© Facebook / @Figures de Femmes Totem des Outre-mer

Résistantes, artistes, écrivaines… Des « Figures de Femmes Totem des Outre-mer » sont au cœur d’une installation immersive à Paris du 8 au 21 mars 2018. Le fruit du labeur de l’association Couleurs Karayb, qui lutte pour mettre en lumière les parcours de femmes ultramarines « dans la construction du socle patrimonial identitaire et culturel français ».

 Lumina Sophie, Suzanne Roussi Césaire, Gerty Archimède… Les noms de ces femmes ne vous sont pas familiers ? Dans la mémoire de Chantal Clem, ils sont intacts. Cette juriste, originaire de la Martinique, est la présidente de l’association Couleurs Karayb. Elle énumère avec plaisir des figures rayonnantes « dont le travail de mémoire n’est pas fait ».

Elle chapeaute la deuxième édition de «Figures de femmes Totem d’Outre-mer ». Une manifestation pour « célébrer les cultures d’Outre-mer à travers ses grandes figures féminines » et leur redonner leur place dans l’histoire nationale, à travers une série d’événements (exposition, salon littéraire, spectacle vivant), du 8 au 21 mars 2018 à Paris.

« C’est notre travail d’asseoir notre patrimoine », argue avec conviction Chantal Clem. Une mission qu’elle mène de front depuis décembre 2016 avec son équipe. Ancienne professeure d’histoire, la présidente de Couleurs Karayb croit fondamentalement en l’histoire et ces figures qui constituent des socles sur lesquels « nous pouvons construire et délivrer un message fort ».

Arts magnifiés

Le programme de l’édition 2018 est riche et savoureux. Dans un premier temps, se tient l’exposition « Traces de femmes » au musée de l’Homme à Paris, du 8 au 12 mars 2018 [forte de son succès, l’exposition a été prolongée jusqu’au 20 mars ] – sous la direction du réalisateur et photographe Gilles Elie-Dit-Cosaque, en charge de la direction artistique et scénographique du projet.

Une trentaine d’œuvres réalisées par des artistes. « Des artistes kanak, la Réunionnaise Gabrielle Manglou, la Martiniquaise Arlette Rosa-Lameynardi, Anabell Guerrero qui a travaillé sur le bassin caribéen, la Guadeloupéenne Kelly Sinnapah Mary », énumère Chantal Clem, exaltée. L’artiste Alexis Peskine est également présent à l’affiche du festival avec Mariamtriptyque. Elles magnifient les parcours, souvent méconnus, de femmes des Outre-mer.

Parmi ces femmes « qui témoignent de moments forts de l’histoire », on retrouve la résistante Solitude dont l’acte de résistance en 1802 en Guadeloupe a marqué les mémoires. « Nous avons aussi des femmes avec des voix fortes comme Suzanne Roussi Césaire, les sœurs Nardal, Gerty Archimède qui est la première femme avocate et députée noire », détaille Chantal Clem. La présidente de l’association Couleurs Karayb insiste sur l’importance de ne pas considérer ces femmes comme des exceptions, mais des modèles d’inspiration.

©Triptyque « Mariama», Alexis PESKINE

 

Pour compléter l’événement, deux tables rondes sont organisées le 10 mars à l’occasion d’un salon littéraire, en compagnie de de chercheurs, universitaires et auteur(e)s comme Simone Schwarz-Bart (marraine d’honneur du projet), Gaël Octavia (Martinique), Jamaica Kincaid (États-Unis), Julienne Salvat (La Réunion) et Évelyne Trouillot (Haïti).

 « Nous allons organiser un troisième salon littéraire en 2019, sur un week-end complet si possible », annonce Chantal Clem. La présidente aimerait qu’il y ait des stands, plus d’écrivains, représentatifs des territoires… et surtout les moyens de mener à bien leurs desseins.

 Déconstruire les préjugés

 Enfin, la dernière partie de la manifestation fera la part belle à la musique. « Nous allons expérimenter pour la première fois le concept du spectacle vivant », le 21 mars prochain. « Des chantres féminins, des voix d’au-delà des mers qui affirment leurs cultures dans le plus large pluralisme français » seront sur la scène du Grand Rex pour conter de belles histoires.

Et c’est un autre panel de voix emblématiques qui ravira le public du spectacle « entre oralité et écriture » : Jocelyne Béroard (marraine emblématique), Tanya Saint-Val, Sylviane Cédia, Christine Salem, Adèle Lebon, Tyssia et Émeline Michel. Sans oublier quelques invités d’honneur comme James Germain, Lisa Simone et Rokia Traoré.

 

Au travers de cette série d’événements, l’association Couleurs Karayb souhaite offrir dans un premier temps une expérience de découverte à ceux qui ne connaissent pas l’histoire des Outre-mer. « Le problème de la visibilité nationale, c’est le nerf de la guerre », souligne Chantal Clem.

Elle veut déconstruire les préjugés et dépasser les cadres du doudouisme et du folklore. Dans un second temps, elle espère que les ultramarins puissent se reconnecter et se réapproprier leur histoire. « Tant que les Outre-mer seront vues de manière accessoire, nous n’aurons pas de visibilité à part de figures qui sortent du lot », déplore-t-elle.

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