En visite à Saint-Martin deux mois après le passage de l’ouragan Irma, le Premier ministre Edouard Philippe a salué le travail des acteurs, secours, personnels et habitants mobilisés dans la reconstruction de l’île. Mais au-delà des mots, les Saint-Martinois attendent avec impatience la concrétisation des promesses du gouvernement Macron. 

C’est dans le quartier d’Hope Estate, au nord-nord-est de Marigot – chef-lieu de l’île, que le Premier ministre s’est fait alpaguer en sortant d’une visite chez les commerçants, lundi 6 novembre. Une femme, furieuse, a pris à partie Édouard Philippe, pour pester contre la lenteur des assurances qui tardent à verser les indemnités qui sont dues aux sinistrés. « On n’a encore rien touché », s’exclame-t-elle, arguant l’impossibilité de redémarrer son activité. En cause, selon Édouard Philippe, le nombre de propriétaires en indivision sur l’île. « Mon travail c’est de faire en sorte que les assurances puissent faire le leur et vite. Je ne suis pas là pour les excuser mais je sais qu’ils rencontrent parfois des difficultés », a-t-il dit reconnu.

E. Philippe et sa délégation ont déambulé dans Saint-Martin
A. Ascensio

« On n’a pas Internet, pour téléphoner c’est compliqué », martèle encore la femme. Elle parle aussi de la sécurité, qu’elle espère voir perdurer, de la propreté des rues, pourtant déblayées. Des difficultés encore vives pour certains habitants de Saint-Martin que le Premier ministre a confirmé, tout en indiquant qu’il était normal que les choses aillent lentement. « Les choses ne peuvent pas se faire en un claquement de doigt », a-t-il répondu.

Le collectif « Saint-Martin Uni » mobilisé

Même remarque pour le collectif « Saint-Martin Uni », une association créée tout récemment pour faire entendre la voix des habitants. « Notre demande est de l’aide sociale, financière et aussi physique », explique Cédrick André, président de l’association. « De Sandy Ground à Quartier d’Orléans, les gens sont fatigués, les jeunes n’ont plus d’emploi et il va falloir faire des choses mais avec quelles ressources ? », interroge-t-il. Prenant Édouard Philippe à témoin, il a présenté son association, demandant au chef de l’exécutif de venir rencontrer les gens pourtant tenus à distance par des barrières de sécurité.

Le collectif le promet : ses membres remettront au goût du jour les conseils de quartier. Ils veulent trouver des solutions et si la collectivité, l’Etat et les autres ne font rien pour les aider, ils emploieront la méthode forte.

Des membres du collectif SXM Uni – A. Ascensio

Pour autant, la délégation ministérielle est arrivée à Saint-Martin les poches pleines de promesses présentées au président de la collectivité Daniel Gibbs.La première ? Un ministre se rendra tous les deux mois dans la collectivité pour suivre les évolutions et la progression de la reconstruction.

Puis, des exonérations de cotisations sociales et patronales, « un moratoire », grâce à un « amendement de la loi de finance de la sécurité sociale », pour les entreprises jusqu’en novembre 2018, voire 2020 selon les situations, et un étalement du remboursement de cette dette sur 5 ans. « L’effacement de 50 % de la dette sociale sera envisageable » a même ajouté le Édouard Philippe.

Ensuite, pour pallier l’absence de taxe foncière, l’État versera une aide de 62 millions d’euros à la collectivité. Enfin « pour les foyers les plus fragiles », le Premier ministre a parlé d’une « innovation » : une carte prépayée et approvisionnée sera délivrée « à des milliers d’habitants » à hauteur de 300 euros par adulte et jusqu’à 900 euros par foyer, pour « régler des achats ».

Quelques minutes auparavant, Daniel Gibbs en avait appelé à l’aide de l’État, soulignant l’extrême pauvreté du territoire, l’exode dont souffre son île : « 7000 départs pour Saint-Martin, c’est l’équivalent à l’échelle de la métropole à 12 millions de personnes. » « Je ne veux pas laisser le choix à mes concitoyens le choix entre le chômage ou l’exil », arguant que les facilités budgétaires pour saint-martin seraient une paille dans le budget de l’État. « Nous avons eu des mots d’amour, désormais, nous avons désormais besoin de preuves d’amour », a ajouté le président de la collectivité de Saint-Martin.

 

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