Depuis le passage d’Irma le mardi 5 septembre, l’île s’est réveillée stupéfaite. Les dégâts d’une ampleur inégalée sont estimés à plus d’un milliard d’euros, dans une île quasi-rasée.

A l’arrivée sur Saint-Martin, le choc vient de l’aspect des collines qui surplombent l’île. Auparavant verdoyantes, elles sont désormais brunes, brulées, dépouillées de toute végétation par les rafales de vent à plus de 360 km/h. Dans les rues s’amoncellent des tôles, venues des toits arrachés, des morceaux de murs des maisons éventrées, des objets en tout genre. Au milieu, la population marche, roule, tente de trouver une issue à l’enfer.

Des habitants discutent dans une rue sinistrée © Amandine Ascensio

Coupés du monde, du fait de réseaux de télécommunication défaillants, les pires rumeurs ont été lancées. Des cadavres flottants, des gangs armés et cagoulés seraient rentrés dans les maisons, auraient violé, tué, et agressé des habitants. Sans atteindre de telles extrémités, des pillages ont eu lieu, nombreux et de toute sortes. Des gens ont ouvert des boutiques au pied de biche pour se servir, tant dans les magasins d’alimentation que dans les magasins de téléphonie ou d’électroménager. « Je viens de voir passer un camion chargé de frigos et de climatiseurs, indique une passante en larmes dans la rue. Comment les gens peuvent faire ça ? »

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Depuis l’arrivée de l’armée et des contingents de sécurité, la situation semble désormais sous contrôle, en attendant l’arrivée mardi sur place du Président de la République, Emmanuel Macron. Plus de 1 000 pompiers, gendarmes et militaires ont été acheminés sur l’île et d’autres arrivent encore. Déjà lors de l’embarquement à Pointe-à-Pitre, l’ordre d’arrivée a été modifié. Ce sont les gendarmes, prévus pour débarquer en même temps que les autres qui ont été prioritaires : d’un coup d’un seul, attendant l’ordre d’embarquer, les gendarmes se sont levés, entrant dans une effervescence folle : en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le bateau a été déchargé du matériel qu’il contenait et les bataillons sont partis vers l’aéroport pour partir par avion, au vu de l’urgence de la situation. Pour les forces de secours, les nuits sans sommeil s’enchaînent.

Sentiment d’abandon

Dans les rues, la colère gronde. Le manque d’information, la difficulté à joindre ses proches pour les rassurer, les nouvelles absentes des familles et amis et surtout la panique qui s’empare des réseaux sociaux ont fait vriller la population. « On a été abandonné par l’Etat », indique Gilles Sylvain, un habitant du quartier de Concordia, dans la ville de Marigot. Même son de cloche chez Nicolas, qui, dans le quartier de la Baie Orientale a voulu monter une milice de sécurité entre les voisins et voulait faire évacuer ses enfants, le plus tôt possible.

Sauf qu’à ce moment là, José, autre ouragan se préparait. Impossible de faire évacuer, de penser à la moindre possibilité de rotation aérienne ou maritime avec un cyclone de catégorie 4 en approche. « Nous avons dû stopper les transports, même de fret, pour éviter des dégâts supplémentaires », indique le commandant Arnaud, en charge des évacuations à l’aéroport de Grand-case, désormais remis en état et où un ballet aérien incessant d’avion et d’hélicoptères décollent et atterrissent, déchargeant du fret et chargeant des personnes : femmes enceintes, personnes âgées, et malades en premiers, valides ensuite.

« On ne sépare pas les familles », précise le commandant. Un tri est fait à l’extérieur de la salle d’embarquement, par un médecin qui se charge de repérer les personnes les plus vulnérables. Dans la salle d’embarquement, les gens sont tristes, soulagés pourtant de quitter cet enfer, mais désespérés de laisser leur vie derrière eux. Comme Tifanie, 31 ans qui quitte définitivement Saint-Martin où elle était installée depuis deux ans : « je n’ai plus rien, je suis partie avec une valise cabine, je pars pour toujours. »

Des passagers embarquent pour la Guadeloupe © Amandine Ascensio

Dans les rues, la solidarité est à l’oeuvre, on s’aide à reclouer/rebâcher les toits, en cas de pluies. Même des « pillards » s’organisent : après avoir saisi des produits dans des magasins, ils distribuent dans la rue à ceux qui demandent. Parfois, on s’échange une bouteille d’eau contre une conserve, on se donne du matériel. On se transporte aussi, entre voisins. Et surtout, on s’encourage : ça va chez toi ? Oui, ou non. « Mais on survivra ».

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