Batteur et tanbouyé sur la scène internationale, le Guadeloupéen Arnaud Dolmen est aussi un compositeur passionné. Il a dévoilé le 6 octobre 2017 son premier album; Tonbé levé. Treize morceaux aux influences et sonorités jazz et caribéenne… qui reflètent l’étendue de son savoir et son expérience.

Tonbé Lévé. Tomber, se relever. Un mantra, un déséquilibre propre à la vie qui donne son nom au premier album d’Arnaud Dolmen. L’artiste guadeloupéen, qui a commencé la musique à l’âge de 2 ans, dévoile trente ans plus tard son opus de 13 morceaux (dont 12 composés par ses soins). Batteur et tanbouyé sur la scène internationale, il a fait ses armes à l’Atelier Marcel Lollia dit «Vélo», sous la direction de Georges Troupé. Soft, Calypso RoseDédé Saint-Prix, Jacques Schwarz-Bart,Tanya Saint-Val, Lisa Simone, David Linx, Ray Léma, Olivier Ker Orio, et bien d’autres groupes et artistes ont fait appel à ses talents…

Tonbé Lévé est un savant mélange de son parcours, riche en jazz contemporain et sonorités caribéennes – dont le gwoka, musique et danse traditionnelle de la Guadeloupe, son île natale. Aux côtés d’Adrien Sanchèz, Léonardo Montana et Joachim Govin; et la collaboration des artistes Mario Canonge, Lionel Loueke, le groupe Fanm Ki Ka, Erik Pédurand et Cynthia Abraham, Arnaud Dolmen semble avoir trouvé un équilibre musical pour offrir à son public cette composition pleine de charme. Rencontre.

Mediaphore : Vous avez été repéré à l’âge de 16 ans par Franck Nicolas, ça a été facile à gérer ?

Arnaud Dolmen : C’était un honneur pour moi, déjà rien que de le rencontrer. Je ne le connaissais que sur scène. Je l’avais vu avec Kafé – qui est d’ailleurs décédé il y a quelques jours, paix à son âme. À l’époque, avec mon ami Jonathan Jurion (pianiste guadeloupéen), nous faisions un petit concert au Quick de Pointe-à-Pitre (en Guadeloupe, NDLR) si je me souviens bien… Et Franck Nicolas est passé et nous a vus jouer. Pour moi, et ce jusqu’à aujourd’hui Franck Nicolas est quelqu’un de très important sur la scène musicale guadeloupéenne. Il fait un énorme travail sur le jazz et le gwoka, le Jazz Ka plus précisément. C’est un homme que j’admire et que je respecte. Et j’ai eu la chance de travailler avec lui. La première fois qu’il m’a appelé pour jouer à ses côtés, ça m’a impressionné mais j’étais tellement content et excité que ça a pris le dessus sur la pression.

Mediaphore : Vous avez un rapport « mystique » avec la musique, pouvez-vous nous le décrire ?

A.D : Oui, la musique c’est quelque chose de très spirituel pour moi. Comment l’expliquer… La musique a toujours été présente dans chaque moment de ma vie. Quand je suis fatigué, quand je suis triste, quand je suis joyeux. La musique, on ne peut pas vraiment la toucher (physiquement). Au-delà de la technicité, mon rapport va au-delà. J’ai du mal à l’expliquer. C’est au-delà du réel. Elle m’accompagne depuis toujours le temps.

Mediaphore : Dans votre biographie sur votre site, il y a une phrase qui m’a intrigué : « Je suis pour la réconciliation des peuples ». Qu’est-ce que ça signifie ?

A.D : Avec tout ce qui se passe en ce moment dans le monde entier. Toutes les guerres : religion, sociétale, argent, discrimination, racisme, etc. J’espère qu’un jour tout cela cessera et que tous les peuples se rassembleront. On est tous égaux sur Terre. On fait tous pipi, on fait tous caca. (Rires). Il faut s’accepter comme on est. J’espère qu’un jour l’être humain aura conscience de ça. C’est vraiment mon souhait. J’ai beaucoup voyagé et il y a une chose qui me choque : c’est l’inégalité qu’il y a d’un pays à autre. C’est déstabilisant.

« La musique a toujours été présente dans chaque moment de ma vie. Quand je suis fatigué, quand je suis triste, quand je suis joyeux. »

Mediaphore : Vous avez composé les 13 morceaux qui composent votre album. C’était une première pour vous ? Comment ça s’est passé ?

A.D : En fait, j’en ai composé 12. Il y a un petit interlude qui s’appelle « Intro Sonjé Jòj ». C’est une réinterprétation d’un morceau de Georges Troupé qui s’appelle « Kimbòl Graj », par le pianiste Léonardo Montana. Réaliser et composer un album tout seul, c’était une première, mais pas celle d’être leader d’un projet. J’ai eu plusieurs groupes avant Tonbé Lévé. J’ai eu ZETLIYO avec mon ami Jonathan Jurion. Ensuite, un trio de jazz, le FDH Trio. On a fait un album et c’est là que j’ai commencé à composer un peu. Et après j’ai fait le Nono Experiment avec des artistes caribéens, Ralph Lavital, Damien Nueva à la contrebasse, Sylvain Joseph au saxophone et mon fidèle compagnon Jonathan au piano. Tonbé Lévé est le premier album où je fais vraiment tout de A à Z. Mais sur le titre « Tonbé Lévé », j’ai fait appel à Jonathan pour faire les arrangements. Il a œuvré magnifiquement.

La conception de l’album, ça a été à la fois rapide et long. J’animais des jam sessions à Paris dans un club qui s’appelle Le Bab-Ilo. Et chaque mois, j’invitais des groupes différents. Quand j’ai appelé Adrien Sanchèz, Léonardo Montana et Joachim Govin en février 2015. La magie a tout de suite opéré. J’ai senti que j’avais trouvé mon groupe et je voulais faire un album avec eux. On a fait des répétitions, trois concerts en club et début novembre 2015, on a commencé en studio. Ce qui a été le plus long c’était le mixage de l’album, la recherche de label, la communication, la distribution. Ça n’a pas été facile parce que je suis un artiste qui commence en tant que leader. Mais le 6 octobre 2017, voilà, Tonbé Lévé est sorti. Et c’est génial.

« Le jazz est une musique engagée, une musique de résistance. »

Mediaphore : Votre quartet en 2015, un premier album Tonbé Lévé, une série de concerts… Quelle est la prochaine étape ?

A.D : J’espère faire plein de concerts dans les festivals. Peut-être réaliser quelques clips des morceaux. Et penser au deuxième !

Mediaphore : Ce serait quoi votre rêve ?

A.D : J’espère que Tonbé Lévé fera le tour du monde. Mais au-delà, ce que j’aurais aimé c’est que la musique caribéenne et surtout le jazz se développe de plus en plus et ait plus d’audience. Parce que mine de rien, ce n’est pas une musique à grande audience, ce que je regrette. C’est dommage. Il y a de bons artistes chez nous. Je trouve aussi que le jazz est une musique engagée, une musique de résistance. Mon rêve, ce serait que les artistes qui font du jazz aient plus de visibilité et soient plus répandus dans les médias et dans le monde.

Mediaphore : Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? Et que conseilleriez-vous à un jeune batteur ?

A.D : « Crois en tes rêves. Ne regarde pas en arrière. Fonce. » Il m’a été dit par plusieurs personnes de différentes façons. Georges Troupé, notamment. À un jeune qui débute, je lui donnerais le même conseil et aussi de se donner les moyens pour accomplir ses rêves, c’est-à-dire de travailler. Même si ça ne paye pas tout de suite. À force d’y croire et de persévérer, ça le fera. Il n’y a pas d’échec dans la vie.

Mediaphore : Grégory Privat, Yoan Danier, Thomas Bellon… vous-même (pour n’en citer que quelque uns). Que vous inspire ce vent de fraîcheur de jeunes artistes sur la scène antillaise ?

A.D : Je pense que les artistes plus âgés que nous ont bien fait le travail. Ils nous ont fait rêver, ils nous ont inspiré. Grâce à eux, on a envie de perpétuer cette tradition de la musique. C’est grâce aux anciens qu’on est là aujourd’hui et qu’on veut aller plus loin.

« Il faut se donner les moyens d’accomplir ses rêves. Travailler. Même si ça ne paye pas de suite. À force d’y croire et de persévérer, ça le fera. Il n’y a pas d’échec dans la vie. »

Arnaud Dolmen

©Alexandre Lacombe

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