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L’avancée de la recherche médicale est régulièrement au centre des débats en France. Mais saviez-vous que les territoires ultramarins ne sont pas dénués de potentiel dans le domaine. L’île de La Réunion a su le prouver. Le département brandi avec fierté son label French Tech obtenu en 2016, grâce à ses innovations dans le domaine de l’e-santé.

Se faire opérer par des robots ? On en parle déjà mais nous n’y sommes pas encore. En revanche, nous sommes immergés dans l’air du numérique. Quand le numérique et la santé se rejoignent, l’e-santé fait des merveilles.

L’e-santé, kezako ? Elle consiste à mettre le numérique au service de la santé (cela peut se faire via des applications, des objets connectés ou via la télé-médecine). Il est également possible d’assister un patient à distance. Dans ce domaine, l’île de La Réunion possède un fort potentiel. Consciente de cela, l’île a décidé de créer en 2002, une structure liant tous les projets en matière d’e-santé sur l’île. Il s’agit du TESIS, un groupement de coopération sanitaire. Il est présent sur le territoire afin de permettre une meilleure coordination entre les professionnels de santé.

Une base de données géante et un label « e-santé » en prime

TESIS est également l’instigateur d’un projet, « Lien » qui permet à tous les professionnels de santé, d’accéder aux dossiers de leurs patients, via une base de données géante. Pour Denis Lerat, Directeur des systèmes d’information de l’Agence Régionale de Santé de La Réunion, il n’y a pas de mystère. « La Réunion est la seule région de France avec un tel projet : nous sommes très en avance sur la circulation de l’information. » Il en est certain,  » cela a joué dans l’attribution du label French Tech.  » Label, que l’île a obtenu en juillet 2016.

Le label French tech de La Réunion. Credit: Digital Réunion

« La Réunion n’a pas attendu le projet French Tech pour s’inscrire dans cette démarche. Au contraire, le positionnement sur l’e-santé est lié à l’émergence de plusieurs initiatives de startups dans ce domaine depuis ces dernières années à la Réunion », explique Philippe Jean-Pierre, président d’ « Innovons La Réunion« . « Nous disposons également d’outils techniques forts avancés dans le domaine de la recherche technico-médicale. On a de nombreuses startups associées ou qui investissent sur ces champs « , ajoute-t-il.

Obtenir le label French Tech signifie avant tout, attirer des investisseurs. « Mettre La Réunion sur la carte de la French Tech, cela signifie également gagner en visibilité », explique Philippe Arnaud, président de Digital Réunion. Très impliqué dans la vie numérique de l’île, il précise : « à nous de nous mobiliser à nouveau afin d’accélérer la réalisation de projets grâce à l’octroi de financements et à rayonner au niveau international. D’autant plus que ce label valide ce pour quoi nous nous sommes battus au sein de ce territoire : l’excellence de notre recherche, de nos formations, du savoir-faire de nos start-ups, du mode de financement de nos entreprises, des acteurs de la santé et du dynamisme du territoire en général ».

La Réunion voit en l’Afrique un allié

Et l’international, c’est leur projet. Les 3, 4 et 5 octobre dernier, a eu lieu la 2ème édition du forum NxSE, organisée par Digital Réunion. Un forum d’affaire international de la transformation numérique regroupant l’Afrique et l’Océan Indien.

La Réunion veut exporter ses compétences numériques à l’extérieur du microcosme insulaire. En deux mots : échanger et mutualiser. « Nous avons la volonté de mettre en place des partenariats avec l’Afrique pour faciliter les échanges. Nous ne sommes qu’au début de cette collaboration », explique Elodie Royer, vice-présidente de Digital Réunion. Dans son esprit, l’objectif final de cette ouverture à l’Afrique est clair. « Nous voulons mettre en place des axes de collaboration avec l’ensemble des French tech hub en Afrique » notamment avec l’Afrique du Sud, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Kenya.

Le forum NxSE 2017. Credit: nxse.fr

En clair, « an lanmin ka lavé lot. » La Réunion participera aux évènements des hubs Africains et vice-versa. « Nous souhaitons de plus, mutualiser les pistes de financements auprès des investisseurs. Jouer le jeu auprès de nos contacts investisseurs et pour finir mettre en place des parcours d’accélération. Qui pourrait se faire dans chacun des pays », précise la vice-présidente de Digital Réunion.

Pour booster une start-up dans le domaine de l’e-santé, il sera alors formateur pour elle de passer trois mois à La Réunion, trois mois en Afrique du Sud, etc…, afin de se construire par exemple.

Ce sont des entreprises innovantes qui changent la vie des patients. Au forum NxSE, on croise des startups qui font parler d’elles à l’international. C’est le cas de la start-up africaine mPedigree et son projet Goldkey. Ils ont mis en place un code qui permet de tracer les médicaments. De ce fait, les faux médicaments sont détectés et cela évite les problèmes de santé. Une particularité liée à l’Afrique.

La Réunion, terre de startups innovantes

Des acteurs de la santé comme mPedigree, à La Réunion il y en a à foison. On connaît Oscadi (dont le projet a été soutenu par la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin), Logipren ou encore Torskal. C’est sur cette dernière que nous avons décidé de nous arrêter.

Torskal a été fondé en 2015 par Anne-Laure Morel, docteur en chimie-physique des matériaux.

Laure Morel, fondatrice de Torskal. Credit: LinkedIn

Le projet Torskal a été lauréat du concours I Lab de BPI France en 2015, dans la catégorie « Émergence » et a reçu le « prix Coup de cœur du jury » au concours Innovation Outremer créé par Outremer Network. Il est également soutenu à l’échelle européenne par le FEDER (Fonds européen de développement régional), duquel elle obtient 400 000 € et par le CYROI (Cyclotron Réunion Océan Indien, plateforme de recherche et d’innovation en biotechnologie).

Torskal a un objectif : offrir une alternative aux traitements contre le cancer (comme la chimiothérapie), qui souvent en détruisant les cellules malades du cancer, détruisent également celles étant saines. L’entreprise, souhaite remplacer les composantes chimiques utilisées dans ce type de traitement par des plantes de la pharmacopée réunionnaise (faire de la chimie « verte », en quelque sorte) et d’autres ressources de l’île. « Mon projet va permettre de cibler spécifiquement les cellules malades, de limiter les effets secondaires et d’éradiquer différemment le cancer. Pour moi, les molécules qui composent les plantes sont un réactif qui vient en substitution des solvants toxiques utilisés habituellement en nanotechnologie », explique la jeune docteure en chimie-physique.

« Nous avons développé un protocole issu de la « green chemistry ». Nous utilisons des plantes, de l’eau et de l’or. Il n’y pas de produit chimique, pas de produit toxique. Notre protocole est donc respectueux de l’environnement et du patient », poursuit-elle.

Pour Anne-Laure Morel, La Réunion, son île natale, est un terrain propice à ce genre de projet. « Être à La Réunion n’est pas un handicap, c’est un atout », affirme la jeune femme.

Pour elle, chimie, recherche et marketing ne sont pas incompatibles. C’est même, la spécificité de son parcours. Elle a un temps abandonné le monde des sciences et de la chimie pour travailler dans la recherche, le marketing et l’innovation. « Je suis à l’interface des sciences et du business. Il y a un trait d’union dans Anne-Laure, et bien je me considère comme un trait d’union entre deux mondes qui, parfois, se méprisent. »

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