La commune de Deshaies a accueilli durant le week-end du 9 juillet un festival dédié à la série britanno-française « Meurtres au paradis » (« Death In Paradise » en version originale), diffusée en France sur la chaîne France 2 et sur la BBC en Angleterre. Un carton télévisuel, tourné entièrement en Guadeloupe.

Durant la journée de samedi 8 juillet au matin et ce, jusqu’au dimanche 9 juillet 2017, un festival autour de la série britanno-française « Meurtres au paradis » – qui vient de conclure sa sixième saison sur nos écrans TV – s’est tenu à Deshaies, dans le Nord Basse-Terre. Au programme : la diffusion des 48 épisodes des six saisons de la série, en 48h. Une première mondiale, selon les organisateurs, (la Région Guadeloupe à travers son Bureau d’accueil des tournages, et les sociétés de productions de la série), qui visait à faire connaître à tous les Guadeloupéens et les habitants de Deshaies la série.

L’histoire ? Les tribulations de l’équipe d’un commissariat de police de l’île fictive des Caraïbes, Sainte-Marie, chargée de résoudre des meurtres sur l’île. « Nous avons voulu que l’accès soit libre pour éviter toute considération de niveau social ou d’argent : nous avons voulu faciliter l’accès à un événement qui touche tous les habitants de Deshaies« , rapporte Daniel Baschieri, le directeur de production.

©A. Ascensio – A l’hôtel Hemingway, une reconstitution de scène de crime

Une série aux retombées économiques importantes

Tournée dès son commencement en Guadeloupe, la série rapporte à chaque saison 5 millions d’euros au territoire. « Chaque saison représente un budget de 12 millions d’euros« , détaille Tony Coco-Viloin, responsable du Bureau d’accueil des tournages de la Région Guadeloupe, dont le fonds d’aides se monte à 1,6 million d’euros annuel. « Tous les ans, la Région finance 500 000 euros pour la série et le retour sur investissement est de 1000%« . Ces retombées économiques se déclinent en nuits d’hôtel, en consommation, en location de matériels ou de voitures, en salaires, notamment les cachets des figurants, mais aussi en usant des ressources humaines de la filière cinéma locale.

©A. Ascensio – Tony Coco-Viloin, responsable du Bureau d’Accueil des Tournages en Guadeloupe

D’autres éléments pourraient venir s’ajouter au développement du territoire, notamment par le développement de programmes touristiques directement liés à la série. En janvier dernier, face au succès de la série, un tour-operator a testé pour ses clients l’opportunité d’un « Death in Paradise Tour« , emmenant 200 touristes anglais à bords de paquebots de croisière sur les lieux de tournage. Un succès, selon les organisateurs. L’idée fait son chemin et devrait devenir systématique dès la prochaine saison touristique. Au programme, visite du village, reconstitution de scènes, vente de goodies mais aussi de produits locaux comme du thé, du rhum ou des bokits (« sandwiches » guadeloupéens frits) floqués au logo de la série.

Une aubaine pour les commerçants du villages qui y voient une opportunité d’accroître leur chiffre d’affaires même si « pour l’heure cela sert surtout aux hôteliers et restaurateurs« , sourit un vendeur de souvenirs. « On a plein de projets sur « Death in Paradise », pour qui l’intérêt devrait se maintenir durant quelques années, même si la série s’arrête un jour« , explique Myriam Laffond, chargée de développement de la société AVEC (AudioVisual Engineering & Consulting), petite entreprise de développement de projet autour du cinéma, qui vient de signer un contrat d’exclusivité pour l’exploitation de la licence de la marque Death in Paradise avec Red Planet pour développer un business de goodies.

La Guadeloupe, terre d’accueil du cinéma

Dans les équipes de production et de tournage, on se félicite du choix de la Guadeloupe pour accueillir les décors de la série. Déjà parce que c’est une belle opération de promotion touristique, mais aussi et surtout parce « l’île est magnifique! » indiquent d’une seule voix tous les acteurs. Il y a huit ans, lorsque Robert Thorogood s’est présenté à Red Planet Pictures (la société de production de la série) avec un scénario écrit pour se dérouler dans les Caraïbes, les équipes de productions se sont mises en ordre de marche pour trouver le lieu qui accueillerait le tournage. « La Guadeloupe s’est imposée à nous pour plusieurs raisons, explique Alex Protherough, directeur de production de Red Planet Picture. D’abord parce que cette île est splendide et accueille les plus belles plages du monde, mais aussi et surtout, parce que c’est une île française. »

©A. Ascensio – Le village de Deshaies, où est tournée la série

Or, la France propose un crédit d’impôts assez important pour les productions internationales. Il n’en fallait pas plus pour décider la BBC et France Télévisions à coproduire la série et de la tourner en Guadeloupe. D’autant que les capacités d’accueil en terme de matériels et de compétences sur l’île étaient assez fiables pour décider les Anglais à investir dans la production. Enfin, le Bureau d’accueil des tournages de Guadeloupe est le seul organisme du genre à exister dans toute la Caraïbe. Autrement dit, pour une production cinématographique, en zone Caraïbe et tout particulièrement en Guadeloupe , il faudra obligatoirement passer par ici. « Le bureau apporte une logistique aux productions qui viennent réaliser leurs films, publicitaires ou non, en Guadeloupe« , explique Georges Bredent, le président de la Commission Culture de la Région. « La Martinique est en train de monter également son Bureau d’accueil, mais cette concurrence ne nous effraie pas : on aura toujours le plus d’expérience« , plaisante-t-il. Et un tableau de chasse relativement brillant. Il y a à peine quelques semaines le territoire, notamment les Îles du Sud accueillaient, le tournage de « Minuscule 2 », le film d’animation qui plonge au cœur du monde des insectes et dont le premier volet avait réalisé près de 50 000 000 entrées au box office.

Des tournages parfois acrobatiques

Pour les équipes de la série, tourner durant 7 mois semble être un vrai plaisir. Même si, note Sue Howells, productrice de la série, « ce n’est pas si facile de rester si longtemps loin de chez soi« . D’autant que le tournage n’est jamais sans défis à relever. Notamment d’un point de vue météorologique : les aléas du temps en Guadeloupe rendent parfois les scènes difficiles à réaliser, font prendre du retard sans que l’on sache comment cela se terminera. « Pourtant, on arrive à faire des prouesses incroyable« , rappelle Alex Protherough, en faisant référence à la reconstitution de l’ambiance froide, pluvieuse et brumeuse d’une rue londonienne au Mémorial ACTe, par une journée chaude et ensoleillée en Guadeloupe. Chaque épisode est d’un auteur différent, et chaque saison est dirigée par quatre réalisateurs différents. « Au total, explique Stewart Svaasand, l’un des réalisateurs, il y a peut-être 18 réalisateurs et 36 auteurs pour écrire et réaliser la série. Chaque réalisateur ayant « sa patte« , c’est un vrai challenge en matière d’harmonisation de l’ambiance et de l’esprit de la série.

©A. Ascensio Sue Howells (productrice) et Stewart Svaasand, (réalisateur) pour Death In Paradise

 

Les lieux préférés de l’équipe

Chaque acteur a son lieu préféré. Pour les uns les plages, notamment celle de la Perle à Deshaies. Pour d’autres, des lieux de tournage comme le « Catherine’s bar », où les scènes sont celles durant lesquelles on rentre dans l’intimité des personnages. « Les personnages évoluent au fil des saisons, et c’est ce qu’attendent les spectateurs« , affirme Joséphine Jobert, la seule actrice française de la série, qui incarne le sergent Florence Cassel.

©A. Ascensio  – Le casting de la série et le producteur Alex Protherough (à droite)

Et ce sont près de 9,5 millions de spectateurs britanniques qui se donnent rendez-vous chaque semaine devant leur écran de télévision, 3,5 millions pour les Français. « Mais le chiffre monte facilement si l’on tient compte du fait qu’on diffuse la série dans 235 pays [un nombre de pays très élevé en raison du comptage des différents États américains où la série peut être visionnée et comptés comme un pays à part entière, NDLR]« , rappelle Daniel Baschieri. Interrogé sur l’avenir de la série et le nombre de saisons encore à venir, Alex Protherough, sourit : « Même si le Brexit a fait monter les coûts de production, à cause des taux de change entre la livre sterling et l’euro, on continuera tant que la BBC nous passera commande ».

 

Le trailer originel de la série :