(CRÉER SA STARTUP EN OUTRE-MER 2/3) – Dans le précédent volet de notre série, des entrepreneurs ont témoigné de leurs difficultés à réaliser et concrétiser leur projet. Malgré cela, il existe plusieurs startups émergentes en Outre-mer. Voici le portrait de cinq startups qui ont réussi à passer le cap de la paperasse, à trouver des investisseurs et commencent à se faire connaître. 

Venir à bout des formalités administratives, ficeler un business model viable, trouver des investisseurs… c’est le début de la sucess story. Dans les Outre-mer, il y a quelques têtes d’affiche et startups (« jeunes pousses » en français,ndlr) très prometteuses. Ces initiateurs de projets innovants ont réussi* à passer le cap de la paperasse avec notamment l’aide de structures telles que la BPI France. Aujourd’hui, ils commencent à s’imposer dans leur territoires. Certaines startups ont même des ambitions internationales.

Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Tahiti, voici cinq équipes d’entrepreneurs (Liste non-exhaustive) qui ont réalisé leur rêve. Leurs startups se développent – une étape primordiale – et font leur chemin vers la réussite.

En Guadeloupe, Imenufr a 2 ans et demi, 9 employés et 4 500 commandes

© Imenufr

IMenufr c’est l’idée de Steeve Schira. Cette startup guadeloupéenne a développé une application mobile qui permet de se faire livrer un repas au bureau ou à son domicile, par exemple. Six communes sont pour l’instant desservies : Les Abymes, Baie-Mahault, Le Gosier, Pointe-à-Pitre, Petit-Bourg et Basse-Terre. Plusieurs types de cuisine (antillais, indien, japonais, etc…) y sont recensés.

Comme beaucoup, le fondateur a eu du mal à développer son projet faute d’aide, et a rencontré des embûches sur sa route. « Au départ, on a essuyé des refus au niveau des assurances. On embauche principalement des jeunes sur des deux-roues pour les livraisons. Ils ont moins de 25 ans. En prenant en compte la violence qu’il y a en Guadeloupe, les assureurs n’ont pas voulu nous faire confiance », raconte Steeve Schira. Après avoir pioché dans ses économies et avec l’aide financière de ses amis, il a pu sortir la tête de l’eau.

Aujourd’hui, Imenu fait son petit bonhomme de chemin. La startup existe depuis deux ans et demi, emploi 9 personnes et affiche 4 500 commandes au compteur. Aussitôt, un projet de développement est en place pour septembre 2017. « Imenufr c’est une partie de l’objectif final. Quand on lance un produit, c’est un développement perpétuel. Il faut constamment innover », assure le startupper. La seconde étape est une spécialisation en livraison au kilomètre.

Steeve Schira connaît une belle avancée selon lui car « on a réussi à percer sur le marché guadeloupéen. Parmi les startups qui se sont lancées en même temps que nous, on est bien placé pour une offre qui n’existait pas en Guadeloupe. »

En Martinique, Carfully fête ses 5 ans et 375 véhicules enregistrés

© Carfully – Facebook

La startup qui révolutionne le monde de la location de voitures aux Antilles s’appelle Carfully. À l’initiative de Yoann Saint-Louis, Satyam Dorville et Jérôme Idylle, elle est présente depuis 2012 aux Antilles. L’idée est de louer son véhicule personnel à des touristes. Un concept avantageux pour les propriétaires. Aujourd’hui, Carfully a trouvé sa place sur le marché des locations. Pendant cinq années, la startup a su mettre en place une stratégie et construire un modèle d’entreprise pour séduire des investisseurs. Résultat, début 2017, Carfully a levé 510 000 euros auprès d’IMPACT partenaires, un fonds d’investissement national.

La startup antillaise a déjà créé huit emplois et reversé plus de 500 000 euros à ses propriétaires depuis sa création. « Le projet de développement doit permettre à terme la création d’une vingtaine d’emplois supplémentaires et de redistribuer plus de deux millions d’euros aux propriétaires à horizon 2020 », ont précisé ses fondateurs dans un communiqué de presse. À long terme, cette startup compte s’étendre dans la Caraïbe en 2018 et l’Amérique du sud.

Yoann Saint-Louis, aussi président de Martinique Tech fait l’état des lieux de l’univers des startups en Outre-mer. Ce n’est pas accessible à tout le monde reconnaît-il : « Il y en a beaucoup qui échouent. Les startups qui accèdent à une levée de fonds, à avoir une équipe solide ne représentent que 1%. On a l’impression que c’est beaucoup. »

En Guyane, l’équipe de Mobapi célèbre ses 3 ans et s’exporte en Amérique du Nord

Une partie de l’équipe de Mobapi était pour la 3ème année consécutive au Mobile World Congress à Barcelone en février dernier. © Mobapi

« Mobapi est une startup spécialisée dans la collecte et la visualisation graphique des données issues d’objets connectés. Elle aide notamment les entreprises à maîtriser leur consommation énergétique, à améliorer leur productivité, ou encore à décloisonner leurs systèmes industriels. » C’est la définition du projet Mobapi créé en 2014 en Guyane par Vincent Reboul. La jeune pousse intervient dans plusieurs domaines comme ceux de l’énergie, du bâtiment intelligent, de la collecte de déchets, de la ville intelligente ou de la santé.

Après deux années de recherche et développement à la conception de la plate-forme logicielle, Mobapi a débuté sa commercialisation en septembre 2016. L’entreprise compte actuellement cinq personnes et l’équipe est fière « de revendiquer des clients prestigieux en Guyane et dans la Caraïbe. » Elle a été soutenue par Alyse Guyane, Réseau Entreprendre Guyane et la BPI France, et même récompensée.

Mais c’est encore le début. Mobapi souhaite accélérer son développement commercial hors du territoire. C’est pourquoi ils installeront un bureau en Martinique en septembre 2017 et un autre en Amérique du Nord courant 2018.

La startup avait évoqué dans le premier volet de cette série le fait qu’il soit nécessaire de savoir bien s’entourer. « Je dirais qu’être en Guyane – et donc loin des pôles d’innovation internationaux – a ajouté quelques obstacles supplémentaires au challenge », déclare Vincent Reboul, fondateur de Mobapi. Et d’ajouter : « La scène startup était très peu représentée en 2014, nous avons donc dû avancer tout seul et faire preuve de persuasion pour qu’on nous fasse confiance tout en défrichant les dispositifs dédiés au numérique. »

Ils se sont déplacés sur des salons internationaux tels que le Mobile World Congress de Barcelone. Ils ont été sélectionnés pour l’attribution d’une subvention FEDER sur le thème de l’innovation. Ils sont lauréats du concours ​Innovation Outre-Mer de Novembre 2016 organisé par Outre-Mer Network et BPI France. Ils ont gagné en avril 2017 un concours de pitch au Canada, organisé par l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse et HEC Montréal. Deux prix qui leurs ont ouverts de nouvelles portes.

À Tahiti, MakeSense aide des milliers d’entrepreneurs sociaux à réaliser leurs projets

© Makesens.org

La startup qui accompagne d’autres startups, c’est MakeSense. Avec son slogan « We believe in people », la startup polynésienne existe depuis 7 ans et joue dans la cour des grands (la communauté MakeSense s’étend à l’échelle internationale). Christian Vanizette, son co-fondateur est dans le classement des 30 jeunes européens de moins de 30 ans et futurs leaders (influenceurs), selon Forbes. Il est aussi l’initiateur de l’incubateur de « projets à impact » SenseCube à Paris.

Plus de 20 000 personnes ont contribué au projet MakeSense. C’est une plateforme collaborative où des SenseMakers aident des entrepreneurs sociaux à réaliser leurs défis. Un défi ? C’est un problème sur lequel l’entrepreneur a besoin d’aide pour développer, pour construire son business model, sa communication, sa stratégie, des services innovants, par exemple. Pour cela, des personnes au profil varié (entrepreneurs, ingénieurs étudiants, etc) participent à des hold-up organisés par des Gangsters. En somme, SenseMakers et Gangsters se réunissent simplement dans le cadre d’un atelier de brainstorming. Chacun est doté de superpouvoirs car quelles que soient leurs compétences, parcours, idées et vision « ils peuvent changer le monde si [ils résolvent] les défis d’entrepreneurs sociaux ».

Aujourd’hui, MakeSense et ses bénévoles ont aidé 1 373 acteurs sociaux à travers 128 villes, partout dans le monde. MakeSense possède actuellement un modèle d’affaires durable pour animer sa communauté mondiale.

À la Réunion, HUB2 va entrer sur le marché international avec son Paypal pour l’Afrique

© Pixabay

La paiement par mobile est une révolution depuis plusieurs années sur le continent africain. Cette plateforme souhaite s’approprier le marché digital africain en y installant une offre similaire à Paypal du nom de HUB2. Si elle ne s’est pas encore complètement imposée en Afrique, la startup bénéficiera sous peu de l’appui d’un fonds d’investissement et intégrera l’indice Up40 Medef international, composé de startups qui se concentrent sur le continent africain.

« J’ai passé six ans en Afrique dans le secteur des télécommunications. Aujourd’hui, on a environ 700 millions de téléphones sur le continent. On a un taux de bancarisation assez bas. C’est dur », explique Ashley Gauzère, co-fondateur du projet.

Ashley Gauzère est prudent quand il parle de HUB2. Il est associé à une agence digitale qui lui met à disposition des ressources de développement. Depuis le début de l’aventure startup, il a été accompagné par l’agence NEXA, accélérateur de projets à la Réunion.

Une plateforme de démonstration va entrer en service entre septembre et octobre prochain. L’équipe HUB2 espère connecter le premier client en janvier. « Ce projet intéresse les gens qui font du e-commerce en Afrique. On a déjà de potentiels clients. » Au vu de la croissance du e-commerce aujourd’hui, selon Ashley Gauzère, «ça promet.»

* Réussi à passer les premières étapes de développement. Démarches administratives, recherche de fonds d’investissements, etc.

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