La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, avec des manifestants sur le barrage de Petite-Terre à Mayotte. © Twitter / @Annick Girardin

Annick Girardin est arrivée lundi sur l’île de Mayotte, en proie à une grève générale depuis le 20 février 2018. La ministre des Outre-mer a annoncé une série de mesures pour lutter contre l’insécurité et l’immigration. Mais les barrages resteront maintenus par les manifestants, ce mardi sur l’île.

Une « île morte », des manifestations dans les rues, des mairies fermées, des barrages routiers… Depuis plus de trois semaines, Mayotte est secoué par un mouvement de contestation populaire (qui rassemble habitants, élus et associations). Lundi 12 mars, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, est arrivée dans le 101e département français pour tenter de trouver une issue à la crise qui trouve ses racines dans des problèmes d’insécurité et d’immigration.

Dans la matinée, elle s’est rendue sur une barricade à Petite-Terre pour tenter de renouer le dialogue avec une population lassée par les actes de délinquance, les services publics défaillants, mais déterminée. Elle a également, au cours de la journée, échangé avec les syndicats patronaux du département et plusieurs élus et parlementaires.

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La ministre des Outre-mer est venue accompagnée de trois « sages » – dont Jean-Jacques Brot, l’ancien préfet du territoire. Ces derniers « resteront dans le territoire (…) tant que ce sera nécessaire » pour formuler avec les acteurs du conflit des propositions sur le logement, l’hôpital ou encore le transport.

Annick Girardin a annoncé une série de mesures « en matière de sécurité et de lutte contre l’immigration irrégulières » telles que le maintien jusqu’à la fin de l’année scolaire d’un escadron de gendarmerie mobile arrivé en renfort début mars. Les crédits du Fonds interministériel de prévention de la délinquance seront revus à la hausse (à 330.000 euros). La ministre a également annoncé un accroissement des capacités d’appui aérien ou encore la création d’un État-major opérationnel de lutte contre l’immigration clandestine :

Par ailleurs, la ministre avait assuré devant l’Assemblée nationale, il y a quelques jours, qu’une conférence sur l’avenir de Mayotte allait être lancée. Une information confirmée par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à la sortie du Conseil des ministres.

Des annonces encore insuffisantes 

« C’est une petite victoire. Nous avions l’impression que nous parlions dans le vide. Nous sommes vigilants »,  a déclaré Foumo Silahi, l’un des portes-paroles de l’intersyndicale mahoraise (CGT Ma, CFDT, FAEN, FO, Confédération syndicale des Familles, SNUipp, Solidaires, CFE-CGE) et le Collectif des citoyens de Mayotte.

Vendredi dernier, les grévistes avaient dévoilé une plateforme composée de 50 mesures revendicatives, portant notamment sur l’éducation, comme la réduction des effectifs des écoles et le placement de l’ensemble du département en réseau d’éducation prioritaire renforcé.

Ce mardi, les barrages routiers seront maintenus sur l’île de l’océan indien. Les instigateurs ont également annoncé la tenue d’une marche dans les rues de Mamoudzou, chef-lieu de l’île, dans la matinée. La dernière, il y a une semaine, avait rassemblé 8000 personnes, d’après la police.

Insécurité, saturation des services publics, immigration…

Mayotte est le département le plus pauvre de France, avec un taux de chômage de 26% – contre 9,2% au niveau national. « C’est 84% de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, (…) c’est quatre fois plus de population en trente ans , (…) et oui pour être au rendez-vous, il nous faudrait créer une classe par jour », détaille Annick Girardin.

Pour rappel, ce sont une série d’actes de délinquance autour des établissements scolaires qui ont déclenché le mouvement de grève générale. Le 19 février dernier, des dizaines de jeunes armés s’en étaient pris au lycée Kahani de Mamoudzou, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre et l’évacuation des élèves. Selon le député Mansour Kamardine (LR), l’insécurité à Mayotte a « explosé » en raison du « manque d’efficacité de la lutte contre l’immigration clandestine de masse et l’insuffisance des moyens de lutte contre l’insécurité des services de l’État ».

L’île subit depuis des années une forte pression migratoire, venue des trois îles des Comores (la grande Comore, Mohéli et Anjouan) indépendantes depuis 1975, situées à 70km de ses côtes. En 2015, un peu plus de quatre adultes résidant à Mayotte sur dix étaient de nationalité étrangère (41%) et la moitié d’entre eux se trouvait en situation administrative irrégulière, selon des données de l’Insee. Les manifestants accusent les Comoriens de vols, de violences et d’être responsables de la saturation des écoles et des hôpitaux de l’île.

L’hôpital, un autre service public défaillant pointé du doigt. Chaque année, dix milles naissances ont lieu dans la maternité de Mayotte, soit « deux fois plus que la plus grosse maternité d’Île-de-France », a récemment rappelé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Le gouvernement envisage d’accorder à la structure « un statut extraterritorial ». De plus, le porte-parole du gouvernement a évoqué la possibilité « que les naissances qui s’y passent ne permettent pas obligatoirement d’obtenir la nationalité française ».

Par ailleurs, dans un communiqué publié le 10 mars (conjointement avec le conseil départemental), l’Ordre des médecins à Mayotte tire la sonnette d’alarme. « La situation sociale actuelle paralyse nos activités (…) le personnel médical et paramédical ne peut plus rejoindre son lieu de travail, laissant les patients en grande difficulté », indiquent les signataires du communiqué.

 

D’autres dossiers attendent Annick Girardin

La ministre des Outre-mer n’est pas au bout de ses peines. Si la grève générale concernant la réforme des retraites vient d’être levée en Polynésie, d’autres dossiers nécessitent également son attention : la préparation du référendum sur l’indépendance en Nouvelle-Calédonie, la reconstruction de Saint-Martin et Saint-Barthélémy après l’ouragan Irma (l’État va financer à hauteur de 66,4 millions d’euros les travaux dans la collectivité saint-martinoise).

Du côté de la Guadeloupe, la délocalisation partielle du CHU Guadeloupe durant un an pour travaux (à la suite d’un incendie survenu en novembre dernier) ne devrait pas rester sans conséquences. Si l’établissement a bénéficié de « 20 millions d’euros », pour régler les entreprises de transports, de nettoyage, et les loyers des sites d’accueil de substitution, l’offre de soins n’en demeure pas moins fragilisée. Plusieurs services ont été délocalisés : les services maternité et chirurgie gynécologique ont été transférés là polyclinique des Abymes, les urgences chirurgicales sont traitées dans la clinique privée Les Eaux Claires, à Baie-Mahault.

Mais la prise en charge des patients dans un établissement hospitalier à proximité de leur domicile est-elle effective ?Mais quid des étudiants en médecine à l’Université des Antilles, dont le campus se situe en Guadeloupe ?

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