(ON A TESTÉ POUR VOUS*) – Nos journalistes se sont lancés dans une visite de taille. Ils ont pris un peu de hauteur pour survoler la Guadeloupe tantôt en autogire, tantôt en « vélo volant ». Suivez le guide, on vous emmène.

C’est un tout petit appareil. Son avant est pointu et son fuselage est interrompu par deux sièges, l’une derirère l’autre et un tableau de commande. « C’est un appareil hyper léger, un ULM (Ultra Léger Motorisé) mais avec un tête qui rappelle l’hélicoptère« , indique Eric, qui a monté sa petite entreprise de vols en autogire en 2012. Après une carrière passée dans le monde des militaires parachutistes, pour sa dernière affectation, il s’est établi en Guadeloupe. Quand il a pris sa retraite, il a passé les qualifications pour devenir pilote, puis celle pour cet appareil volant qu’on ne trouvait pas encore « dans toutes les Antilles! » Voler c’est quelque chose de naturel pour Eric, passionné par les sensations, mais aussi et surtout par la vue qu’on a de la Terre lorsqu’on est dans le ciel. Le choix de l’autogire, est venu naturellement. D’une part en fonction du prix (un appareil coûte75 000€ ce qui, comparé au coût d’un hélicoptère n’est pas grand chose ; l’entretien s’effectue soi-même) mais aussi parce qu’en Guadeloupe, le marché n’existait pas.

©A. Ascensio

Vol à la carte

Il a donc fait venir son engin volant pour proposer des vols aux Guadeloupéens mais aussi aux touristes avides de s’offrir une expérience hors du commun supplémentaire dans une île des Caraïbes. Eric propose plusieurs tours, allant du simple baptême et survol de la Pointe-des-Châteaux à un vol plus long, plus complet pouvant aller jusqu’aux Îles du Sud. « Parfois je vais même chercher des clients là-bas, on fait le tour et je rentre« . Il a 3h30 d’autonomie en vol, ce qui lui permet, dit-il d’assurer un vol aller-retour sur la Martinique. Mais la plupart de ses départs se font de Saint-François et se répartissent toute l’année, avec un pic durant l’hiver, gros de la saison touristique. « Je fais voler des très jeunes mais aussi des personnes âgées » dit-il. Et de raconter ses souvenirs. Il a déjà fait voler un enfant de 9 ans. Ou des ados qui se voient récompensés de leur bon travail à l’école. Ou bien des vols d’adieux pour ceux qui quittent l’archipel. Ou encore cette mamie de 80 ans, qui montait dans un appareil aérien pour la première fois. Un point commun à tous : « ils redescendent toujours contents« .

©A. Ascensio

Avant le décollage, on s’arnache : harnais de sécurité, casque avec radio et micro pour échanger : le pilote est devant, le passager derrière. On sécurise appareils photos et téléphones et on espère qu’il ne pleuvra pas : l’auto-gyre n’a pas de cockpit, et la pluie est bien la seule chose qui l’empêche de voler. « Si on prend un grain en vol, ce n’est pas grave du tout », assure Eric. « Prêt » ? Il met le moteur en marche qui pétarade. Juste avant le décollage, l’hélice principale, le rotor, se met à tourner lentement puis de plus en plus vite. Il s’incline au décollage pour ne pas freiner l’appareil, qui accélère et s’élève dans le ciel. Le décollage écrase un peu le passager au fond de son siège, mais cela ne secoue pas, ne tangue pas ni ne donne pas le mal de l’air. En volant, Eric décrit ce que l’on survole, ce que l’on voit : le lagon, d’abord, qui offre ses eaux transparentes aux regards, si bien qu’on distingue les bancs de poissons fournis. D’ailleurs, Eric a déjà été sollicité par les responsables de l’aire marine protégée (AGOA), pour survoler l’océan et surveiller la présence des baleines pour la Karujet. « Là, on voit la Pointe des Chateaux, là c’est la Désirade, là c’est Petite-Terre, » égrene Eric au fur et à mesure que l’on s’approche des lieux.

©. Ascensio La Pointe-des-Châteaux vue de la mer

À un peu plus de 150 m de hauteur, on survole les plages du coin, celle de la Douche, l’anse Tarare de l’autre côté, l’anse à la Gourde, dont les rivages de sables blancs sont salis par des bancs énormes de sargasses qui s’entassent et pourrissent. Vus du ciel, ces parasites seraient presque jolis, ajoutant des couleurs à celles des fonds marins qui se déclinent en bleus et verts, relayés par les toits des maisons, les piscines, les jardins et les champs maraîchers ou de cannes à sucre. Après l’atterrissage, le corps est battu par les vents et le soleil, la peau tiraille un peu mais la tête est rempli de paysages. L’auto-gyre, c’est un peu comme si l’on roulait en voiture, mais en volant, sans pour autant avoir la sensation d’être accroché en l’air et d’avoir suspendu sa vie à un fil de funambule. « C’est une petite moto des airs« , conclut Eric, avant de demander : « Alors ça t’a plu ?« 

Du vélo dans les arbres de la Côte-Sous-Le-Vent

C’est une nouvelle activité qui nous attire après Saint-François, de l’autre côté de l’île, sur la Côte-sous-le-Vent. Le vélo volant vient de faire son entrée dans le parc de « L’habitation Côte-Sous-Le Vent » et permet aux adeptes de la pédale de circuler sur un kilomètre au milieu des arbres. « L’idée, c’est de mettre des gens là où ils ne peuvent pas aller naturellement », indique Gérald Maître, directeur du parc.

©Habitation Côte-sous-le-Vent

Depuis plus d’un an, le projet était dans les tuyaux, parti d’un concept existant au Canada, aux USA et même au Mexique. « Nous avions deux défis : créer des infrastructures sans dénaturer le site, et certifier l’ensemble aux normes européennes, puisque, le concept existant hors UE, les produits ne sont pas fabriqués avec les mêmes normes de sécurité« . Alors, pour développer le projet, le parc a fait appel à l’Office National des Forêts, pour expertiser les arbres capables de tenir la pression de l’infrastructure des vélos. « Nous sommes la première entreprise à faire certifier ce système de poulies« , explique Gérald Maitre. Une opportunité de développement pour le parc ou le concept : lorsqu’il sera repris par d’autres ou déployé ailleurs, l’expertise appartiendra à l’Habitation Côte-sous-le-Vent, qui pourra vendre son savoir-faire. Il aura fallu pas moins de 500 000 euros d’investissement pour mettre en place les vélos volants. Le parcours est accessible aux personnes de plus d’1m40, au plus de 12 ans et remporte depuis son ouverture le 2 août un franc succès : en 5 jours, ce sont près de 100 personnes par jours qui ont testé l’attraction.

©. A. Ascensio

La cabane dans les arbres d’où partent les vélos ressemble un peu à une station de départ de télécabines lorsqu’on va au ski. On embarque l’un après l’autre sur les vélo, on écoute les conseils de sécurité (ne pas se balancer, utiliser le talkie-walkie à l’arrière du vélo en cas de problème, ne pas être à deux sur chaque segment de parcours, etc.) et c’est parti. Les pédales moulinent un peu, mais pas besoin de pédaler vite pour avancer. Le circuit nous fait passer au milieu d’un fruit à pain, au dessus de la rivière, au dessus de la case créole. Les arbres craquent au dessus des promeneurs agités par le vent léger de la fin d’après-midi. Parce qu’il s’agit bien d’une balade, bien loin des accrobranches où les plus sportifs évoluent entre les branches des arbres, accrochés par un harnais. Ici, ce n’est pas un parcours pour faire la course, ou améliorer une performance sportive.

©A. Ascensio

Chacun son rythme. Suspendu dans les airs, le cycliste chemine doucement dans la forêt tropicale, flâne le long des flamboyants en fleurs, touche un pic du tronc d’un fromager, dans les bruits de la forêt. Et achève son parcours apaisé. Presque un peu frustré d’arriver, tant le mouvement de balancier léger opéré par le vélo détend. Mais le parc n’a pas dit son dernier mot. La direction cherche déjà à agrandir le parcours, et imagine des vélos à deux places, entre autres projets qui pourraient bien émailler la Guadeloupe un jour.


* Durant le mois d’août 2017, Mediaphore teste pour vous des activités insolites en Guadeloupe. Un panel de découvertes que vous soyez résident, visiteur, touriste ou simple curieux.

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