(Episode 2/3) Alain Foy, l’un des derniers constructeurs de canots traditionnels en Guadeloupe est un personnage passionné. Attaché au patrimoine nautique guadeloupéen, il porte un message centré autour de l’écologie, de l’amour entre les hommes, d’anti-gaspillage et fourmille d’idées pour le territoire. Mediaphore l’a rencontré, à l’occasion du TGVT, l’événement phare de la saison sportive.

Alain Foy parle de son métier avec passion, de la vie avec amour et de l’amour avec espoir. « Je me suis attaché à mon patrimoine », dit-il montrant du doigt le chantier naval repris de son père, construit dans les années 70 sur les fonds d’un marécage asséché. Il est l’un des derniers constructeurs de canots traditionnels en Guadeloupe. Il est un artisan, un artiste, un de ceux qui parlent, pleurent et rient en même temps. Alain Foy, le Saintois l’avoue : le chantier de construction navale, au départ, ce n’était pas son projet. Mais le travail du bois, oui. « Moi je faisais des cuisines ». Et puis il peignait aussi, sculptait des poissons, des morceaux de mer, des bouts de fonds marins. « J’avais envie de faire un musée pour ceux qui ne peuvent pas plonger. Le musée de la mer et des fonds marins, sans eau, la plongée sans bouteille ». L’idée originelle : reconstituer les différents niveaux de la mer peints sur les murs, du sable au sol, des plantes et d’exposer ses sculptures. « Mais tu sais ce que c’est, raconte-t-il, légèrement amer, le problème c’est l’argent qu’il faut pour mener ce type de projet. »

© A. Ascensio – Des éléments sculptés du projet du musée de la plongée imaginé par Alain Foy

Alors il se donne à fond dans le chantier naval. Les canots traditionnels, il dit en faire sortir six par ans de son atelier. Alain Foy, né en 1966, tient à la construction bois. « La résine nous empoisonne. Ça pue quand on l’utilise. Le bois, c’est une ressource naturelle et inépuisable. On peut le replanter». Dans son atelier, il construit depuis huit mois un grand bateau en bois, en acajou de Guadeloupe, pour un archéologue qui veut vivre dans son bateau et courir le monde. Chacun de ses bateaux, dit-il, portent tous le même message : « Sauvez la planète ».

©A. Ascensio – L’immense bateau tout de bois fabriqué par Alain Foy depuis huit mois

©A. Ascensio

Alain a le sentiment de ne pas être écouté, que personne ne prend conscience du péril dans lequel est engagé, selon lui, le plus petit des enfants qui désire autre chose que l’amour de sa famille. Alors pour être entendu, il fabrique des bateaux, et de ceux qui gagnent. « Mes bateaux ils vont vite, ils sont performants, et ils sont en première place dans le Tour de Guadeloupe à la Voile Traditionnelle (TGVT) ».

Alain Foy fourmille d’idées, d’envie. Dans l’idéal, il voudrait arriver à réhabiliter la pêche à la voile. Montrer qu’avec six bateaux en bois et à voile, la pêche pourrait être plus respectueuse, mieux faite, plus rentable. « Si on fait six bateaux pour une coopérative de pêcheurs sur lesquels les pêcheurs tournent et passent quatre à cinq jours en mer, en organisant une rotation, on a la même activité que celui qui part le matin et revient le soir », assure-t-il. Il parle, des larmes coulent. Il enrage, désespère, rit, ré-espère. « Je veux arriver à faire comprendre que dans chaque homme il y a une petite fleur qui ne demande qu’à fleurir, et que les grands arbres autour regarderont d’un œil admiratif ». Dans ses métaphores, les grands arbres se sont les hommes politiques, ceux qui viennent, promettent et repartent. Aux jeunes qu’il prend sous son aile dans les programme d’insertion qu’il mène avec des associations locales, il leur transmet le message : « Aimez-vous, vous-même et le monde qui vous entoure ».

Lui continuera inlassablement de caresser le bois et de lui donner vie pour voir ses canots courir sur les flots.

Retrouvez le premier volet de notre série sur la voile en Guadeloupe