Quelques semaines après les ouragans qui ont ravagé les Antilles, l’heure est au bilan, et aux leçons. Mesurer les impacts, comptabiliser leur coût, comprendre et anticiper pour mieux réagir en amont et en aval des catastrophes, c’est désormais le rôle d’organismes comme les gestionnaires des réserves « biosphère » mais aussi des acteurs locaux, universitaires, collectivités et citoyens.

C’est un bilan plutôt pessimiste : « Les bilans écologiques et humanitaires pourraient être plus grave que prévu« , alarme le comité MAB-France (Man and Biosphère), un organisme qui coordonne la gestion de 14 réserves de biosphères dont la Guadeloupe fait partie.

Dans son bilan, le MAB rappelle évidemment les dégâts occasionnés sur la végétations, les arbres arrachés, tombés, notamment dans les zones de la Côte-Sous-Le-Vent et du Sud de Basse-Terre. « Le littoral de cette même zone a également été fortement touché, menaçant ainsi fortement la saison touristique qui démarre dans un mois« , rappelle le MAB, appuyant sur le manque à gagner pour l’économie locale.

Côté faune ce sont les oiseaux qui semblent « désorientés », privés de branches sur lesquelles ils trouvaient refuge et repos. C’est pourquoi la préfecture a pris des arrêté d’interdictions de la chasse sur le territoire « en prenant en compte les impacts occasionnés par les cyclones Irma et Maria« , indique le préfet dans un communiqué. Ces arrêtés seront renouvelables jusqu’à la fin de la saison de la chasse. L’impact mesuré par la collectivité régionale sur le milieu naturel s’élève à u moins 3 M€.

Le MAB pointe aussi les conséquences sur l’agriculture notamment le secteur du maraîchage et de la banane, partiellement détruit par les ouragans, mais aussi celui de la pêche sinistré à plus de 80%, selon l’organisme. Un état de fait qui a poussé les pêcheurs à faire grève en milieu de semaine, et à bloquer les routes de la Guadeloupe durant une bonne journée, en amont d’une réunion avec la Région, pour demander de l’aide.

La résilience en question

L’organisme qui interroge ‘ »la capacité de résilience » des territoires et de la nature, avec l’amplification et d’augmentation de la fréquence de ces phénomènes en raison du réchauffement climatique propose quelques pistes de solutions déjà à l’étude. Notamment de revoir les normes architecturales, réévaluer les plans de préventions et d’urbanisme, notamment au regard du principe de précaution. Le MAB conseille aussi de revenir au « savoirs anciens en matière d’habitat », de réintégrer des citernes dans les maisons ou habitats collectifs pour pallier les coupures d’eau inévitables dans ce genre d’événements et de permettre de ne pas trop souffrir du manque d’eau.

Par ailleurs, la culture du risque doit être réactivée rappelle le MAB. Si « vivre sous ces latitudes forge une culture du risque », elle « tend à se réduire dans le temps ». Autrement dit, on s’habituerait et serait moins préparé à affronter les événements majeurs qui se présentent. Rappeler les gestes de prévention semble donc une formation de base à donner à chaque citoyen vivant en zone à risque.

Et rien n’empêche de le faire avec les moyens modernes, le numérique et d’être innovant en la matière. Ce dernier point était l’objet d’une conférence qui se tenait à Baie-Mahault le mercredi 25 octobre dernier, où scientifiques, élus et « makers » du FabLab de Jarry s’étaient réunis pour évoquer ensemble des pistes d’amélioration de la prévention : modélisation numérique pour la prévention des tsunamis, éducation populaire à la récupération et au détournement d’objet pour en fabriquer d’autres en condition de survies, répétitions de scenarios catastrophes pour les collectivités et forces de l’ordre, travail de coopération, etc… Car si les Antilles sont habituées aux cyclones, les phénomènes plus rares, tels que tsunamis ou éruptions volcaniques pourraient encore surprendre.

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