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Aux Antilles, le chlordécone est encore très présent dans certains aliments cultivés dans les zones contaminées. Et le fait de privilégier certains circuits par rapport à d’autres n’empêche pas l’exposition. 

Le chlordécone est encore très présent dans les assiettes aux Antilles. C’est en tout cas ce que révèle un rapport de l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Certains aliments que la population consomme au quotidien pourraient encore contenir un fort taux du pesticide, interdit depuis 1993. Les répercussions sont toujours visibles, notamment auprès des plus jeunes et des personnes voulant consommer en circuit court.

Œufs, volailles et crustacés : produits les plus contaminés

Le rapport de l’Anses précise que les autoconsommateurs de poissons ainsi que les enfants de 3 à 6 ans sont « potentiellement davantage exposés que le reste de la population ». Les crustacés et autres poissons pêchés localement contiendraient donc plus de pesticides. C’est également le cas pour les plantations. En effet, les produits (tubercules et racines) cultivés en zones contaminées sont également pointés du doigt.

Les circuits courts : un danger potentiel

À l’heure où l’on nous encourage de plus en plus à préférer une consommation en circuit court (du producteur au consommateur) à celle pratiquée dans les grandes surfaces, l’Anses préconise le contraire aux Antilles. La raison ? On possède très peu d’informations sur la traçabilité des denrées provenant de l’autoproduction, des dons ou des aliments vendus en bord de route. Or, pour l’Anses, il est possible que ces marchandises possèdent un fort taux de contamination. Il existe également dans les aliments que nous consommons une limite maximale de résidus de molécules (LMR). Cependant, la non-traçabilité des aliments autoproduits ne permet pas de déterminer si ils respectent ou non les LMR.

Quid de la santé ?

Diverses études montrent depuis plusieurs années les effets néfastes du chlordécone sur la santé. Il faut savoir que le chlordécone est un perturbateur endocrinien possiblement cancérigène. Il augmenterait le risque de cancer de la prostate, mais aussi celui de naissances prématurées. En effet, une étude menée par l’Inserm de Rennes en collaboration avec le CHU de Pointe-à-Pitre montre que 40 % des femmes exposées au chlordécone ont une période gestation plus courte de 3 jours. Ainsi, elles ont plus de risques d’accoucher avant la 37e semaine de grossesse. Le chlordécone pourrait aussi provoquer des problèmes cognitifs chez les nourrissons de 7 mois. En effet, une autre étude conduite par ces établissements démontre que dans 56 % des cas du chlordécone a été détecté dans le cordon ombilical et dans 77 % des cas dans le lait maternel. Pour Sylvaine Cordier, directrice de recherche de l’Inserm, même si « les doses sont très faibles », le résultat « n’est pas anodin ».

En outre, le nouveau règlement européen, entré en application en 2013 « autorise une limite en chlordécone dans la viande jusqu’à 10 fois supérieure à celle admise avant cette année là ! », dénonce Luc Multigner, épidémiologiste à l’insert dans les colonnes du Figaro. Dans un communiqué de presse, publié le 27 décembre, la Préfecture de la Martinique a indiqué que : « le troisième plan national de lutte contre la chlordécone aux Antilles, qui couvre la période 2014-2020, mobilise plus de trente millions d’euros de crédits publics, dont seize millions de l’État et de ses opérateurs ». Elle annonce le lancement d’une  importante campagne de communication grand public, début 2018, ainsi que la tenue « d’un colloque scientifique et de réunions publiques de restitution de tous les travaux de recherche menés ces dernières années autour de la chlordécone ».

 Indemniser les victimes

C’est ce que propose la députée guadeloupéenne Hélène Vainqueur-Christophe. Elle présentera devant l’Assemblée un projet de loi, afin d’obtenir une indemnisation économique. « Il est vrai que pour l’instant, il n’y a pas forcément de reconnaissance des maladies engendrées par la contamination de nos sols » a-t-elle expliqué. Mais, selon elle, « il est important que nous puissions trouver des voies et des moyens, pour que nous ayons une indemnisation correcte, pour tous ceux et celles qui ont subis des dommages liés à cette contamination notamment les agriculteurs et les pêcheurs, et également sur le plan sanitaire ».

 

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