Une fresque pour la mémoire des victimes du massacre de Mai 67, à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. © Flickr/ Claude Richard

Ce mercredi 31 janvier, France Ô diffuse le documentaire Mai 67, ne tirez pas sur les enfants de la République qui se penche sur les victimes du massacre, lors d’un mouvement de grève des ouvriers les 26 et 27 mai 1967 en Guadeloupe.

Que s’est-il vraiment passé lors du massacre de mai 67 ? Un demi-siècle plus tard que sont-devenues les victimes ? Avec ce premier documentaire Mai 67, ne tirez pas sur les enfants de la République, Mike Horn, un jeune réalisateur d’origine guadeloupéenne se penche sur la répression de Mai 67, un passage de l’histoire des Antilles et de la France souvent méconnu. « Dans la société antillaise on ne parle pas beaucoup des choses douloureuses », fait remarquer celui qui a décidé de rompre le silence des évènements de la Place de la Victoire en Guadeloupe.

 

Rendez-vous sur la chaîne France Ô, ce mercredi 31 janvier à 20h55 (puis en replay sur la chaîne pendant une semaine) pour découvrir ce film qui donne la parole aux victimes, aux historiens et aux groupes à po comme Akiyo, La Klé… « Le carnaval est un des meilleurs outils pour comprendre une société, explique le réalisateur qui définit les carnavaliers comme ‘des génies civils de la culture’ ». D’ailleurs les “amoureux du Mas” rappellent que “le déboulé” (la parade) est une des rares occasions de commémorer cet évènement reconnu comme un massacre d’État par la Commission menée par Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire coloniale, en 2016. « On reconnait les faits, mais on ne dit pas qui a commis les actes », fait remarquer Mike Horn qui s’interroge sur ces trois jours de répression dont le nombre de morts varie en fonction des sources. Les chiffres officiels indiquent 8 morts quand d’autres avancent 80.

Un sujet tabou

Malgré les zones troubles, 50 ans plus tard les souvenirs de Mai 67 sont encore vifs dans le quotidien de ceux qui l’ont vécu. Pendant 52 minutes, les téléspectateurs découvriront des témoignages intimes, très poignants. Adolescent à l’époque, le fils d’une victime explique qu’il n’a jamais accepté la mort de son père qui n’a pas eu de funérailles. Jacqueline Nestor, la veuve de Jacques Nestor, militant du GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe) tué lors des émeutes, raconte aussi cette tragédie avec beaucoup d’émotion.

Mais pourquoi le réalisateur revient-il sur cette blessure ? « J’ai fait ce film pour mettre des mots sur un sujet qui était tabou dans ma propre famille », confie Mike Horn qui mise sur l’humain. On retrouve par exemple des échanges avec sa mère et sa grand-mère qui ont vécu l’évènement. « C’est dur parce que, j’ai toujours senti que ma mère était traumatisée, mais nous n’en avions jamais discuté avant le documentaire, explique-t-il. J’avais besoin de savoir ce qui s’est passé chez moi ». Avant d’ajouter que cette histoire doit être racontée « à la nouvelle génération ».

En effet, le documentaire suscite une réflexion sur des sujets clés comme le manque de reconnaissance, la réparation…« Pour moi le plus important la transmission », celui dont le film a été sélectionné par le FEMI, Festival Régional et International du Cinéma de Guadeloupe. « On a besoin de connaître notre histoire pour se construire et aller de l’avant. »

Et pour aller plus loin sur ce sujet, voici les conseils de lecture de l’auteur :  un livre anonyme intitulé Le procès des Guadeloupéens publié aux éditions L’Harmattan en 2004; Mé 67: mémoire d’un événement de Jean-Pierre Sainton et Raymond Gama publié aux éditions Broché en 1985.

©A. Ascensio

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