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Réconfortant, apaisant, surprenant… S’offrir un livre ou en faire cadeau à un proche, c’est souhaiter passer un bon moment le temps de quelques pages. En 2017, les auteurs nous ont encore ravi de belles découvertes. Voici une sélection d’ouvrages des littératures caribéenne, polynésienne et réunionnaise, publiés cette année à découvrir.

 

Belle merveille de James Noël, août 2017 (éditons Zulma)

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« pap pap pap papillon… Songe à l’histoire qui t’échappe à tire-d’aile. Je vais tout de même te la raconter, franco et cœur sur table, tout en me disant que c’est l’inverse qui aurait dû se produire.. » Le premier roman de James Noël porte bien son nom. Le poète haïtien réussit avec brio son passage à la romance. Il dépeint la rencontre foudroyante de e Bernard, le miraculé survivant du séisme ravageur du 12 janvier 2010, avec une bénévole napolitaine répondant au beau nom d’Amore. Une histoire d’amour parsemée d’embûches, sur fond de dévastation et de cadavres, dans laquelle règne une musicalité des mots.

 

La Fin de Mame Baby de Gaël Octavia, août 2017 (éditions Gallimard)

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Pépite de la rentrée littéraire 2017, le premier roman de la Martiniquaise Gaël Octavia est une belle découverte. Envoûtant et inventif, il s’intéresse à l’histoire de quatre femmes dans un Quartier (sans nom). Les destins de Mariette, Aline, Suzanne et enfin Mame Baby ne sont pas de tout repos et des surprises vous attendent au fil des pages. Elle a obtenu la mention spéciale du jury du Prix Wepler.

 

By the rivers of Babylon de Kei Miller, septembre 2017 (éditions Zulma)

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La Jamaïque dans les années 80. La plume du romancier et poète Kei Miller révèle avec brio la descente aux enfers de son île natale vers la violence et la misère morale et matérielle. Il pose son cadre à Augustown, quartier pauvre de Kingston, et s’arrête sur l’histoire de la petite Kaia,, aux prémices d’une apocalypse (aura-t-elle lieu ou pas ?). Avec fougue et éloquence, ce roman s’élève comme un magnifique chant de résistance et de libération. Il a été récompensé du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout- Monde.

 

Adieu Bogotá de Simone et André Schwarz-Bart, mai 2017 (éditions Seuil)

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Après Un plat de porc aux bananes vertes (Seuil, 1964) et L’Ancêtre en Solitude (Seuil, 2015), Simone Schwarz-Bart publie avec son mari à titre posthume (il est décédé en 2006) un nouvel ouvrage du cycle des romans antillais. Ce nouveau roman poignant, écrit à quatre mains, retrace la vie de Marie qui liée par une promesse livre le récit de son existence. Un itinéraire qui s’ouvre en Martinique, traverse la Guyane jusqu’à la Colombie et Bogota, en passant par New York, jusqu’en France. Le cheminement de cette femme noire ruisselle de courage, de détermination et de force.

 

Frères migrants de Patrick Chamoiseau, mai 2017 (éditions Seuil)

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« Qu’est-ce donc qu’agir ou que porter-manœuvre au-delà de l’urgence sans délaisser l’urgence ou rater l’essentiel, et sans considérer qu’au principe de ce drame règnent des forces invisibles ? » Avec force et passion, l’écrivain martiniquais interpelle le lecteur sur la condition des réfugiés en Europe. Une dénonciation, un appel à la tolérance et l’esquisse d’« un autre imaginaire du monde » sur l’un des drames de notre société actuelle portés par l’une des grandes plumes de la littérature caribéenne.

 

Les temps de la cruauté de Gary Victor, février 2017 (éditions Philippe Rey)

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Romans, nouvelles, pièces de théâtre, essai… Le romancier Gary Victor a écumé les genres, au point de devenir l’écrivain le plus lu dans son pays. Son dernier ouvrage, Les temps de la cruauté, est un nouveau tour de force. Il raconte l’histoire d’une vie, celle de Carl Vausier, marquée par sa rencontre avec Valencia. En toile de fond, Haïti, ses malheurs, les superstitions, les difficultés du quotidien, le surnaturel. Une œuvre bouleversante, lauréate du prix littéraire Fetkann et finaliste du prix des cinq continents de la Francophonie 2017.

 

Rose-Mercie de Maggy Belin Biais, mai 2017 (éditions Zellige)

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Haïti 1915… C’est en ce lieu que débute l’intrigue du premier roman de Maggy Belin Biais – au début de l’occupation militaire américaine de la première République noire au monde. La journaliste retourne sur l’île où elle a grandi pour dresser le portrait de Rose-Mercie, une femme et mère forte, et indépendante, ainsi que son pays, en quête de liberté face à l’envahisseur. L’auteure s’appuie sur des personnages et faits historiques comme Rosalvo Bobo et Charlemagne Péralte. Une fresque romanesque qui dépeint les coutumes, les traditions, les superstitions et les combats d’un peuple résilient. En outre, Maggy Belin Biais a cédé les droits de son premier ouvrage à l’association Haïti Futur.

 

Le fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana de Maryse Condé, mai 2017 (éditions JC Lattès)

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Maryse Condé porte avec brio la plume dans l’actualité pour son vingt-deuxième roman. La romancière guadeloupéenne fait le récit du drame djihadiste à travers l’histoire d’Ivan et Ivana. Ces jumeaux, nés d’une mère guadeloupéenne et d’un père malien absent, cultivent les différences de caractère mais se vouent un amour indéfectible. Mais à l’instar du titre de l’ouvrage, ces jeunes héros n’échapperont pas à la tragédie. Ivan prend le chemin de la radicalisation. Un itinéraire qui conduit le lecteur à un pèlerinage dans des contrées chères à Maryse Condé, de la Guadeloupe à l’Afrique. Une oeuvre profonde qui ne tend pas à la complaisance. Elle interroge notre société sur sa complexité, ses maux, la France post-coloniale, la négritude… Le talent de l’auteure de 80 ans ne s’apure pas. Et les destinés brisés d’Ivan et Ivana viennent compléter sa bibliographie foisonnante.

 

Gourmande de Isabelle Kichenin, octobre 2017 (éditions Orphie)

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C’est un titre qui relève d’un doux euphémisme. Oui, le premier roman d’Isabelle Kichenin est appétissant. Mais il n’est pas facile à ingurgiter avec entrain. L’auteure réunionnaise aborde avec justesse un thème difficile : les violences faites aux enfants et les conséquences sur les victimes, une fois à l’âge adulte. C’est l’histoire de Mathilde, la quarantaine, professeur de lettres à l’université de La Réunion. L’enseignante se laisse émouvoir par l’un de ses étudiants, Damien, en proie à une fragilité criante, qui tente de protéger sa petite amie Marie de son comportement destructeur. « Ensemble, ils font tous les trois dialoguer leurs fêlures et livrent une chorégraphie violente. Celle de victimes d’abus en quête de légèreté. »

 

Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme de Françoise Vergès, mars 2017 (éditions Albin Michel)

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Dans son nouvel ouvrage, Françoise Vergès lève le voile sur un pan sombre de l’histoire de la France à l’ère post-coloniale : la politique de gestion et de contrôle de la natalité dans les Outre-mer. L’historienne réunionnaise prend l’exemple de son île. Dans les années 60-70, des milliers de femmes noires de la Réunion ont été contraintes à avorter ou stérilisées, – des pratiques considérées comme criminelles en France à cette époque – ostraciser en raison de leur couleur de peau. « L’auteure entend faire la lumière sur l’histoire mutilée de ces femmes, héritée d’un système esclavagiste, colonialiste et capitaliste encore largement ignoré aujourd’hui ». Un essai passionnant.

 

Peyi an nou de Jessica Oublié et Marie-Ange Rousseau, octobre 2017 (éditions Steinkis)

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Un roman graphique pour raconter une page (trop peu connue) de l’histoire des Outre-mer…. Dans les années 60, des milliers de Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais et de Guyanais ont quitté leur département pour rejoindre l’Hexagone, en manque de main d’œuvre face au boom économique. Pour orchestrer cette migration, l’État crée une agence, le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre mer). Des familles éclatées, des filiations brisées, des exils malheureux… Un épisode historique lié à l’histoire personnelle de Jessica Oublié, qu’elle a décidé d’illustrer avec l’aide de Marie-Ange Rousseau. (Le Bumidom est également la toile de fond du dernier film de Jean-Claude Barny, Le Gang des Antillais, ainsi que du téléfilm de France Télévisions, Le Rêve français).

 

L’insurrection de l’âme Frantz Fanon, vie et mort du guerrier-silex de Raphaël Confiant, mai 2017 (éditions Caraïbéditions)

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Quand Raphaël Confiant rencontre Frantz Fanon… Il réussit un tour de force, sous la forme d’une étonnante autobiographie imaginaire du psychiatre, militant et essayiste martiniquais, décédé en 1961. Le lecteur suit le cheminement de Fanon, les grands moments de sa vie et (surtout) découvre l’homme avant le médecin, l’homme avant l’auteur. Une entrée dans l’intimité du « guerrier-silex » (terme employé par Aimé Césaire dans un poème sur Fanon) qui rend l’icône plus accessible. Un beau cadeau du doyen de la Faculté de Lettres de l’université des Antilles pour les générations qui appréhendent Peau noire, masques blancs et des Damnés de la terre.

À noter la sortie en juin 2017, du témoignage de l’ex-assistante de Frantz Fanon, Marie-Jeanne Manuellan, dans le livre Sous la dictée de Fanon.


D’autres ouvrages susceptibles de (vous) séduire vos proches : Zing-zing paradis, l’histoire d’une métamorphose de Jymmi Anjoure-Apourou ; L’étoile Absinthe de Jacques Stephen Alexis ; Le grand frisson de Frankito ; Le jour où ma mémoire s’est réveillée de Yollen Lossen ; Rapatriés de Néhémy Pierre-Dahomey ; Sato san, le maître des corsets de Roland Brival ; Dans le jardin secret d’Aimé Césaire de Serge Bilé ; Le païen de Ariirau ; Madame Desbassayns de Jean-François Samlong ; Colère de flic de Guillaume Lebeau et David Ponchelet  ; L’île au poisson venimeux de Barlen Pyamootoo ; Pina de Titaua Peu ; C’est juste un film de Earl Lovelace.

 

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