(CRÉER SA START-UP EN OUTRE-MER 1/3) – Concrétiser un rêve, une ambition, un projet…en montant sa start-up. En Outre-mer, les jeunes entrepreneurs sont nombreux à se lancer dans la création de leur propre entreprise. Une aventure, loin du cadre idyllique de la Silicon Valley. Entre paperasse et besoins d’accompagnement, les plus téméraires se retrouvent souvent confrontés à un long périple.

Imaginez-vous éviter les embouteillages en passant par la mer au volant d’une voiture capable de léviter à 70 cm au-dessus de l’eau. C’est une idée assez folle mais pratique et surtout révolutionnaire.
Un projet innovant, ambitieux, nouveau, qui répond à une demande présente, c’est la définition d’une start-up (ou « jeune pousse » en français).

En pleine expansion, des entrepreneurs super motivés se lancent dans l’aventure de l’élaboration d’un projet hors du commun. Ce type de projet mijote dans la tête de jeunes entrepreneurs depuis plusieurs mois voire années.

Même si c’est un concept relativement récent, la définition de start-up n’est pas toujours assimilée. « Tu es chef d’entreprise ou startupper ? » Voici les remarques auxquelles sont confrontés les entrepreneurs. La différence entre ces deux structures n’est pas toujours une évidence. Voire ne l’est pas du tout. À cela vient s’ajouter de nouveaux termes qu’il faut intégrer comme « culture digitale« . Génération numérique oblige.

Shopîles ©Facebook Shopîles

Les start-up qui montent dans les Outre-mer sont nombreuses. Shopîles ou encore Carfully sont deux exemples parlants. On peut aussi citer Mobapi, une start-up guyanaise dirigée par Vincent Reboul.

Aolys provient elle, de cerveaux de la Réunion. C’est un outil démontable et transportable qui stocke l’énergie du vent sous forme d’air comprimé et produit de l’électricité à la demande. A Tahiti, on a Tahiti Beezy, un site de « jobbing » où les « jobber » proposent leurs services. Certaines start-up se développent même en Amérique comme Relay Shop USA, startup fondée par une Guadeloupéenne, Maïre Rosa.

Parmi les DOM, c’est la Réunion qui se démarque, armée d’un fort potentiel de développement dans les énergies renouvelables et la santé. Le 25 juillet dernier, l’île a d’ailleurs reçu le label French Tech en étant membre du Réseau Thématique French Tech « HealthTech », regroupant E-Santé, Biotech, MedTech et Silver Économie.

Être « startupper », pas une mince affaire

On imagine souvent les grandes start-up qui ont réussi et qui, aujourd’hui, sont devenues riches et puissantes. Cela fait rêver les nouveaux arrivants. Seulement, cela n’arrive pas à tout le monde. Ils sont nombreux sur le marché des start-up mais peu, passe la porte de la réussite. « Il y a beaucoup de start-up qui ne réussissent pas. Ça fait partie du jeu« , reconnaît Betty Fausta, présidente de Guadeloupe Tech.

Cela ne fait pas peur aux entrepreneurs. En Martinique, 830 entreprises ont été créées au 1er trimestre 2017, soit une augmentation de 0,4% par rapport au quatrième trimestre 2016. L’année dernière, à la même période, la Guadeloupe comptabilisait 1102 entreprises créées mais connaît une baisse au troisième trimestre 2016.

Comment créer sa start-up en 48 heures ? Comment réussir son projet ? Comment démarrer sa start-up sans finances ? Sur Internet, les recherches de ce genre fleurissent. Pour qu’un projet voie le jour, il faut de l’argent et une certaine connaissance du milieu entrepreneurial. « Ce sont les principaux problèmes des entrepreneurs« , analyse Betty Fausta. Même constat pour Remi Voluer, président de Start’n run, association des start-up à la Réunion. « Le financement est la difficulté majeure rencontrée à la Réunion. »

Avoir un projet bien ficelé, des collaborateurs qui croient au projet, des investisseurs et le tour est joué.  » On a l’impression que c’est facile mais ça ne l’est pas, avoue Yoann Saint-Louis, président de Martinique Tech, monter une start-up qui réussit, c’est l’école de la débrouillardise. »

Pour obtenir un financement, il faut passer maître en séduction. Il faut vendre son produit comme un enfant qui expliquerait à ses parents pourquoi il doit avoir un cadeau à noël. Cadeau qui pour l’entrepreneur, se compte non pas en console de jeux mais en milliers d’euros.

« Rêver en gardant les pieds sur terre »

C’est aussi pour cela que l’événement Start-up.gp a vu le jour en Guadeloupe. La 4ème édition a eu lieu le 19 mai dernier au World Trade Center à Baie-Mahault. Près de 600 personnes étaient présentes à ce premier événement dédié à l’univers des start-up en Guadeloupe. Lors d’une table ronde, entrepreneurs et porteur de projets discutent des problématiques du métier de « startupper ». Le but est de permettre aux entrepreneurs de « continuer à rêver en gardant les pieds sur terre« . « Il faut être préparé à répondre à un marché. Une start-up doit innover. Avoir une idée c’est 10 % du projet. La réalisation, c’est 90 %« , commente Betty Fausta.

© Facebook Startup.gp

De nombreux organismes sont mis en place pour accompagner les entrepreneurs. Les pépinières par exemple. Guyane Développement Innovation, la Technopole à la Réunion et en Martinique ou encore Audacia en Guadeloupe. À eux, viennent s’ajouter les banques d’investissement ou encore les aides financières des chambres de commerce et d’industrie (CCI).

La banque publique d’investissement (BPI France) est présente dans les DOM depuis plus de trois ans. Elle propose d’aider les entreprises et start-up à trouver un investisseur, débloquer des fonds. Seulement, l’accès aux fonds d’investissements est dur. La paperasse décourage certains nouveaux arrivants dans le secteur de l’innovation, en quête de développement. Pour d’autres, les formalités sont faites sans encombrement. « C’est allé vite, quatre mois entre le début de travail sur le dossier et la confirmation de la BPI« , affirme Coline Schulthess, chargée de développement à Mobapi, une start-up guyanaise d’échange de données.

« Nous sommes une banque et à ce titre nous respectons la réglementation bancaire qui impose d’être très bien documenté sur les entreprises que nous accompagnons. Cela nous a demandé un système d’information performant et une grande rigueur dans la gestion de nos lignes et cela oblige l’entrepreneur à l’excellence« , justifie Michèle Papalia, directrice Antilles-Guyane de la BPI France.

Si les entrepreneurs s’en prennent à la BPI France, Remi Voluer, en connaissance de cause, s’en prend aux structures en général en prenant l’exemple de la Réunion. « Il y a quarante structures qui font de l’accompagnement à la Réunion. Et sur 350 start-up présentent sur l’île, 30 à 40 sont accompagnées. Le problème avec ces structures d’accompagnement au nombre de 40, c’est leur organisation purement administrative. Le fonctionnement est donc à revoir et à coordonner sur l’ensemble du territoire, en accord avec les attentes et besoins des porteurs de projets. »

Le président de Start’n run pense même que le temps perdu à faire des démarches administratives est « toxique » pour une start-up car elle perd quasiment un an qu’elle aurait pu utiliser pour se développer.

Un manque d’accompagnement 

Les pépinières et organismes de financement aident à trouver un local, accompagnent les jeunes entrepreneurs dans leurs démarches. Les chefs d’entreprise qui se lancent bénéficient de séminaires en accord avec leur domaine par exemple. « La technopole va être très bonne en ce qui concerne l’accompagnement à l’innovation« , reconnaît Yoann Saint-Louis, lui-même co-fondateur d’une start-up. Il est passé par la Technopole Martinique et pose un problème conséquent.

« La technopole ne m’a jamais accompagné sur Carfully pour me faire passer d’un point A à un point B. » Après analyse du problème, il ajoute : « Ce qu’il manque c’est une personne qui a déjà travaillé dans un accélérateur de start-up. Il faut qu’elle soit capable de venir dans ton bureau et dire : « Au niveau du business modèle, est-ce que vous avez fait ça, essayé ça ? Pourquoi tu ne testes pas ça de cette façon ? » Avoir quelqu’un qui s’y connaît, qui a des références, qui peut t’accompagner dans la construction de ton produit et qui te parle avec une légitimité« , s’insurge le co-fondateur de Carfully.

Le « startupper » le dit avec crudité : « Il y a un gros manque d’expertise en local. » Constat partagé par Rémi Voluer : « Il y a très peu voire aucun expert-métier pour conseiller les start-up dans les structures généralistes. Seuls certains secteurs spécifiques ou pôles de compétences bénéficient d’experts à temps-plein. » Le président de Start’n run nuance quand bien même ces propos. Il déclare que les structures gérées par la Région Réunion « via le SRDEI a défini les lignes directrices d’une restructuration de l’offre« , bien plus avantageuse pour ces entreprises révolutionnaires.

« Un des plus gros challenges a été d’arriver à trouver des interlocuteurs spécialisés en innovation. Par exemple, impossible d’avoir des informations sur le dépôt de marque à l’international ou sur la propriété intellectuelle logicielle car le bureau de l’INPI (maison des innovateurs) a fermé il y a 3 ans en Guyane…« , regrette Vincent Reboul, fondateur de Mobapi.

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