A. Ascensio

Lundi 11 décembre, Johnny Hallyday a été inhumé sur l’île de Saint-Barthélémy, en présence de sa famille, de ses amis, mais aussi sous le regard attristé et admiratif des Saint-Barths, respectueux de la carrière et de l’homme qu’ils connaissaient tous.

La plus stricte intimité. C’était le mot d’ordre lancé par la famille de Johnny Hallyday, la star aux 110 millions d’albums, et même Bruno Magras, dans un communiqué qui prévenait que toutes les routes terrestres, aériennes et maritimes seraient coupées. Ce fut chose faite, cet après-midi du lundi 11 décembre, jour de l’inhumation du chanteur à Saint-Barthélémy. Dès 14h, des bateaux et des voitures de gendarmerie ont été déployés sur le parcours que devait emprunter le convoi funéraire du chanteur. « Il ne s’agit pas d’un dispositif de sécurité à proprement parler, a rappelé le Général Jean-Marc Descoux, de la gendarmerie des Îles du Nord, mais de permettre à une famille d’enterrer mari et père dans la dignité et de manière normale ».

La Baie de Lorient, à Saint-Barthélémy – A. Ascensio

Et la normalité à Saint-Barthélémy, les stars la connaissent. C’est même la raison pour laquelle, selon les habitants, elles viennent passer des vacances ici, une fois, deux fois, mille fois. « Ici, les stars, on ne les embête pas, on les côtoie toute la journée, et on ne va même pas demander d’autographes », raconte Mirko, qui a travaillé dans la villa au-dessus de celle des Hallyday, en arrivant à Saint-Barth, il y a quatre ans. Pourtant, Johnny, ici, c’est une figure. Un homme que l’on croisait souvent, seul, ou avec son épouse Laeticia, dans les magasins, les restaurants. « Lorsqu’il allait au Ti Saint-Barth [un des établissements où la star avait ses habitudes, NDLR], parfois il pouvait même chanter pour ses amis », sourit Mirko, évoquant un souvenir. Comme beaucoup de Saint-Barths, il est venu saluer la mémoire de l’artiste, de l’homme, qu’il qualifie d’humble, de gentil et d’accessible, des mots qui reviennent souvent dans la bouche des habitants de l’île. Un peu comme si tout le monde l’avait connu, Johnny.

Isabelle, elle est venue de loin, pour la veillée. Habitante de Washington, aux Etats-Unis, elle était désespérée à l’idée de ne pas pouvoir aller à l’hommage de Paris, la descente du corps sur les Champs-Elysées, et la messe à la Madeleine. Elle aurait voulu y être : « Je suis fan de puis des années, dit-elle. J’habite aux USA, mais j’ai pris des avions à chaque tournée pour aller au concert ». Alors quand l’annonce de l’inhumation à Saint-Barthélémy a été faite, elle a pris son sac et est partie trois jours. « La veillée, n’était pas triste », affirme-t-elle. En effet, la veille de l’enterrement, l’ambiance était calme, sereine, émue. Les gens défilaient petit groupe par petit groupe devant le cercueil, prenaient des photos. Un concert improvisé s’est tenu aussi, réunissant des guitares, notamment celle de Yarol Poupaud, musicien de Johnny durant des années, mais aussi des cuivres et un harmonica. Quand la pluie s’est mise à tomber, la foule ne s’est que légèrement dispersée.

Isabelle et sa photo fétiche – A. Ascensio

Le lendemain, jour de l’inhumation, le soleil était revenu, donnant à l’île fleurie une ambiance de fin de printemps. Aux abords du cimetière où Johnny Hallyday repose désormais, des curieux sont venus toute la journée. Certains « pour voir », d’autres pour « se recueillir » sur une tombe encore inexistante. Et puis, vers 16h, le convoi est arrivé, une longue file de voitures noires, précédées par une Mercedes de collection, bleu nuit, portant le cercueil blanc du chanteur. Suivaient des bikers, rassemblés dans un vrombissement de moteur, pour venir rendre hommage à leur idole. Des badauds étaient là, au bord de la route pour voir passer le cortège funéraire, lançant des fleurs sous les roues de la voiture de collection transformée en corbillard. Certains curieux, émus aux larmes restent jusqu’au bout pour pouvoir, après la réouverture de la route et quand la famille sera partie aller se recueillir quelques minutes sur la tombe. D’autres décident de rentrer chez eux : « On habite là, on aura tout le temps venir le voir plus tard », assure Hélène, qui espère bien venir, dans les jours qui viennent, ajouter une fleur à celles qui recouvrent en masse la tombe.

Deux bikers attendent leurs compères du convoi – A. Ascensio

La cérémonie durera une heure environ. Les cloches ont sonné, une chorale a chanté, un air de rock, un petit Bee-Bop-A-Lula. Un biker, sort du périmètre, les yeux rougis. « On se sent proche », dit-il, la voix étranglée par l’émotion. « Seul Bruno [Magras, le président de la collectivité de Saint-Barthélémy, NDRL], a pris la parole, et raconté ses souvenirs avec Johnny. » Puis le prêtre a parlé et les proches ont déposé une fleur sur le cercueil avant de refermer la tombe. « Au-dessus de nous, une frégate (un oiseau des Antilles, NDLR), a tournoyé longtemps. Tout le monde l’a prise en photo et la regardait. C’était comme l’esprit de Johnny qui s’en allait », rajoute Jean-Pierre, les larmes aux yeux. Plus tard, un autre biker, surnommé « Plein Gaz », Bernard de son vrai prénom, racontera le souvenir qu’il chérira toute sa vie. Alors qu’il ne faisait pas partie du cortège, un copain l’a embarqué au vol sur sa moto et lui a permis « d’assister aux funérailles de celui qu’il a suivi toute sa vie ». Un coup de chance au regard du filtrage drastique imposé à l’entrée, contrôle d’identité à l’appui.

Des contrôles pour vérifier l’identité des invités ont été réalisés – A. Ascensio
Après la cérémonie au cimetière de Lorient, tous les invités ont été au Jojo Burger, au fond. – A. Asensio

A la fin de la cérémonie, tout le monde, vêtu de blanc, s’est retrouvé au bar adjacent au cimetière : le Jojo Burger. L’occasion de se saluer, de s’embrasser, de se consoler entre amis, et famille, de se remémorer autour d’un verre la star mais aussi l’homme que Johnny était. Après le départ de la famille Hallyday et pendant que la tombe abondamment fleurie de Johnny Hallyday continue de luire à la lueur des bougies, certains invités, plus mordus que d’autres sont restés, et ont chanté. Quelque chose de Tennessee d’abord. Puis Que je t’aime. Au même moment, quelques habitants venaient déposer sur la tombe, à leur tour, une fleur, une marque de respect ou d’affection, un adieu à « la légende qui ne s’éteindra jamais. », selon un Saint-Barth qui, du bout des pieds, sur le sable qui jonche le sol du cimetière, trace un cœur.

La tombe de Johnny, fleurie après la cérémonie – A. Ascensio

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