(ON A TESTÉ POUR VOUS*) – Nos journalistes ont suivi un cours d’initiation au gwoka et à la cuisine, pour s’immerger dans la culture guadeloupéenne. Suivez le guide on vous emmène.

Le rendez-vous est donné au Jardin d’Anichi, à Bouillante. Le lieux est protégé du regard, préservé, un peu perdu au bout d’une route un peu défoncée en rude pente, dans la nature qui surplombe le bourg aux eaux chaudes de Guadeloupe. « Anichi, en arawak ancien, ça veut dire amour, force, vitalité et courage« , indique Mylène, propriétaire des lieux, qui a ouvert il y a environ deux ans sa table d’hôte. Le ton est donné. Ici, on est dans la tradition, dans l’amour de la culture caribéenne, on partage, on donne et on se ressource. Mylène cuisine pour ses invités mais propose aussi de suivre une initiation à la cuisine locale, uniquement à partir des produits qu’elle cultive dans son jardin de deux hectares.

Petit repas entre amis

Pour ce faire, elle invite les participants dans une case créole, construite à l’ancienne où elle mixe les objets guadeloupéens d’antan avec des ustensiles traditionnels amérindiens. « Je ne vois pas pourquoi j’utiliserai une poêle en teflon, alors que des poteries sont tout aussi efficaces, préservent les qualités nutritionnelles et gustatives des aliments, sans aucune incidence sur la santé« , souligne-t-elle.

©A. Ascensio La case créole de Mylène, au Jardin d’Anichi

Elle s’affaire pour préparer une « boisson santé », à base d’aloes (aloe vera), une plante qu’elle manipule avec soin : bien les rincer pour enlever l’amertume, enlever les nervures impropres à la consommation et surtout, bien faire attention : « pour ingérer de l’aloes, il faut que la plante ait fleuri.

©A. Ascensio.

Sans ça, c’est un poison« , sourit-elle, forte de sa science en botanique. Elle découpe la plante en petits dés, ajoute du miel « local » et un jus de citron vert. Il aura fallu une bonne heure pour faire tout ça, mais comme Mylène le dit « ici on prend du temps pour soi, pour papoter« . Aussi le cours d’initiation de cuisine prend vite l’allure d’un repas partagé entre amis, où l’on discute, où l’on échange et où l’on écoute les histoires de Mylène, toujours souriante et prompte à la rigolade.

 

Voyager, rencontrer, partager

Elle a plusieurs formules : une traditionnelle où elle apprend à réaliser quelques plats de base comme les accras de morue, le poulet – coco et une tarte à la crème de coco, une formule qu’elle appelle évolutive, une dernière végétarienne pour répondre à al demande, et enfin, une autre « healthy », qu’elle ne dispense que pour les personnes ayant réservé par un site apporteur d’affaires « Créole Trip« . Fondé par Coralie Febrissy, le site propose de « siroter » la Guadeloupe. « J’avais envie de faire connaitre mon île, de proposer des expériences autour de la culture locale« , indique cette dernière.

Pour que le voyage soit aussi construit autour de belles rencontres, et pas seulement fait de beaux paysages, Coralie Febrissy a donc déniché des perles d’activités, qu’elle propose aux curieux, aux touristes comme aux résidents en tout petit comité. « On est jamais plus de dix participants, et si c’est moins, c’est encore mieux« . Elle propose des activités d’artisanats ou de cours culinaires, mais aussi des massages au lever /coucher du soleil à la Pointe des Châteaux, ou bien aquatiques, des balades dans le canal des Rotours, ou encore des cours d’initiation au Gwo-ka. Pour ça, elle s’est adressée à l’association Kileska, qui veut promouvoir la culture guadeloupéenne, notamment par l’apprentissage et la pratique du tambour emblématique.

Au son du tambour

C’est Henri, originaire de Bas-du-Bourg à Basse-Terre et ancien du groupe kiltirel Voukoum de Basse-Terre, qui enseigne le gwoka avec une méthode qu’il dit ancestrale et qu’il aimerait populariser. « On a une tradition de transmission par la parole, par l’oralité dit-il. Et ma méthode, reste dans cette pratique orale : c’est la méthode des onomatopées« . Il cède sa place aux apprenants, explique le positionnement des mains pour les différentes sonorités (grave, medium, aigu), la manière de frapper la peau de cabri, et dit : « Le son grave c’est Doum, le medium, c’est Dou, l’aigu, c’est Ta,. Tiens, tu vas faire ce rythme là : Doum dou dou Ta ta ta« .

Henri apprend le positionnement des mains sur le tambour, pour tirer un son pur. © A. Ascensio

©A. Ascensio

 

 

D’abord lentement, le temps d’enregistrer les correspondances onomatopées / son du tambour ainsi que celui de synchroniser les mouvements des mains et l’écartement des doigts et l’apprenant parvient vite à jouer le kaladja, un des sept rythmes consacrés du gwoka, vite accompagné par le chant « kaladja vivi lo » que tout le monde reprend en choeur. « Le kaladja exprime la joie, raconte Henri, il est utilisé pour les fêtes, les moments joyeux. » Chacun des autres rythmes (Toumblak, Graj, Lewoz, Woulé, Padjanbel et Mendé) sert à communiquer une autre émotion. A la fin de la session musique et chant, la conversation dérive vers l’importance du gwoka en Guadeloupe, viscéralement ancré dans les traditions familiales, bien plus que d’autres musiques, danses et chants des îles voisines dans la Caraïbe. Il paraîtrait que c’est parce que « ka », dans une des langues africaines signifierait « force vitale ». Et quand le ka résonne, c’est toute Guadeloupe qui sonne avec lui.


* Durant le mois d’août 2017, Mediaphore teste pour vous des activités insolites en Guadeloupe. Un panel de découvertes que vous soyez résident, visiteur, touriste ou simple curieux.

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