© Wikimedia/Florian Fèvre

Après les réseaux sociaux et les médias locaux, c’est au tour des médias nationaux de s’emparer de l’affaire du TCSP de la Martinique. Le tristement célèbre dispositif de transport, attendu depuis deux ans, a fait l’objet d’un billet critique de l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné.

Un TCSP nommé… Absent. Depuis deux ans, les Martiniquais espèrent la mise en circulation du TCSP (Transport commun en site propre). Un dispositif de « tramway sur pneus » (bus à haut niveau de service) censés desservir Fort-de-France et son agglomération. Le but de la manoeuvre ? Décongestionner le centre de l’île et permettre aux habitants dépourvus de véhicules de se déplacer dans la zone. Une « situation ubuesque » qui n’a pas échappé au Canard enchaîné, dans son édition publiée mercredi 3 janvier.

« Quatorze bus à 1 million d’euros pièce tournant à vide dans leur centre de maintenance…», constate l’hebdomadaire satirique. En effet, l’inauguration du TCSP prévue en décembre 2015 a été repoussée à plusieurs reprises. En premier lieu, en mars 2016, puis septembre 2016, avant d’être annoncée pour juin 2017, après des essais et surtout la menace de l’Union européenne de récupérer son « chèque de 61 millions d’euros pour ce projet », rapporte Le Canard enchaîné.

Ainsi, une marche à blanc des 14 BHNS (bus à haut niveau de service de 24 mètres articulés, possédant des portes latérales) composant le dispositif avait été lancée en mars dernier. À raison d’une rotation quotidienne de quatre véhicules. Mais, stupeur. La marche à blanc s’est achevée le 31 août 2017, après trois semaines d’essais. L’exploitation commerciale des bus n’est toujours pas au programme. Et ils sommeillent de nouveau dans leur dépôt.

L’arrière du bus Van Hool ExquiCity 24 n°5002 sur la ligne A du TCSP de Martinique durant la marche à blanc, au terminus de Fort-de-France Almadies. © Wikimedia/Florian Fèvre

Une facture « trop salée »

Pourtant, l’instauration du TCSP promettait de révolutionner le transport martiniquais. Dans un premier temps, le TCSP devait relier Fort-de-France au Lamentin. Un parcours de 13,9 km, comportant dix-huit stations. Dans un second temps, il était prévu un prolongement vers la ville de Schoelcher, avant l’ouverture d’une autre ligne en direction du Robert à l’est.

Pour Le Canard enchaîné, ce marasme politique serait l’affaire d’Alfred Marie-Jeanne, l’actuel président de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM). D’après le journal satirique, il aurait « torpillé un chantier lancé par son prédécesseur » (le TSCP, ndlr). L’hebdomadaire ajoute que l’élu se serait défendu en avançant que la facture était « trop salée ».  En effet, le partenariat public-privé signé avec Vinci va coûter 380 millions d’euros.

En outre, selon l’hebdomadaire : « le préfet, qui s’est fait houspiller par la Commission européenne, a tout de même décroché un délai de grâce jusqu’à fin janvier. Passé cette date, l’Europe menace carrément de reprendre l’argent qu’elle a versé. » Des inexactitudes que Martinique 1ère a tenu à corriger en précisant que l’autorité de gestion des fonds européens n’a pas houspillé le préfet mais la CTM.

De plus, le TCSP n’est pas sous la responsabilité de la CTM, mais sous celle de la Communauté d’Agglomération du Centre de la Martinique (CACEM) et son délégataire, la CFTU (Compagnie Foyalaise de Transports Urbain). « De ce fait, Alfred Marie-Jeanne n’a donc pas bloqué l’autorisation de rouler des bus, puisque cette décision dépendait de l’autorité organisatrice, la CACEM », renchérissent nos confrères.

 

Par ailleurs, les trois acteurs en charge de ce dossier, la CACEM, la CFTU (Compagnie Foyalaise de Transports Urbain) et la CTM, sont en désaccord quant au financement et à la gestion de la phase de tests avec les passagers. Aussi, depuis le 2 janvier, il n’existe plus qu’un organisme chargé du transport en Martinique (terrestre et maritime, passagers et marchandises) : Martinique Transport. Présidé par Alfred Marie-Jeanne, il regroupe la CTM, et les trois communautés d’agglomération : la Cacem, Cap Nord et Espace Sud. Mais problème, il n’y a ni locaux, ni personnel…

Marasme et discorde politique

Le vice-président de l’Assemblée de Martinique, Yan Monplasir, a réagi aux révélations du Canard enchaîné. Il met en cause l’opposition (anciennement majoritaire). Selon lui, ces derniers « bloqueraient volontairement le démarrage de l’exploitation du TCSP, de façon à faire porter le chapeau à la gouvernance actuelle. » 

« Il y a une augmentation anormale entre la proposition signée avec la Région à l’époque et la facture présentée à la CTM. La CTM demande des explications et ne les reçoit pas. C’est ainsi que ça traîne. Il y en a qui ont compris que plus le TCSP démarrerait tard et plus ça nuirait à la majorité actuelle. La population est majoritairement convaincue que c’est à cause d’Alfred Marie-Jeanne. Certes, il y a une part de responsabilité mais le contexte politique a pesé beaucoup. On fait de la petite politique avec de grands enjeux. La collectivité doit démarrer ce TCSP très rapidement », poursuit-il.

L’élu martiniquais accuse aussi la CFTU, de vouloir combler le déficit du réseau de bus locaux « Mozaïk » via le financement du TCSP. Mais la CFTU, par la voix de son président Alain Alfred, s’en défend. « Cela relèverait de la malversation de transférer le financement d’un réseau sur une autre ligne budgétaire », tance-t-il.

Une chose est sûre, les Martiniquais devront encore rester à l’arrêt d’ici là…

 

Articles similaires

Laisser un commentaire