Crédit : sainte-lucie.fr

Accélération de la sécheresse, invasions d’algues sargasses, espèces végétales et animales menacées… Les effets du changement climatique sont déjà bien présents dans les Caraïbes. Le 13 novembre dernier, 15 364 scientifiques on alerté : la fin du monde, c’est pour bientôt. Et notre biodiversité est déjà menacée.

« Bientôt il sera trop tard ! ». Dans un article paru dans la revue Bio Science, en anglais, des milliers de chercheurs et de savants venus de 184 pays du monde, aux travaux reconnus en biologie, en zoologie, climatologie, océanologie, etc… se sont unis pour envoyer un « deuxième avertissement » à l’humanité sur l’état de destruction avancé de notre planète. Le texte a été publié le 13 novembre et relayé par les médias du monde tant il est historique, par son ampleur et son contenu.

« 80% de la biodiversité française est concentré dans les territoires d’Outre-mer », détaille Pascal Canfin du Fond Mondial pour la Nature (WWF). La région Caraïbe fait partie des 34 « hotspots » de la biodiversité mondiale. Nos territoires peuvent se targuer d’attirer les touristes avec leurs paysages enchanteurs. Mais les mangroves, océans, forêts ou encore zones agricoles sont tout autant menacés par les bouleversements climatiques.

La 6e extinction de masse

« A l’exception de la stabilisation de la couche d’ozone, l’humanité a échoué en matière de résolution des défis environnementaux » soulignent les scientifiques, pointant du doigt l’utilisation massive des énergies fossiles, l’industrie de l’agriculture, notamment pour la production de viande, etc… « Nous sommes en train d’organiser la sixième extinction de masse depuis 540 millions d’années« , constatent les scientifiques, liant ainsi entre elles toutes les études parues ces dernières années.

Près de 60 % des espèces vertébrées ont disparu. 80 % des insectes européens, responsables de la pollinisation de la végétation (donc de la survie de la végétation qui produit l’oxygène dont nous avons besoin pour respirer) ont disparu, emportés par les produits chimiques. Les poissons disparaissent à cause de la pêche massive. L’eau est une ressource qui se raréfie. La population mondiale augmente.

Le problème ? Outre la perte de la biodiversité, c’est que chaque changement entraîne une modification des écosystèmes, causant de nouveaux dommages, et cela trop rapidement pour que l’évolution naturelle des choses puisse encaisser ces changements.

Et si cette alarme semble être la même que celle lancée depuis des années par tous les défenseurs de l’environnement, (y compris ces mêmes scientifiques, déjà auteurs d’un premier avertissement en 1992), les indicateurs fiables venus d’études plus que documentées mettent désormais tous les voyants au rouge. Le temps manque, il n’est plus l’heure de tergiverser sur la sauvegarde ou non de la planète, sur les risques économiques que la transition écologique représente, parce que comme l’indique l’agro-écologiste Pierre Rhabbi, « le drame de l’humanité toute entière c’est qu’elle ne sait pas qu’elle dépend de la nature et que si la nature meurt, l’humanité meurt.« 

La Caraïbe, concernée, elle aussi

Depuis quelques années, des « zones mortes » marines ont été observées en mer des Caraïbes. En 2010, une étude de la revue « Etudes Caribéennes«  était déjà alarmiste sur les écosystèmes coralliens, la régression des mangroves et des herbiers sous-marins.  » Le dragage des fonds marins, la surpêche, la surexploitation du bois des mangroves, les détériorations liées aux ancres des bateaux ou encore les pièges à poissons, l’urbanisation côtière, les pollutions d’origine agricole, domestique ou industrielle sont autant d’exemples de menaces que les sociétés caribéennes font peser sur leurs écosystèmes marins« , indique la revue.

Or, il ne faut pas oublier que l’essentiel de l’activité économique des îles de la Caraïbe provient de ses ressources naturelles, de l’attrait des touristes pour les mers turquoises et transparentes et des fonds marins. Sans cela, la Caraïbe mourra et ses habitants avec. Par ailleurs, les continents de déchets, trouvés un peu partout dans le monde ont été récemment décelés dans la mer des Caraïbes au large du Honduras. Pas vraiment de quoi attirer les touristes. Ni même donner envie de manger les poissons qui se seraient nourris d’immondices avant d’être pêchés, histoire d’éviter l’empoisonnement.

Irma, à cause de la viande ?

D’autre part, l’industrie de l’agriculture est à l’origine d’une large part de la déforestation : on enlève des forêts pour implanter champs de céréales, destinés à nourrir des animaux voués à l’abattoir. La déforestation est elle-même responsable de l’augmentation de la température des océans. Ce dernier phénomène pourrait sembler anodin. Sauf le réchauffement des mers est à l’origine de la formation de cyclone comme Irma, ou comme Maria, qui viennent détruire nos îles. « Un phénomène dont on sait qu’il s’intensifiera » a rappelé Edouard Philippe en visite à Saint-Martin début novembre 2017. Surtout si l’humanité continue de manger de la viande à tous les repas.

Des solutions globales et locales

Heureusement, même s’il est presque trop tard pour réagir, l’humanité a encore une petite fenêtre de tir. Les scientifiques énumèrent des solutions, émanant essentiellement de la masse, de la société civile, capable par son nombre de faire pression sur les puissants de ce monde pour leur faire prendre des mesures immédiates. « Il s’agit d’un impératif moral envers les générations actuelles et futures des êtres humains« , rappellent les scientifiques qui mentionnent aussi « qu’il est temps de réexaminer les comportements individuels ». Avec en tête de liste « limiter notre propre reproduction« , ne plus dépendre des énergies fossiles. Diminuer voire cesser de consommer de la viande, des produits d’origine animale, et consommer des produits d’origine végétale. Pas facile, c’est vrai, mais loin d’être impossible.

Concernant les Caraïbes, on pourrait ajouter ne rien faire brûler lors des épisodes de brumes de sable, exiger de consommer local, uniquement local et réduire les importations. Se pencher sur la question des déchets au vu de la complexité à les trier et les traiter. Essayer de comprendre les mécanismes économiques et financiers de la transition énergétique. Faire pression sur les personnalités politiques, élire des volontaristes. Eduquer les enfants. Se mobiliser. Et prendre conscience que nos îles sont un des derniers endroits du monde où l’on trouve des papillons.

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