OJAM), indépendantistes (GONG), les attentats du GLA et la pollution des terres au chlordécone, la guerre d’Algérie, mai 1968, l’élection de François Mitterrand. La radicalisation est aussi abordée.

Ce n’est pas la première fois que le cinéma prend d’assaut le sujet du Bumidom et de ses conséquences. Jean-Claude Barny, par exemple, en a fait l’objet de son dernier film Le Gang des Antillais. L’an dernier, le documentaire Les Enfants de la Réunion : un scandale d’État oublié a soulevé la chape de plomb abattue sur un autre pan de l’histoire de la France et de ses relations avec les départements d’Outre-mer. Celui de ces enfants réunionnais déplacés en métropole, entre 1963 et 1982, pour repeupler les territoires ruraux comme la Creuse.

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