Aventurière et passionnée, Virginie Sainsily est le nouveau visage de BFMTV. La journaliste de 28 ans a été retenue, parmi un grand nombre de candidats, pour présenter le journal télévisé de la « première chaîne info de France », à partir du 29 juillet prochain.

Virginie Sainsily aime son métier et en l’écoutant en parler, tout porte à croire qu’elle pourrait, sans rencontrer de difficultés, le crier au sommet de la Soufrière – qui n’est autre que le plus haut sommet de la Guadeloupe, sa terre natale. Derrière ou devant la caméra, l’important pour cette journaliste, est d’informer le plus justement possible la société. Elle est d’ailleurs diplômée de l’école de journalisme ISCPA et d’une formation en alternance au Centre de formation des journalistes (CFPJ). Accro au terrain, plus précisément par les zones de conflits, cette jeune femme de 28 ans ne recule devant aucune opportunité. Virginie Sainsily, fidèle à son sourire et à son tempérament explosif diront ses proches, a accordé une interview à la rédaction de Mediaphore. 

Mediaphore : Vous avez travaillé à Canal + ou encore sur les émissions « C à vous » et « Le Grand Journal », et maintenant vous exercez à BFMTV. Avez-vous toujours voulu être journaliste ?

Virginie Sainsily : Oui ! Depuis toute petite, j’ai toujours voulu être journaliste même si je ne comprenais pas forcément les aléas de ce métier. Je pense que tant qu’on ne le pratique pas, on ne réalise pas vraiment ce que cela engendre, en tout cas lorsqu’on est très jeune. Étant très attirée par les matières scientifiques, j’ai obtenu un bac S option biologie. J’ai d’abord pensé à devenir journaliste scientifique. Je ne savais pas vraiment ce que cela voulait dire. Et puis mon père est professeur de mathématiques et lisait beaucoup Science & Vie, et d’autres magazines dans ce genre. Ce sont les premiers que j’ai eu le plaisir de lire. Mais par la suite, très rapidement, j’ai commencé à me renseigner sur le métier, à m’y intéresser plus en profondeur. Comme je suis un peu « tête brûlée » ou « cascadeuse », je me suis beaucoup plus orientée vers les sujets sensibles. En ciblant les zones internationales car cela m’intéressait beaucoup. Les zones de conflits, les différents désaccords qu’il y avait dans le monde, notamment le conflit israélo-palestinien, quand j’étais au lycée, on en parlait beaucoup donc cela m’attirait. J’avais envie de comprendre ce qui se passait. D’autant plus qu’on en parlait à la télévision. Cela me paraissait important qu’il y ait des journalistes qui puissent se rendre dans ces zones dangereuses, « inaccessibles », pour pouvoir raconter l’horreur du quotidien de ceux qui y vivent.

© Virginie Sainsily – Facebook

Mediaphore : Depuis toute petite vous aviez envie de devenir envoyée spéciale… Aujourd’hui, vos attentes ont-elles été satisfaites ? Vous êtes toujours autant passionnée ? 

Virginie Sainsily : Oui c’est toujours le cas, c’est vrai que le métier de journaliste comporte beaucoup d’aspects comme on le sait très bien. Mais les zones de conflits, c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse depuis longtemps. Pour moi, en Occident, on vit un peu dans le confort même si on est conscient de ce qui se passe ailleurs, car cela reste relativement bien relayé par les médias. Sauf que si on ne se rend pas sur place, c’est déjà différent. Pour mon premier stage en école de journalisme, j’ai choisi de me rendre en Israël. J’avais un camarade de confession juive dans ma classe, j’essayais de discuter de ce qu’il se passait sur place avec lui. Un jour il m’a dit « C’est assez compliqué. Je pense que tu devrais te rendre sur place pour comprendre par toi-même ». Je l’ai pris au mot, j’y suis allée pour voir les choses par moi-même. Je sais que ce type d’actualité est dangereuse à couvrir, beaucoup de mes proches me disent que je suis folle, et tentent de me dissuader mais c’est comme ça. Je pense qu’il y a des gens qui doivent y aller car il y en a d’autres que ça n’attire absolument pas.

« On me dit souvent qu’à BFMTV, les journalistes sont instrumentalisés, et qu’on nous dit quoi dire. C’est absolument faux »

Mediaphore : Qu’est-ce que vous pensez des critiques auxquelles sont confrontées les journalistes aujourd’hui ? Pensez-vous qu’être journaliste c’est utile à l’heure actuelle ? 

Virginie Sainsily : Je pense que c’est utile, c’est même primordial, c’est nécessaire, on ne se rend pas compte. Je comprends les critiques, c’est normal. De toute façon la critique permet toujours d’avancer, qu’elle soit constructive ou non. Rien n’est parfait, je n’ai aucun problème avec la critique. Par contre, je pense que les gens ne se rendent pas compte de certaines choses. Ils vont peut-être relayer des choses qu’ils ont entendues sans être informés sur tel ou tel aspect. Ils vont aussi se laisser avoir par beaucoup de fausses informations qui circulent sur internet ou les réseaux sociaux. On me dit souvent qu’à BFMTV, les journalistes sont instrumentalisés, et qu’on nous dit quoi dire. C’est absolument faux. Cela fait trois ans que je travaille dans cette rédaction et personne ne m’a jamais dicté ce que je dois dire. On me donne un angle de sujet, c’est normal, c’est l’essence même du métier. Nos rédacteurs en chef sont là pour construire le journal. Mais personne ne va m’appeler avant mon duplex pour me demander de lire ce que je vais dire ou pour valider mes écrits. Évidemment, on est écouté et repris en cas d’erreur mais nos chefs nous font confiance et savent parfaitement ce que l’on vaut.

© Virginie Sainsily – Instagram @Virginie Sainsily

 

La méfiance envers les journalistes grandit, on le ressent sur le terrain. Lorsque je suis arrivée à BFMTV, il y a trois ans, on nous saluait avec le sourire dans la rue. Aujourd’hui, je vois nettement la différence. Mais pas seulement vis-à-vis des médias. On sent un certain ras-le-bol général. Envers les politiques aussi. Les Français ont choisi le « dégagisme » lors de la présidentielle et des législatives. Le PS (Parti socialiste) n’existe presque plus, Les Républicains se déchirent, les Français ont choisi complètement autre chose, ils veulent du changement. Ils n’ont plus confiance. Certains associent même la presse à l’Etat. Ils pensent qu’on est à la botte du gouvernement. S’ils savaient comment la droite nous traite de média de gauche, et la gauche de média de droite !

Mediaphore : Justement, en tant que journaliste, comment procédez-vous pour prouver à la société que les médias ne sont pas tous « instrumentalisés » ? 

Virginie Sainsily : La période que l’on est en train de traverser est compliquée. Comme je l’expliquais, les partisans d’extrême-droite nous (BFMTV) appellent « Télé Macron », ceux de l’extrême gauche nous appellent « BFN TV ». Au final, ils nous tapent tous dessus. Ce qui prouve bien que l’on ne soutient personne. Lorsque l’on m’interpelle dans la rue pour remettre en question l’intégrité des journalistes ça m’arrive de prendre le temps d’écouter. Mais ce n’est pas toujours facile de batailler et d’argumenter avec des gens qui ont déjà des idées bien arrêtées. Alors finalement, je me dis que la seule façon de les convaincre, c’est sur le terrain. En continuant à faire notre travail correctement avec l’éthique qui nous incombe.

Mediaphore : Il y a quand même des médias qui ne bénéficient d’une réelle indépendance (notamment vis-à-vis de leurs actionnaires) ? 

Virginie Sainsily : Les médias français appartiennent à de grands chefs d’entreprise. BFMTV et l’ensemble du groupe NextRadioTV appartiennent à Alain Weill. Mais c’est le journaliste Hervé Béroud qui dirige le groupe. Et la journaliste Céline Pigalle qui dirige la rédaction. Ce sont donc de très grands journalistes qui assurent le fonctionnement de toutes les chaînes. Ils connaissent parfaitement le métier, et ce sont eux qui prennent les décisions de façon indépendante. BFMTV n’a pas de couleur politique, c’est une chaîne neutre.

Mediaphore : Comment percevez-vous le traitement général de l’actualité aujourd’hui ? Le public laisse entendre que les journalistes font du « copier-coller », qu’il y a de moins en moins d’enquêtes, de sujets traités en profondeur. 

Virginie Sainsily : C’est vrai que l’on vit dans une époque où l’on aime avoir tout et tout de suite. On ne prend plus forcément le temps. On est rythmé par « l’immédiateté ». Après, chaque média a sa ligne éditoriale. Si vous voulez être informés correctement et rapidement, vous regardez BFMTV. Mais on va plus ou moins « rester en surface ». Le travail est mâché pour mieux l’assimiler, mieux le comprendre. Si le public veut de l’information en profondeur, il existe des émissions d’informations et d’enquêtes qui prennent le temps, qui font du décryptage comme “Envoyé Spécial” ou “Complément d’enquête”. Chez nous, il existe une émission hebdomadaire d’approfondissement sur plusieurs sujets d’actualité : “7 jours” qui passe le week-end. On propose aussi ce genre de format. Mais ce n’est pas le premier rôle de la chaîne. Ceux qui souhaitent être informés dans les détails ne doivent pas hésiter à lire la presse écrite également.

Mediaphore : Virginie Sainsily, vous avez vécu les attentats du 13 novembre. Comment avez-vous fait face à la gravité de la situation sachant que votre mission était de relayer les informations ? 

Virginie Sainsily : J’ai ce que l’on appelle « le filtre du journaliste ». Lorsque je vois des choses graves, ce n’est pas Virginie qui les voit, c’est la journaliste. La première fois, c’était au Bataclan, pendant la fusillade. Quand je suis arrivée, la prise d’otages était encore en cours. Sur le coup je n’ai pas vraiment réfléchi. Je me suis simplement dit qu’il y a un évènement grave qui se passe chez moi, alors il faut que je le couvre le plus professionnellement possible. On sait qu’à ce moment-là, tout le monde regarde la chaîne pour savoir ce qu’il se passe et avoir des informations donc il faut faire extrêmement attention à ce que l’on diffuse. C’est assez dur c’est vrai, mais j’avais le filtre de la caméra qui me permettait de prendre du recul, cela créait une sorte de barrière intellectuelle. Je me suis mise de côté moi-même et j’ai laissé faire la journaliste. C’est ce qui m’a permis de traiter l’évènement et de garder mon sang-froid. Parce que ce que l’on voit ou entend dans ces moments là, ce n’est pas facile du tout.

« C’est important pour moi d’aller à la rencontre de ceux qui vivent l’enfer au quotidien pour faire connaître leurs histoires et leurs réalités »

Mediaphore : Est-ce qu’il y a des journalistes et des reporters en zone de conflits qui vous inspirent ?

Virginie Sainsily : J’aime beaucoup le travail du grand reporter François-Xavier Ménage. J’admire aussi l’histoire et le parcours du photojournaliste indépendant Edouard Elias, ex-otage de Daesh en Syrie. Tous les deux sont pour moi de grands journalistes. Mais je n’ai pas voulu être reporter en zone de conflits parce que d’autres l’ont été, ou traiter l’actualité sensible parce que j’ai vu d’autres le faire. J’ai envie d’être reporter en zones sensibles parce que comme je l’ai dit, c’est important pour moi qu’il y ait des personnes comme nous qui puissent aller à la rencontre de ceux qui vivent l’enfer au quotidien, pour faire connaître au reste du monde leurs histoires et leurs réalités.

Après, plus généralement, dans le PAF (paysage audiovisuel français), les journalistes Harry Roselmack et Anne-Sophie Lapix m’ont particulièrement marquée. Ce sont deux présentateurs que j’ai eu la chance de rencontrer. Ils m’ont impressionnée tant par leur talent que par leur humilité.

© Virginie Sainsily – Instagram

Mediaphore : Vous avez été retenue pour présenter le JT de BFMTV au mois d’août. Qu’est-ce qui vous a poussé à candidater, si ce sont les zones de conflits et le terrain qui vous font vibrer ? 

Virginie Sainsily : Les zones de conflit ce n’est pas pour tout de suite, cela prend du temps. Le temps d’acquérir de l’expérience de terrain. En attendant, je continue de toucher un peu à tout. Je ne sais pas rester pas en place. J’ai passé le casting de présentatrice car c’est une nouvelle corde à ajouter à mon arc, c’est un nouveau challenge. J’aime le terrain, mais il y a beaucoup d’autres aspects dans ce métier et ce serait dommage de ne pas tout explorer. Être en plateau toute la journée tous les jours, peut-être pas (rires) mais faire des remplacements de temps en temps, oui avec plaisir, c’est un nouvel exercice. J’ai commencé à BFMTV en tant que JRI (journaliste reporter d’image) donc je filmais, j’étais derrière la caméra. Je suis finalement passée devant en devenant rédactrice reporter. Maintenant je vais faire un peu de présentation. Que demander de plus ?

Mediaphore : Appréhendez-vous ce mois de présentation en plateau ? 

Virginie Sainsily : Forcément, si je n’appréhendais pas ce serait bizarre. Mais j’essaie de ne pas trop me mettre la pression. Les aléas du direct je les connais puisque je suis dans cette chaîne depuis trois ans. D’autant plus, que sur le terrain, en duplex, j’ai aussi été confrontée à des imprévus, qu’ils soient techniques ou dûs à l’actualité. Ce sont des choses que j’ai appris à gérer. Étant perfectionniste, je vais tenter de faire en sorte que les choses se passent au mieux. On verra ce que cela donnera cet été !

© Virginie Sainsily – Facebook

 

Mediaphore : Avant de conclure cette interview, que pourriez-vous dire à une personne qui veut devenir journaliste mais qui hésite à cause de la « mauvaise réputation » qui colle à la peau cette profession – ces dernières années ? 

Virginie Sainsily : Il devrait se demander, dans un premier temps, pourquoi souhaite-t-il devenir journaliste. Si c’est parce que cela fait bien de dire que l’on est journaliste, que l’on nous voit à la télévision, et qu’il pense que l’on gagne très bien sa vie, il va très vite, à mon avis, déchanter (rires). Mais s’il veut être journaliste parce que c’est son envie profonde, parce qu’il est curieux, parce qu’il souhaite relater les faits, aller voir ce qu’il se passe pour pouvoir les expliquer avec ses mots au lieu de se les faire expliquer par d’autres, si c’est vraiment ce côté-là qui l’anime, je pense qu’il n’y a même pas à hésiter.

Mediaphore : Pour finir, avez-vous un livre à nous conseiller ? 

Virginie Sainsily : Le Guide du Routard ! Parce que « le voyage est la seule chose au monde que l’on achète, qui nous rend plus riche. » ;-)

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