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Selon une enquête menée par l’Insee, les populations de la Martinique et de la Guadeloupe seraient à leur niveau le plus bas depuis plusieurs années. Les causes sont multifactorielles. Mediaphore vous en dit plus. 

Depuis 1997, la Martinique n’avait pas connu un taux de natalité aussi bas. L’île connaît en outre un décroissement de sa population depuis plusieurs années. Même son de cloche pour la Guadeloupe qui accuse depuis 2004 une baisse de sa fécondité. Et si les chiffres semblent moins significatifs que ceux de sa voisine, la Guadeloupe perd également des habitants.

  • La situation en Martinique

Selon l’Insee, entre 2010 et 2015, la Martinique aurait perdu 0,7 % de sa population par an. D’après l’Insee au total en cinq ans, l’île aurait perdu 21 000 habitants. Pourtant, entre 1999 et 2010, la population martiniquaise croissait chaque année de 0,4 % en moyenne, et sur la période 1990-1999, ce taux atteignait même les 0,7 %.

Mais voilà, force est de constater que depuis 2010, c’est l’hécatombe. En effet, au 1er janvier 2015, la Martinique comptait 380 877 habitants. A l’époque, c’était déjà 13 296 habitants de moins qu’en 2010, d’après l’Insee. En 2017, le déclin semble s’être poursuivi. Au 1er janvier, la Martinique recensait 376 847 habitants sur son territoire. Les causes de cette décroissance sont multiples :

– Une hausse de la mortalité : d’après l’Insee en 2016, il y aurait eu 3 284 décès. C’est 227 décès de plus qu’un an auparavant. D’ailleurs, depuis les années 90, le taux de mortalité ne cesse d’augmenter. En 2000, il était de 6,9 %, il est passé 8,7 % en 2016.

Le vieillissement de la population martiniquaise est aussi l’une des raisons de cette hausse. Autre donnée, plus étonnante cette fois, le taux de mortalité infantile est nettement plus élevée en Martinique qu’en France hexagonale (10,8 % en 2016 pour l’île contre 3,8 % sur l’ensemble du territoire).

– Un taux de natalité en baisse : 3 782, c’est le nombre de naissances enregistrées en 2016 sur le territoire. C’est 190 naissances de moins qu’en 2015. En 2016, la Martinique possédait un taux de natalité de seulement 10 %, alors que dans l’Hexagone, ce taux atteignait 11,4 %. L’indice de fécondité est également en diminution. En 2015, il était de 1,98 enfant par femme. Bien que ce taux soit plus élevé que celui de la France hexagonale (1,92), c’est le plus bas de tous les DROM (Mayotte ayant le taux le plus élevé avec 5,3 enfants/ femme, ndlr). En Martinique, les femmes font des enfants plus jeunes qu’en France, 29, 9 ans en moyenne dans le territoire contre 30,4 ans à l’échelle nationale.

Un horizon bien sombre

Les prévisions pour les années à venir ne sont pas de bon augure pour la Martinique. Une étude, toujours dirigée par l’Insee en juin dernier, estime que la Martinique devrait perdre encore plus d’habitants à l’horizon 2030. Ainsi, les Martiniquais ne seraient plus que 339 000 (47 000 de moins qu’en 2013). Les principales raisons de cela : un vieillissement de la population toujours aussi présent et un taux de fécondité encore en baisse. Ces deux facteurs induiraient donc plus de décès que de naissances sur l’île.

Cependant, le nombre de départs de la Martinique vers d’autres horizons devrait s’atténuer, mais cela ne serait pas suffisant pour permettre à l’île de retrouver une bonne croissance démographique.

  • La situation en Guadeloupe

Elle est sensiblement la même qu’en Martinique, bien que les chiffres soient moins alarmants. En effet, contrairement à l’ile sœur, en 2010 et 2015, la Guadeloupe n’aurait perdue que 0,3 % de sa population par an. Mais cela reste quand même non-négligeable, surtout quand on sait qu’elle progressait de 0,4 % par an entre 1999 et 2010 et 1 % entre 1990 et 1999.

Cependant, l’Insee estime tout de même que la Guadeloupe aurait perdu 16 482 habitants sur la période 2010-2015. Les causes de ces nombreux déficits sont les mêmes qu’en Martinique :

Le taux de mortalité reste élevé : en 2016, 3 227 personnes sont décédées sur l’île. C’est 321 personnes de plus qu’en 2015. Même si les chiffres sont en hausse, le taux de mortalité de 2016 n’atteint pas celui de 2014. À l’époque, 3 290 décès avaient été enregistrés sur l’île. Le taux de mortalité est passé de 6,4 % en 2000 à 8,1 % 16 ans plus tard. Le vieillissement de la population est aussi l’une de ces causes de cette mortalité élevée. Ainsi, Tout comme en Martinique, la mortalité infantile reste élevée (8,8 % sur l’île, contre 3,8 % à l’échelle nationale).

– Un taux de natalité en diminution : en 2016, 4 653 bébés sont nés en Guadeloupe. C’est 61 naissance de moins qu’en 2015. Néanmoins, bien que ce taux soit en diminution, il reste égal à celui de la moyenne française. Mais, il y a quand même une bonne nouvelle, l’indice de fécondité est de 2,1 enfants par femme, c’est 0,2 point de plus que la moyenne nationale et de 0,1 point que la moyenne martiniquaise. En ce qui concerne l’âge de la maternité, il est similaire à celui de la l’Hexagone (30,3 en Guadeloupe contre 30,4 en France hexagonale).

Une projection un peu moins pessimiste

À l’instar de la Martinique, la Guadeloupe devrait voir également voir sa population diminuer en 2030. L’île perdrait 8 % de sa population, et les Guadeloupéens ne seraient donc plus que 372 000 habitants en 2030. Les composantes principales de cette décroissance seraient la fécondité, l’espérance de vie et les migrations. En 2030, le nombre de naissances suffira tout juste à compenser le nombre de décès. De plus, les jeunes (et notamment les femmes en âge d’avoir des enfants) seront de plus en plus nombreux à s’exiler vers l’Hexagone.

Le nombre de décès sera lui aussi en augmentation. Ainsi, 28 % de la population guadeloupéenne sera âgée de 65 ans et plus. En 2030, il y aura 134 seniors pour 100 jeunes habitants (en 2013, il y avait 54 seniors pour 100 jeunes habitants, ndlr). De plus, selon l’Insee, le nombre de départs vers l’Hexagone diminue alors que les entrées sur le territoire se stabilisent.

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