© A. Ascensio

(ON A TESTÉ POUR VOUS*) – Nos journalistes se sont baladés dans les rues de Pointe-à-Pitre. Des circuits sont organisés par la mairie toute l’année pour valoriser le patrimoine de la ville d’art et d’histoire.

Le rendez-vous est donné devant le lycée Carnot à Pointe-à-Pitre, samedi 19 août. C’est ici que commence la balade qui emmène du centre-ville jusqu’au Mémorial ACTe (partenaire de la mairie sur plusieurs circuits). « Le Lycée Carnot était un bâtiment militaire, qui a eu plusieurs vies« , raconte Rosy Bambuck-Pistol, guide de la sortie. Avant d’être transformé en lycée, l’édifice a été plusieurs fois agrandi. Il a occupé la fonction d’hôpital militaire pour finalement devenir, non sans mal, un lycée d’où « sont sortis nombre d’intellectuels et personnalités de la littérature de la Guadeloupe« .

À quelques encablures de l’ex-usine Darboussier, le lycée a été le spectateur de l’entrée en scène d’un personnage haut en couleur, Ernest Souques, propriétaire et gérant de l’usine de sucre qui fut l’une des plus importantes de la Guadeloupe mais aussi des Antilles. « Il ne voulait pas que ce bâtiment devienne un lycée, raconte Rosy Bambuck-Pistol. Notamment parce que son usine avait besoin de main d’oeuvre non qualifiée ».

©A. Ascensio

Du musée Saint-John Perse à la Darse

La balade se poursuit vers le marché aux épices et les rues adjacentes où la foule est massée pour écouter tambours et chants d’un groupe qui se produit dans la rue. Le musée Saint-John Perse, autre monument classé parmi les seize qu’abrite la ville de Pointe-à-Pitre, était une ancienne maison de maître. C’est la réplique de la maison Zevallos, du Moule, et habitée par M. Ernest Souques et sa famille lorsqu’il était aux commandes de l’usine de sucre. Rosy Bambuck-Pistol raconte des légendes inhérentes à cette maison, donne des éléments de compréhension de l’architecture. « Cette maison est un peu l’ancêtre d’un meuble Ikea, car elle est arrivée en kit sur l’île« , plaisante-t-elle. Elle fut le domicile des directeurs successifs de l’usine Darboussier et est devenue un musée en 1987.

© A. Ascensio

La promenade conduit le petit groupe à la Darse (un quartier de Pointe-à-Pitre en bord de mer). Le récit de la guide fait revivre l’animation du début du XIXe siècle. Au temps où le plan d’eau qui rentre dans la ville abritait – comme aujourd’hui – pêcheurs, marchés, et zone commerciale; où s’échangeaient des marchandises comme le tabac, le rhum, le sucre, l’indigo et le coton. « C’était là également que débarquait la main d’oeuvre qui venait travailler à l’usine Darboussier, qui était à quelques rues à peine« , raconte Rosy Bambuck-Pistol. La guide précise que le plan de rénovation urbaine de la ville, devrait permettre à la Darse de se restructurer et voir ses quais mis à neuf, jusqu’à la rue Raspail, qui hébergeait les logements des ouvriers les plus qualifiés, et où une vie populaire était maintenue par les lolos de l’époque – lieu de convergence des liens sociaux. « C’était un lieu d’échange entre les gens, mais c’était aussi un lieu d’économie circulaire : les ouvriers étaient payés en bon d’achat dans les lolos, qui étaient rétribués en retournant les bons d’achat« . Un peu comme les tickets restaurants.

A. Ascensio

L’épopée industrielle

L’usine, construite sur près de 12 hectares, aura été le théâtre d’un développement industriel sans précédent dans la zone. Avec l’aide de Jean-François Cail, ingénieur en machines industrielles, Ernest Souques a créé une usine moderne, capable d’acheminer les cannes par trois voies : terrestre, maritime et ferroviaire, puisque le chemin de fer reliait les plantations du nord Grande-terre à l’usine pointoise.

L’usine faisait travailler des centaines de personnes. Des Guadeloupéens, des Marie-Galantais, mais aussi des Désiradiens, et encore d’autres personnes venues de lointains pays pour venir louer leurs services en période post abolition de l’esclavage. Leur histoire est racontée dans une exposition qui achève la balade. C’est la crise du sucre, l’introduction de la betterave et la baisse de rentabilité de l’activité qui ont finalement eu raison de l’empire Darboussier, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’un prestige presque éteint, mais que l’on peu encore goûter dans quelques bouteilles de rhum vieux.


* Durant le mois d’août 2017, Mediaphore teste pour vous des activités insolites en Guadeloupe. Un panel de découvertes que vous soyez résident, visiteur, touriste ou simple curieux.

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