Depuis huit mois Sarah Gysler, presque 23 ans, a entamé, sans un sou en poche, un tour du monde qui s’achèvera en 2019. Partie en stop de Suisse, son pays natal, elle a fini, après une traversée de l’Atlantique en bateau, par arriver dans les Caraïbes, notamment en Guadeloupe, d’où elle repartira sous peu. Portrait de la jeune femme aux milliers de kilomètres.

Voilà déjà plus de deux mois que Sarah Gysler, Suissesse de bientôt 23 ans gravite dans les îles de la Caraïbe, de la Barbade aux Grenadines, puis la Guadeloupe, la Dominique, durant deux mois. Elle vient de reprendre ses quartiers en Guadeloupe où elle restera jusqu’à la fin août. « Je n’ai pas de programme fixe en fait, simplement des destinations à atteindre mais entre deux points de chute, je suis libre ». Après presque neuf mois de voyage, elle se repose dans la verdure accueillante du Nord Basse-Terre.

A l’origine du projet

Sarah a commencé à voyager lorsqu’elle avait 19 ans. Elle a visité la Norvège, pris le Transsibérien, découvert la Mongolie, avant de se lancer dans son projet de tour du monde sans argent. « Un jour, je suis partie à 800 km de chez moi, je me suis fait voler mes affaires et pour rentrer en Suisse, j’ai dû me débrouiller. Ce jour-là, j’ai fait du stop pour la première fois, je n’avais rien, et je n’ai jamais été aussi heureuse », raconte-t-elle. Cette anecdote, a été le point de départ d’une réflexion autour de son non-conformisme. « Je me suis rendue compte assez rapidement que dans ce monde quelque chose ne m’allait pas ». Elle décide donc de partir, d’abord six mois puis, après quelques temps passés en Suisse, de recommencer, ailleurs pour encore six mois. Entre temps, elle prend des petits jobs, pour subvenir à ses besoins : en ayant stoppé l’école à 15 ans et demi, elle n’a pas de diplôme, pas de métier identifié. « Du coup, je peux faire ce que je veux, dit-elle, sans m’enfermer dans une voie toute tracée, c’est une vraie liberté ». Son petit minois en forme de cœur, encadré par des boucles brunes un peu folles, rappellent qu’elle n’a que 22ans. Un physique juvénile qui contraste avec la douce gravité de ses yeux noirs, légèrement maquillés, qui reflètent la maturité des grands solitaires adeptes d’introspection. « Entre mes deux voyages de six mois, je me suis rendue compte que je revenais vite à mes habitudes d’avant voyage, celles où tu te protèges de trucs alors même que tu ne sais pas où est le danger ». Elle parle doucement, sereinement. Le timbre de voix est un peu feutré, calme, le sourire est doux et tranche avec le récit d’un parcours troublé, remué, sa « démesure« , ses « excès » et son incapacité à faire les choses à moitié, qui font oublier son âge que d’aucuns qualifieraient d’encore enfantin.

Sarah, une petite fille dans la jungle

 

Voyage en solitaire avec les gens

En 2016, Sarah prend une décision radicale : elle va repartir, mais cette fois, sans rien. Elle vend alors ses affaires, quitte sa famille, ses amis, son petit-ami. Elle voyage avec pour seuls compagnons de route une caméra et un ordinateur, achetés sur le tas pour garder le contact avec sa famille et un chat en peluche, fidèle ami de tous les instants. Pas de smartphone, pas de moyen de paiement, pas de carte de retrait. « Si tu as de l’argent, tu n’as pas besoin des gens. Moi je suis forcée d’aller à la rencontre des autres pour avancer« . En contrepartie, elle travaille un peu pour eux, donne des cours à des enfants, bidouille un site internet, échange des services. Partie de sa ville de Lausanne en stop, elle a traversé la France, puis l’Espagne, avant d’embarquer à Gibraltar. L’Espagne a été une étape éprouvante : sans parler la langue, elle a attendu 40h dans une station pour trouver quelqu’un qui accepte de la transporter, jusqu’à la mer où elle a pris le bateau. « C’était horrible, raconte-t-elle. J’ai le mal de mer ». Sans s’habituer vraiment au bateau qui tangue et aux vagues de sept mètres en cas de tempête, elle a tenu le cap 8h par jour, lu beaucoup, participé à la vie du bateau et s’est sentie libre comme jamais.

Sarah Gysler à son arrivée en Guadeloupe

Avant de se poser en Guadeloupe, elle a passé plusieurs semaines en Dominique. D’abord hébergée contre un service de baby-sitting dans une famille de la réserve Kalinago, qu’elle a trouvé grâce au concept du « work away », elle s’est ensuite lancée sur les premiers segments du Waitukubuli National Trail, une randonnée de 184 km, réputée difficile, avec un compagnon de route au début, puis seule. « Je ne dis pas où je suis, ni ce que je fais en général : si tu préviens, c’est un filet de sécurité, et tu « prévois » de tomber. Si tu ne le fais, tu anticipes que tu ne tomberas et tu seras d’autant plus prudent. »

 

La notoriété de la toile

Elle a gravé sur la peau pas moins de 18 dessins tatoués sur les bras et les jambes. Tous sont liés à ses expériences, sa vie, son enfance sur laquelle elle passe rapidement, mais qu’elle qualifie de « difficile ». Entre autres, un motif qui lui court le long du bras droit, qu’elle a commencé avant de se lancer dans le tour du monde, et qu’elle compte enrichir au fur et à mesure. « Le prochain ce sera un bateau, pour marquer le souvenir de la traversée de l’Atlantique ». Elle le fera peut-être chez un tatoueur de Sainte-Anne, qui l’a contactée pour lui proposer de lui offrir un tatouage pour son passage en Guadeloupe. Parce qu’elle est connue Sarah. Il y a peu, elle a commencé à rédiger un blog. Pour communiquer d’une part. Mais aussi parce que le voyage est une expérience trop forte pour rester uniquement personnelle. D’une plume légère, parfois grave, elle raconte ses expériences, son initiation au voyage, ses doutes parfois. Elle crée une communauté autour d’elle, un peu malgré elle. Elle se fait repérer par des médias. Et trouve même un peu bizarre qu’on s’intéresse à son parcours dont elle ne nie quand même pas l’aspect hors du commun.

Copyright : Sarah Gysler – Page Facebook de l’aventurière fauchée

Transmettre le voyage

Elle songe à écrire un livre, ce qui serait une première étape vers son projet final, dont les contours ne sont pas réellement définis mais qui englobent l’envie de transmettre. « Je me vois bien avoir un pied-à-terre régulier, parce que j’ai beau aimer le voyage, j’ai conscience qu’il faut un endroit où planter des racines », note la jeune femme. Elle se voit bien donner des cours de voyage, des cours d’autostop, faire faire des stages pour apprendre à s’ouvrir aux autres, à l’imprévu. Et bien elle repartira toute sa vie. A son départ de Guadeloupe, elle devrait rallier la Colombie, passer par le Nicaragua, remonter par l’Amérique Centrale, avant de remonter aux USA. Et traverser le Pacifique à bord d’un bateau, peut-être même celui des Sea Sheperd, qui pourraient accepter de l’embarquer avec elle. Elle terminera son tour du monde par la Nouvelle-Zélande, pour un trek de plusieurs mois. Mais entre-temps, ou peut-être après, elle aimerait faire une immersion totale en pleine nature, apprendre à chasser ou à tanner une peau. Cela ne lui fait pas peur : « Ce qui demande le plus de courage, ce n’est pas de se débrouiller dans la nature ou de partir seul. C’est de remettre en question le monde qui nous a construit. »

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