Épisode 3 – Ce jeudi 15 mars 2018, c’est le grand jour pour l’équipe de Hand. Les Antilles sont en état d’alerte au tsunami dans le cadre de l’exercice Caribe Wave. L’opération, qui vise à sensibiliser la population à la prévention des catastrophes naturelles grâce à la technologie, a mobilisé les services publics, des associations et entreprises en Guadeloupe, en Martinique et à Saint-Martin. Mais si les acteurs ont pris conscience du danger, la coordination globale des troupes n’est pas encore au point. 

« Ça y est, l’alerte est lancée !« , lance Gaël Musquet, le fondateur de Hackers Against Natural Disasters (Hand). C’est le jour J pour cette association de geeks, qui milite pour la prévention des catastrophes naturelles auprès des populations sujettes aux risques, à l’initiative de l’opération Caribe Wave.

Ce jeudi 15 mars 2018, les hackers ont mis en pratique les solutions technologiques qu’ils ont développées pour anticiper le risque et préparer les secours d’urgence. À Marie-Galante (Guadeloupe), à Saint-Martin ou encore en Martinique, services publics, associations et entreprises ont été conviés à cet exercice d’alerte au tsunami, après un tremblement de terre.

 

Une alerte tardive

En Guadeloupe, la préfecture s’est joint à l’exercice en activant son centre opérationnel de défense. Elle a mobilisé ses forces de secours pour préparer l’impact de la vague à Basse-Terre à 11h09. « Rejoignez les hauteurs à pied« , ont indiqué les services du préfet dans un communiqué envoyé aux médias pour prévenir la population.

« L’an dernier, Caribe Wave a été un peu éclipsée par l’opération Richter 2017 (qui simulait un séisme sans l’option tsunami, pourtant quasi systématique dans nos îles, NDLR) », explique Suzanne Foucan, chef du Service Interministériel de Défense et de Protection Civile (SIDPC). « La difficulté, c’est le peu de temps dont nous disposons pour donner l’alerte avant l’arrivée de la vague« , souligne-t-elle. Aussi, l’alerte sera donnée par une sirène, ou par mégaphone« . Autre option : un porte-à-porte effectué par les forces de l’ordre qui « seront aussi dans l’obligation d’évacuer« .

À 10h01, le message d’alerte est donné par le Pacific Tsunami Warning Center, le centre américain de mesure et d’alerte sur les tsunamis dans l’océan Pacifique. « Le premier tweet de la préfecture vient d’arriver, il est 10h25« , annonce Gilles Martin, expert en gestion de crise à travers les réseaux sociaux l’équipe de Hand. Sourires, un peu jaunes dans l’équipe. Eux, ont pu faire des alertes sur mobile efficientes, quelques instants après le déclenchement de l’exercice. La technique ? Le « cellbroadcast », autrement dit un système d’alerte universel par SMS que tout le monde reçoit sur son téléphone. Rapide, efficace, et de large portée mais… pas utilisé en France, « parce qu’on n’a pas mené les chantiers de modernisation des équipements« , explique Gaël Musquet. L’an dernier, le sénateur Vogel, a indiqué dans un rapport parlementaire que la non utilisation de ce procédé d’alerte était « un manque de courage politique« .

« Le système d’alerte que nous utilisons est moins performant que celui que propose Hand« , confesse, de son côté, Yolène Vangout. La chef du service Système d’information géographique du Sdis 971 (Guadeloupe) détaille la longue chaîne de commandement à suivre avant que l’alerte ne soit véritablement prise en compte. Plusieurs pompiers sont venus spontanément sur l’île de Marie-Galante pour voir quelles synergies pourraient être mises en place, au niveau technologique. En effet, « le Codis (l’organe de coordination de l’activité opérationnelle des services d’incendie et de secours, NDLR) 971 a pris connaissance de l’info de l’alerte préfectorale à 10h50, soit 20 minutes avant l’impact de la vague« . C’est tard, dans le cadre d’un exercice normalement connu et préparé.

Codeurs et développeurs de Hand se mettent au travail. ©A.Ascensio

 

Alors du côté des geeks de Hand, on redouble de mobilisation et on sensibilise tous azimuts. Trois agents de la direction de l’environnement, de l’alimentation et du logement sont venus « prendre contact » et se renseigner sur leur propre impulsion. « Nous sommes en service civique, c’est ce que les institutions attendent de nous, des idées fraîches et nouvelles, indiquent Marion Gessner et Ernest Druon, ravis de voir « cet esprit collaboratif, créatif et où l’égo n’a pas sa place« . Alors ils recueillent des informations et se font expliquer les technologies développées par l’équipe de geeks. « Je développe avec mon équipe le projet Mambo capable de redonner des yeux aux secours et transmettre des données essentielles sur un terrain sinistré : flux de bateaux, aériens, présences de gens, etc… » leur explique notamment Loïc Ortola, un des développeur de Hand.

« Lorsque les secours arrivent sur un terrain dévasté, savoir avec précision où sont les choses permet d’agir plus vite et mieux« , expose Donat Robaux, qui a cartographié l’île de Marie-Galante dans ses moindres recoins, cadastre compris. De son côté, Gaël donne à qui veut l’entendre des informations sur les radioamateurs, indispensables ressources (normalement mobilisables pour les situations de crise par les autorités). « Les radioamateurs sont des citoyens comme les autres, sauf qu’ils ont une compétence qui vient en soutien des secours. Le fondateur de Hand n’avait pas hésité à souligner aux jeunes développeurs en formation à l’école Simplon de Marie-Galante que « lorsque tous les systèmes collapsent les seules transmissions qui restent sont celles qui passent via les ondes radios« .

« Nous n’avions jamais entendu parler de Caribe Wave avant aujourd’hui », révèle Karl Macabre, 18 ans et benjamin de la première promo de Simplon Marie-Galante. « On n’a pas encore les compétences techniques pour développer tout ça nous-même mais on peut aider. En plus, on a pris conscience qu’on peut aussi aider sur la communication et la propagation de l’info », s’enthousiasme le jeune homme. « On a aussi vu qu’on peu rapprocher le numérique, parfois un peu abstrait à quelque chose de concret et surtout utile« , renchérit-il.

Karl, le benjamin de la promo de Simplon Marie-Galante

 

Côté gestion de crise, une équipe médicale, embarquée dans l’équipe Hand, a également sillonné l’île de Marie-Galante pour tester un prototype de petit objet connecté à vocation médicale. Ce dernier, qui récupère les paramètres vitaux, peut les transmettre à une plus grande unité. « Cela s’est avéré particulièrement intéressant de rencontrer les acteurs de santé (médecins, pharmaciens, etc.) pour connaître leur implication en gestion de crise« , détaille Maud Karinthi, médecin généraliste, engagée dans Hand. Le prototype restera à l’école de Simplon, au cas où quelqu’un s’en saisit pour développer des applications numériques médicales.

Le Fablab de Jarry, aussi, s’est mobilisé : sur l’île de la Désirade avec le déploiement de signalétique, et dans la commune de Morne-à-l’Eau, avec des exercices d’évacuation. « L’idée, c’est de faire collaborer tout le monde« , indique Ludovic Daubin, le président de l’association des bidouilleurs de Guadeloupe. Il s’est rendu à la préfecture, avec quelques membres de son équipe, pour présenter des solutions développées au sein du lab. « C’est très intéressant toutes ces initiatives citoyennes« , note Suzanne Foucan, chef du Service Interministériel de Défense et de Protection Civile (SIDPC).

Toutefois, les solutions présentées en amont n’ont pas été testées dans l’exercice grandeur nature de la préfecture, les cantonnant à des tests à petite échelle, entre geeks et initiés. Mais l’intérêt des autorités est suscité. Il ne restera plus qu’à nouer des alliances solides, malgré les différences de culture et d’agilité (numérique), pour une coordination impeccable de la gestion de crise.

 

>> Épisode 2 : [Reportage] Caribe Wave 2018 : à Saint-Martin, des initiatives citoyennes pour impulser la résilience de l’île

>> Épisode 1 : [Reportage] En Guadeloupe, l’équipe de Caribe Wave prépare son exercice d’alerte aux séismes et tsunamis

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