Le député guadeloupéen Max Mathiasin a marqué les esprits à l’Assemblée nationale, mercredi 21 novembre lors des « Questions au gouvernement. L’élu a été ovationné par l’hémicycle après son intervention sur l’esclavage en Libye et comment la France compte agir face à ce « drame humanitaire insoutenable ».

Elles ont fait le tour du monde en un rien de temps et provoqué l’indignation sur la planète entière ou presque… Elles ? Ce sont ces images diffusées par la chaîne américaine CNN de la vente de migrants noirs sur des marchés aux esclaves en Libye. « Horrible », « insoutenable », « révoltant », les adjectifs ont vite fleuri pour dénoncer la vente de migrants noirs qui n’est pas sans rappeler une sombre période l’histoire.

Une indignation qui s’est invitée au sein du débat politique en France et plus particulièrement à l’Assemblée nationale. Ce mardi 21 novembre, le député de Guadeloupe apparenté MoDem, Max Mathiasin s’est exprimé sur le sujet lors des « Questions au gouvernement ». « Sur la planète, il y a des passés qui ne finissent pas de passer« , a-t-il débuté avant de s’appuyer sur sa propre histoire. « Ma grand-mère m’a raconté que son grand-père est né en Afrique en homme libre. Il a été capturé et vendu, il est arrivé en Guadeloupe en esclave (…) Il est mort avant la proclamation de l’abolition de l’esclavage. » L’élu a rappelé à ses confrères que la France est le pays à avoir reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité en 2001. Au fil de son propos, de nombreuses têtes hochent pour acquiescer et semblent adhérer au discours engagé du député de la Guadeloupe. A la fin de son intervention, le député a été ovationné par l’hémicycle qui s’est levée dans sa globalité, chose peu commune.

 

Le député martiniquais Serge Letchimy a également interpellé le gouvernement sur l’horreur ressentie à la diffusion de ses images et demandé des actions concrètes du gouvernement. « La mise en esclavage est la pire des barbaries que nous connaissons (…) La seule indignation suffit-elle ? Nous devons sans ambiguïté condamner ce trafic. Il faut aller plus loin sur la question de l’accueil des migrants« . Les deux députés ont reçu une réponse de la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau. Elle a d’abord salué leur éloquence, condamné ces faits d’abominables : La France a choisi de prendre ses responsabilités. Nous parlons sans détour avec tous, sur les faits que vous dénoncez » (…) La responsabilité c’est de travailler sans relâche à la lutte contre les passeurs, ces négriers modernes qui ne reculent devant rien. N’ayez aucun doute quant à notre détermination. » A noter que le sommet entre l’Europe et l’Afrique s’ouvrira dans quelques jours à Abidjan.

Avant Max Mathiasin, Claudy Siar a secoué la Toile

Alors que la scène politique nationale a retenu l’intervention du député guadeloupéen, Max Mathiasin, à l’Assemblée nationale, les internautes eux ont été fortement sensibilisés par cette sombre histoire de ventes de migrants noirs sur des marchés aux esclaves en Libye grâce à une vidéo du journaliste Claudy Siar publiée sur sa page Facebook. L’ex-délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer ne mâche pas ses mots tout en faisant part de son indignation et en appelant à la mobilisation. Résultat : en quelques heures, la vidéo est visionnée plusieurs centaines de milliers de fois pour aujourd’hui atteindre plus de trois millions de vues.

Dans la foulée, l’actuel vice-président du Conseil représentatif des Français d’outre-mer (CREFOM) n’en reste pas là puisqu’il invite à un rassemblement devant l’ambassade de Libye, samedi 18 novembre à 14 heures, située en plein cœur de Paris pour dénoncer cette situation honteuse. Ils seront ainsi plusieurs près de six milliers (selon les organisateurs) à répondre présents à cette invitation. Une mobilisation qui a traversé les frontières, relayée par des médias américains et africains et soutenue par des personnalités comme Booba, Omar Sy, Niska, Didier Drogba, Admiral T, Sonia Rolland, Serge Aurier, Kalash ou encore Paul Pogba.

D’autres élus et personnalités des Outre-mer se sont indignés de ces images d’un marché aux esclave en Libye. Le député guyanais Gabriel Serville – présent à la mobilisation à Paris : « Je constate le silence savamment  entretenu des grandes puissances de ce monde qui font mine de se soucier de la douleur des « sans rien », des « sans dents », des « sans lendemain », des  » sans voix », des « sans patrie » des « sans solution » des  » san-anyen ». Et le dégoût m’envahit. Il me prend à la gorge. »  L’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira s’est également exprimé via son compte Twitter, ainsi que les députés guyanais Lénaïck Adam et Georges Patient. Le député guadeloupéen Olivier Serva a publié une vidéo sur son compte Facebook. L’éditorialiste Jean-Jacques Seymour a publié une tribune dans les colonnes de nos confrères de Outremers 360.

 

L’ancien premier ministre et ministre des affaires étrangères sous le quinquennat de François Hollande, Jean-Marc Ayrault a également pris position. « Malheureusement il faut savoir que ça existe. Il ne faut pas être naïf et faire semblant de tout découvrir. Les Nations-Unies évaluent les personnes en situation d’esclavage, de travail forcé -sexuel ou non-, à 20-30 millions. Difficile d’avoir un chiffre précis mais ça donne la quantité du problème à l’échelle de l’humanité. On en a pas fini avec l’esclavage », a déclaré le président de la « Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions » au micro de la 1ère.

Le vice-premier ministre du gouvernement libyen d’union nationale (GNA), Ahmed Metig, a annoncé dimanche 19 novembre l’ouverture d’une enquête sur des cas d’esclavage près de la capitale libyenne. De leurs côtés, la RDC et le Burkina Faso ont rappelé leurs ambassadeurs en Libye.

 

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