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Un protocole d’accord pour une reconstruction « durable » de Saint-Martin a été signé mardi 21 novembre à Matignon entre l’Etat et la collectivité. Le délégué interministériel Philippe Gustin a également présenté un rapport fixant des préconisations pour optimiser les rénovations sur les îles du Nord.

La ministre des Outre-mer Annick Girardin et le président de la collectivité de Saint-Martin Daniel Gibbs ont signé mardi 21 novembre 2017 un protocole d’accord pour rendre « efficace et durable » la reconstruction du territoire. Il survient à l’issue du 4e comité pour la reconstruction de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Michel Magras, sénateur, représentant de la collectivité de Saint-Barthélémy ainsi que les présidents d’exécutif des collectivités territoriales des Outre-mer, 20 ministres, secrétaires d’État et directeurs de cabinet étaient également présents à cette rencontre.

Cette feuille de route a été élaborée à partir d’un rapport présenté par Philippe Gustin, délégué interministériel, affecté aux rénovations sur les îles du Nord. Il stipule notamment de renforcer les moyens de la préfecture de Saint-Barthélemy et Saint-Martin pour assurer un contrôle et une meilleure présence des services de l’État, de « lancer une véritable réflexion sur le modèle touristique » des deux collectivités ou encore de « lancer une politique de l’urbanisme responsable et contrôlée ».

« Relancer la coopération » entre Saint-Martin et Sint-Marteen 

Dans son rapport rendu public, mardi, Philippe Gustin fait plusieurs constats, en tenant compte des spécificités des deux îles. A Saint-Martin, divisée en deux parties (française et néerlandaise), les infrastructures restent aujourd’hui particulièrement endommagées – 95% des bâtiments sont touchés, 30% de façon irrémédiable. Le délégué interministériel souhaite donc que soit lancée « une politique de l’urbanisme responsable et contrôlée, notamment en mettant en place un diagnostic précis du territoire ». Les documents d’urbanisme locaux seront révisés, les capacités d’ingénierie locales renforcées et une police de l’urbanisme et de la construction mise en place. Le rapporteur évoque également l’établissement d’une «stratégie conjointe de lutte contre les implantations illégales».

En outre, il est important selon lui de «lancer une véritable réflexion sur le modèle touristique des deux îles à long terme». Le potentiel des deux îles pourrait ainsi être valorisé «par la promotion de la formation professionnelle afin d’avoir un vivier de salariés qualifiés». En effet, d’après le rapport du délégué interministériel, pour les professionnels français du secteur, «l’attractivité de Saint-Martin serait pénalisée par un environnement réglementaire plus contraignant que celui de la partie néerlandaise. Le secteur doit également composer avec un manque de personnel qualifié ainsi que des infrastructures insuffisantes, vieillissantes et d’un rapport qualité-prix jugé insuffisant». Soutenir les entreprises locales durant la période de transition assez compliqué que connait l’île est également essentiel.

Par ailleurs, concernant Saint-Martin, le rapport pointe également la nécessité de «relancer la coopération» entre les deux parties de l’île. Cette collaboration bilatérale devrait concerner la lutte contre la corruption et la maîtrise des flux migratoires. Philippe Gustin propose que cela se fasse, par exemple, via un projet d’infrastructures communes – notamment pour la gestion des déchets et de l’assainissement . Relancer le forum de dialogue «Q4» entre les collectivités néerlandaises et françaises de l’île est également une autre piste.

Le rapport se penche sur la sécurité. Il préconise de «maintenir des forces de sécurité crédibles», et souligne que «les affaires de pillages […] dans les jours qui ont suivi IRMA ont durablement terni l’image de l’île». Pour «gérer au mieux la période de transition en assurant une sécurité optimale et en soutenant les entreprises locales, notamment par des mesures de trésorerie et en faisant en sorte que la reconstruction leur profite en priorité», ajoute le rapporteur.

Un plan pluriannuel d’investissement

Un plan pluriannuel d’investissement et de rattrapage sera proposé d’ici le 31 mars 2018 par la collectivité de Saint-Martin. L’Etat mettra également la main à  la poche en apportant son soutien à divers projets locaux.

Rappelons que la signature de ce protocole sur la reconstruction de l’île fait partie d’un autre protocole financier beaucoup plus large signé le 6 novembre dernier et dans lequel l’Etat s’engage à verser 12,2 millions d’euros à Saint-Martin en 2017 et 50 millions d’euros en 2018. Cela afin de pallier la baisse des recettes fiscales et l’exonération de la taxe foncière demandée par la collectivité.

Le point sur la situation actuelle dans les deux îles

Plus de deux mois après le passage d’Irma sur les deux îles, la situation s’est améliorée. Les réseaux électriques et de téléphonies mobiles sont rétablis à Saint-Martin comme Saint-Barthélémy. L’aide des îles voisines et de l’Hexagone y a fortement contribuée. Cependant, l’accès a l’eau reste problématique pour une grande majorité de foyers, notamment à Saint-Martin. En effet, selon la délégation interministérielle en charge de la reconstruction «la grande obsolescence des canalisations a provoqué en effet des dommages graves sur une partie du réseau de distribution, rendant l’acheminent de l’eau difficile dans certains quartiers». En outre, la rentrée scolaire a été lancée le 6 novembre dernier par le Premier ministre Édouard Philippe.

L’activité économique de Saint-Martin (île la plus touchée) a repris. Les commerces ont rouvert. Au niveau aérien et maritime tout est de nouveau opérationnel. L’aéroport de Juliana (situé à Sint-Marteen) a relancé ses liaisons vers les Etats-Unis. La compagnie Air France ne sera pas de retour avant le premier trimestre 2018. A l’aéroport de Grand-Case (située dans la partie française de l’île), des compagnies telles qu’Air Caraïbes ont repris leurs rotations. D’après le rapport, il faut soutenir le redémarrage des accès aériens à Saint-Martin « pour refaire de l’île un vrai hub dans la Caraïbe« .

Mais tout n’est pas réglé pour autant. Certaines entreprises ont été durement frappées par l’ouragan. L’Etat a donc mis en place une aide exceptionnelle : «10 millions d’euros ont été budgétés pour abonder ce dispositif, qui permet d’allouer 1 000 € à tout type d’entreprise recensé, 5 000 € aux entreprises garantissant le maintien dans l’emploi de leurs salariés grâce au chômage partiel, et 10 000 € aux entreprises garantissant le maintien dans l’emploi de leurs salariés via le chômage partiel et présentant des factures acquittées liées au redémarrage de leur activité» a expliqué la délégation.

Pour les particuliers, une carte prépayée sera mise en place pour les foyers de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Elle sera disponible à partir du 23 novembre. Son montant sera de 300 € par adulte, 100 € par enfant et limité à 900 € par foyer. Elle sera valable exclusivement sur le territoire français. Le (ré)aménagement nécessitera encore du temps…

 

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