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Inaugurée le 26 septembre 2017, l’école Simplon de Marie-Galante en Guadeloupe dispense une formation de développeur à une vingtaine d’étudiants. Avec comme objectif : faire de la Grande Galette, un territoire intelligent.

« Pour l’exercice, vous allez m’écrire une fonction à deux possibilités. Ensuite vous donnerez un switch, et enfin une autre fonction avec trois conditions », demande Boris Pozzo, formateur à l’école numérique Simplon, fraîchement ouverte à Marie-Galante, à une promotion de 16 développeurs débutants. Tous ont commencé les cours depuis une quinzaine de jours dans le quartier de Tivoli à Grand-Bourg. La formation durera six mois auxquels s’ajouteront un à deux autres de stage.

Simplon.co, c’est une entreprise de l’économie sociale et solidaire qui propose des formations gratuites pour exercer des métiers du web, allant de développeur à datartisan, ou e-commerçant. Les formations sont souvent financées par les collectivités, des mécènes privés ou même l’Union européenne. C’est le cas de celle de Marie-Galante, subventionnée par le Fonds Social Européen, à hauteur de 658 000€, « soit pour trois promotions de 20 élèves » souligne Gladys Barington, recrutée comme chargée de mission par la mairie de Grand-Bourg pour accompagner les apprenants dans leurs recherches de stage, et le suivi de leur « scolarité ». Le projet, qui suivait son cours depuis plusieurs années, qui aurait du ouvrir il y a déjà plus d’un an et dont les financements manquaient pour une concrétisation totale, a finalement abouti pour la rentrée 2017, une fois passée la saison cyclonique agitée de cette année.

L’école Simplon ©A. Ascensio

À l’heure où nous faisons ce reportage, les jeunes apprenants travaillent sur cahier pour ceux qui n’ont pas d’ordinateur, puisque le matériel informatique fournit par la collectivité pour la formation n’est pas encore là « mais devrait arriver sous peu », assurent les formateurs. En attendant, on écrit sur le tableau et on apprend « la syntaxe » : « Vous aurez beau faire du beau code, si vous ne maitrisez pas la syntaxe, vous n’y arriverez jamais » martèle Boris Pozzo. Lui est issu de la formation de l’école Simplon de Montreuil, et s’est finalement inscrit sur le projet. La méthode Simplon ?  « Apprendre en faisant, apprendre par la pratique et donner les clés pour s’auto-former dans le futur. »

Smart-territoire

L’objectif : susciter des vocations d’abord, mais aussi et surtout développer l’activité numérique de Marie-Galante, volontariste sur le sujet, mais dans une économie encore loin d’être tertiarisée. « L’école s’inscrit dans le cadre du projet Marie-Galante, île durable », souligne Gladys Barington. Il s’agit d’un programme de développement du territoire, à base d’autonomie énergétique et alimentaire, dans laquelle le tourisme intelligent tient une large place. De fait, développer les compétences de jeunes gens dans des domaines porteurs semble la bonne idée à suivre, à condition de les inciter à rester sur l’île. La plupart des apprenants de la première promo de l’école Simplon viennent de Guadeloupe continentale. « Mais tous ont une accointance avec Marie-Galante », nuance Gladys Barington. La collectivité nourrit l’espoir de voir ces jeunes gens formés mettre leurs nouvelles compétences au service du territoire et de s’orienter vers le marché local qui devrait, entend-on, fourmiller d’opportunités et d’occasions de se montrer reconnaissant envers la collectivité : outre la gratuité de la formation, les jeunes se voient aussi offrir leur permis de conduire, la cantine pour le midi et le transport scolaire jusqu’à l’école.

« C’est une opportunité de pouvoir avoir cette formation gratuitement pour nous », relève Gauthier, 23 ans qui projette de devenir développeur full-stack, « un développeur qui sait tout faire ». Lui, comme ses camarades ont passé une journée de sélection, faite de quelques test techniques et surtout d’un entretien de motivation. Pour Caroline, la motivation c’est, entre autres, la passion pour les geekeries, mais aussi la petite durée de la formation, comparée à celle d’un BTS : six mois au lieu de deux ans. Pour François, l’idée c’est d’explorer petit à petit la totalité des métiers autour de l’informatique pour « savoir tout faire du montage au démontage d’un ordinateur ». Chacun des étudiants a entendu parler de la formation par le bouche à oreille notamment, notamment par le relais de personnes déjà bien implantées dans l’écosystème numérique Guadeloupéen : collectivités, FabLab de Jarry, ou encore parce que l’un des membres de la famille est créateur de start-up. Les organisateurs espèrent ratisser plus large sur les deux promotions suivantes pour permettre à d’autres jeunes (jusqu’à 30 ans) de s’ouvrir à la discipline. « Nous avons un objectif, indique Gladys Barington. C’est 20 apprenants par promotion, que 75% d’entre eux obtiennent un emploi ou développent un projet et que les 25% continuent leur formation plus loin que ce que Simplon peut apporter ». Soit un niveau bac + 2 à faire certifier par une équivalence.

À l’issue de la formation, il faudra regarder combien d’élèves choisissent de rester à Marie-Galante, plutôt que de se tourner vers les entreprises guadeloupéennes ou métropolitaines, pour aller dans le sens du développement voulu par la présidente de la communauté de commune et ses acolytes. Pour l’heure, le territoire marie-galantais reste encore voué à la désertion d’une population résolument vieillissante. Pourtant, le territoire pourrait devenir attractif pour quelques digitals nomades venus couler des jours paisibles en bord de lagon : avec l’ouverture en avril d’un espace de coworking, Créole Link, petit mais avec des grandes ambitions, l’île, sans encore accéder au rang de territoire numérique semble prendre le virage correctement, malgré l’absence de fibre optique garante d’une connexion internet rapide, stable et fiable.

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