Faire fuir des clichés sur le mariage… Dans les départements d’Outre-mer, les 20-34 ans sont de plus en plus nombreux à s’unir « jusqu’à ce que la mort les sépare ». Pourtant, le taux de divorce reste en forte augmentation dans l’ensemble des territoires, tout âge confondu, selon une étude de l’INSEE. Reportage.

Croiser son regard, flirter, se découvrir, s’aimer, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…jusqu’à se marier, c’est le choix d’un bon nombre de couples. Alors que la tendance porte à croire que les relations amoureuses ne font pas long feu aujourd’hui, les partenaires âgés de 20 à 34 ans sont quand même nombreux à sauter le pas dans les départements d’Outre-mer. En 2015 selon l’INSEE, 340 Martiniquais âgés de 20 à 34 ans se sont mariés pour la première fois. Mais pas si vite, tous les tourtereaux ne valident pas ce choix.

Si certains optent uniquement pour un mariage civil, d’autres font la totale en enchaînant avec la cérémonie religieuse. Pourtant, le mariage ne reste pas la seule possibilité pour unir deux personnes. Adopté en 1999, le PACS (pacte civil de solidarité) est un contrat permettant à deux partenaires de vivre en concubinage sans avoir l’obligation de répondre aux contraintes légales issues du mariage.

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C’est pour bientôt !

L’an prochain ce sera au tour de Maurane, 22 ans et de son fiancé Miguel, 38 ans de sceller leur amour en Martinique. Même si c’est un jour qu’elle attend depuis toute sa vie, Maurane est plutôt sereine mais pense qu’elle sera anxieuse à l’approche du jour J.

De confession catholique, cette étudiante en droit a toujours porté un grand intérêt au mariage. Une étape dans la vie d’un couple qu’elle n’a jamais perçu comme une option mais comme une évidence « ayant grandi dans cette dynamique religieuse, le mariage est quelque chose qui m’a toujours intéressé. » Selon elle, le mariage est l’engagement ultime d’une relation, « j’estime que ce n’est pas nécessaire de s’engager dans une relation si elle n’est pas faite pour durer. Du coup, vu que le mariage c’est pour la vie, ça va de soi. »

 « Ay Bondjé…se marier à 22 ans mais elle est trop jeune ! » laisseront entendre les bruits de couloir mais sûre d’elle, son âge ne lui fait pas peur, « parce que je pense que si on se sent prêt quel que soit l’âge, dans tout projet, il est important de franchir le pas et ne pas attendre et justement perdre tout ce qu’on peut vivre ensemble. »

Pour Stan Tatkin, professeur et clinicien en psychologie qui a développé une approche sur la thérapie de couple, l’éloignement serait le premier motif d’une séparation. Mais les causes restent nombreuses : infidélité, incompatibilité sexuelle, mariage précoce, (…) si bien que plus de 20 000 divorces ont été prononcés en 2015 dans les DOM-TOM entre les époux de 20-34 ans. 

À ce propos, la future mariée répond : « le divorce n’est pas une éventualité pour moi. Lorsqu’on envisage le mariage, on n’envisage pas le divorce. C’est là, qu’intervient la dimension religieuse parce que, lorsqu’on se marie à l’Eglise, ils ont instauré une préparation obligatoire qu’il faut entamer et on dit bien que si vous envisagez un mariage qui ne durera pas toute la vie, autant se marier à la mairie et on s’arrête-là. Mais le mariage religieux, c’est pour toute la vie. C’est là, la différence entre le mariage civil et le mariage religieux. Donc moi comme je vais jusqu’au bout, je n’envisage absolument pas le divorce. Ce n’est pas inclus dans le contrat de mariage religieux (rires). Ce n’est pas possible. »

Le mariage ? Euh…non merci !

Si pour Maurane, le mariage est le summum d’une relation et que l’idée de se séparer de son futur mari est inconcevable, on ne peut pas en dire autant de Sylvia, une Guyanaise de 23 ans loin de tout ça. « Me marier ? Je n’y ai jamais vraiment pensé. Ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Parce que si on se marie, c’est pour divorcer dans quelques années. Je ne pense pas avoir rencontré l’homme qui me jurera fidélité, respect et amour sans les rompre un jour. Le mariage c’est coûteux donc autant voyager et garder des bons souvenirs plutôt que de les gaspiller dans des rêves qui risquent d’être brisés. »

En couple avec sa copine Marlène depuis 6 ans et papa d’un petit garçon de 2 ans, Jordan 26 ans affirme, « franchement…je ne dirai pas non si on me demande en mariage mais si c’est à moi de le proposer, ça ne sera pas pour maintenant ! »

Sandra, 24 ans étudiante en LSF (Langue des signes française) quant à elle, explique pouvoir se passer d’un contrat de mariage : « pour l’instant je n’ai pas véritablement l’envie de me marier. La peur de me voir rattaché à quelqu’un par un contrat et qui entraverait ma liberté, le sentiment aussi qu’un engagement personnel ne nécessite pas forcément la mise en place et l’élaboration d’un contrat marital, la conviction que ma relation n’a pas besoin d’une réalité de statut et qu’elle ne doit pas se résumer à un titre, à une valeur pécuniaire, à un contrat qui serait à la fois, à mon sens, réducteur et limitatif.

De façon objective, elle rajoute toutefois que « le mariage pourrait aussi être une manière symbolique de s’engager vis-à-vis de l’autre et de lui prouver son investissement. Un mariage religieux serait également extrêmement symbolique mais devrait à mon sens coïncider pleinement avec mes convictions religieuses, chose encore difficile au vue de mon orientation spirituelle. Se marier reste donc un choix, et une possibilité qui pour l’instant n’a pas encore trouvé écho dans mon chemin de vie personnel »

Enfin, Winguer ce jeune guyanais de 22 ans n’a pas envie de se marier « …enfin pour le moment. Pour moi, il y a une désacralisation du mariage. Le mariage est vu comme un vulgaire contrat alors que pour moi, c’est bien plus. Maintenant on se permet même de noter le mariage des gens. Le monde est en perte de ces principes, les couples ne durent plus. A chaque problème, au lieu de chercher une solution, on pense directement à la séparation. La télévision n’arrange pas les choses, on y présente des stars qui enchaînent les conquêtes amoureuses comme des personnes à envier alors que c’est tout le contraire. »

Nos princes sont-ils tous sereins ?

En Occident, on a tendance à croire que les préparatifs du mariage c’est l’affaire de la femme, enfin… c’est l’idée que bon nombre d’entre nous se font. C’est simple, que ça soit dans les magazines, dans les films ou dans les publicités, celle qui a dit « oui » est affichée comme étant la plus impatiente et la plus euphorique des deux. C’est pour dire, entre celles prenant un temps fou à se décider sur le style de la robe, celles encerclées par les cris de ses copines en leur révélant la fameuse bague et entre celles pleurant généreusement lors de la demande de Monsieur, le portrait de la femme enjouée et excitée est vite dressé.

La femme est exposée avec un sourire béat caressant l’idée d’épouser l’homme de ses rêves.  Les rôles sont rapidement distribués : la femme est ravie et s’occupe de tout tant dis que l’homme acquiesce en étant souvent embêté par les charges de travail, de concentration et d’implication liés au mariage.

Depuis notre plus jeune âge, cette impression est ancrée dans notre perception du mariage. Ne cherchez pas loin, « il était une fois » dans nos dessins animés, des princesses enthousiastes, débordées, s’apprêtant, charmées et surexcitées. Toutes les étapes sont visibles. Et puis soudain, apparaît un homme debout ou chevauchant un beau cheval blanc prêt à s’unir à la jolie princesse. Mais…que s’est-il passé pour ce Prince ? Dans quel état était-il durant les mois, les jours et les heures précédant la célébration ?

Prince Naveen © Oh my Disney

Les hommes sont constamment placés dans l’ombre alors que la réalité est tout autre. Ou lorsqu’ils sont mis en avant, ils apparaissent habituellement comme des victimes commettant la pire erreur de leur vie. Les hommes n’enfilent pas uniquement leur costume et leur cravate attendant sagement leur future femme debout devant l’Eglise. Ils sont également habités par le trac, l’excitation et la joie qu’est censée apporter ce moment.

C’est le cas de Jean-Pierre, 58 ans, ancien banquier à la Réunion et marié depuis 25 ans à Cynthia. Ce retraité, bouillonnant pendant les heures avant la cérémonie raconte : « je savais que mon mariage serait chargé d’émotions mais pas à ce point. Pour ce qui est des préparatifs, j’ai tenu à donner mon avis sur tous les points. Le mariage, nous l’avons préparé à deux et nous le vivons à deux depuis 25 ans. »

Pascal, 27 ans, marié en Guadeloupe l’année dernière ne sait pas par où commencer, « c’est vrai que c’est pesant les préparatifs, je ne vais pas vous le cacher. Ça demande beaucoup d’investissement personnel et financier mais c’est beaucoup plus jouissif lorsqu’on est totalement impliqué ». « Plus elle s’avançait vers l’autel en l’occurrence vers moi et plus mon cœur battait la chamade. J’étais vraiment en stress, faut pas croire que le futur marié vit ça sereinement. Un mariage c’est très volcanique émotionnellement…en tout cas le mien l’était ! » explique Pascal, prêt à revivre cette journée une deuxième fois s’il le fallait. 

Entre 1995 et 2015, le nombre de mariages dans les DOM mène la course face au divorce chez les 20-34 ans. Toutefois, tout âge confondu, le taux de divorce reste en forte augmentation sur la même période. Les époux âgés de 20 à 34 ans attendraient-ils d’être plus âgés pour divorcer ?

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