Drapeau Kanak / © Crédit photo : monsieur-des-drapeaux.com

2018 sera une année charnière pour la Nouvelle-Calédonie. En effet, les habitants de l’île que l’on surnomme le « Caillou » devront choisir s’ils souhaitent que leur île accède ou non à l’indépendance. Mediaphore vous livre les détails de cette décision historique pour l’archipel.

À l’heure actuelle, le clivage est de plus en plus prononcé entre les indépendantistes (en majorité d’origine « Kanaks ») et les non indépendantistes. Ce référendum (qui doit se tenir au plus tard en mai 2018) fait suite aux accords de Nouméa, signé en 1998 dans la ville éponyme, sous le ministère de Lionel Jospin. Un référendum qui se tiendra dans un contexte d’autant plus tendu, que des violences ont eu lieu dans le pays il y a quelques mois.

Par ailleurs, l’incertitude domine chez les syndicats. Dans le « rapport d’information concernant l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie« , le Président de la mission, Dominique Bussereau et son rapporteur René Dossière, mettent en avant « la grande inquiétude » ressentie par ces acteurs. Cette crainte, est également présente chez les jeunes. Le rapport souligne qu’ « eux aussi sont inquiets, voire extrêmement anxieux quant à leur avenir. Cela tient pour l’essentiel au fait qu’ils ignorent tout des conséquences du référendum qui aura lieu en 2018, voire du contenu de l’Accord de Nouméa […]  »

En outre, un sondage (visible ci-dessous) réalisé en avril dernier par l’institut I-Scope pour la chaîne TV Caledonia, montre clairement que plus de la moitié des 476 personnes interrogées sont contre ce référendum.

© Crédit photo : TV Caledonia

Au niveau national, lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron, alors candidat, avait clairement exprimé son souhait que la Nouvelle-Calédonie reste rattachée à la France. Il avait d’ailleurs déclaré qu’il était « convaincu que la présence de la France est nécessaire pour garantir la paix civile et le développement ». Et même si les Néo-Calédoniens décidaient de prendre leur indépendance, l’histoire ne s’arrêterait pas là pour autant. « Quel que soit le choix qui sera fait, la République sera aux côtés de la Nouvelle-Calédonie car il ne peut y avoir de rupture dans notre histoire commune » avait-il expliqué dans une interview accordé aux Nouvelles Calédoniennes, un journal local.

La problématique du nickel

Plus profonde encore que la problématique d’être pour ou contre l’indépendance, il y a également la question du transfert progressif de compétences (selon la loi organique du 19 mars 1999) vers la Nouvelle-Calédonie. Parmi ces compétences on compte (entres autres) :

  • le commerce extérieur
  • le droit du travail, l´inspection du travail, l´accès au travail des étrangers,
  • les programmes d´enseignement, la formation des maîtres et le contrôle pédagogique pour l’enseignement primaire.
  • la réglementation relative aux hydrocarbures, au nickel, au chrome et au cobalt

Le nickel justement est en pleine crise, son cours est en baisse (Eramet, une entreprise minière présente en Nouvelle-Calédonie a accusé une perte de 260 millions d’euros en 2015 pour sa filiale SLN (Société Le Nickel). Si bien, que lors du mandat de François Hollande, Manuel Valls, alors Premier Ministre  a octroyé un prêt à la SLN d’un montant qui pourrait aller jusqu’à 350 millions d’euros d’ici à 2018. Cela, afin d’éviter à la société le défaut de paiement. Le transfert de ce type de compétence vers la Nouvelle-Calédonie pourrait donc poser quelques soucis au vue de la crise auquel l’industrie de ce métal est confronté.

Une longue route vers l’indépendance

Thibault Bizien, président de l’association Caledoclean,  évoqué un réalité présente dans tous les DOM-TOM, à l’occasion d’un colloque organisé à l’Université de Nouvelle-Calédonie en avril dernier, « 85% des produits alimentaires que nous consommons proviennent de l’importation. Je ne suis pas contre une indépendance quelle que soit sa forme mais sommes-nous capables d’être autonomes à ce niveau ? »  a-t-il indiqué. 

A l’image de la plupart des départements et territoires d’outre-mer, la France est plus qu’un soutien pour la Nouvelle-Calédonie, c’est une véritable manne en terme de produits de base. Le nickel est l’une des principales productions de l’archipel. Même si d’après Chérifa Linoussier présidente de la CGPME de Nouvelle-Calédonie, l’or vert ne représente que 4 % du PIB du pays et donc « seulement » 4.000 emplois.

Néanmoins, la culture de la crevette (ou aquaculture) qui est actuellement en plein essor. C’est également le cas de la production de viande bovine, qui permet même au Caillou d’être autosuffisants en la matière. Mais, la Nouvelle-Calédonie ne peut pas compter sur des matières agricoles comme la banane, l’ananas ou la canne à sucre (comme c’est le cas en Guadeloupe et en Martinique).

Autre élément non négligeable, selon Mathias Chauchat universitaire et juriste,  l’autonomie une fois acquise,  est définitive :  » On ne repart pas en arrière sur l’autonomie gagnée par la Nouvelle-Calédonie, c’est exclu par l’accord de Nouméa, qui a un caractère irréversible ». a-t-il signalé lors d’une interview.

Les accords de Nouméa  stipulent qu’ « en cas d’échec du référendum, l’article 5 prévoit un mécanisme où le tiers des membres du Congrès de la Nouvelle-Calédonie peut organiser deux nouvelles consultations dans les deux et quatre ans après le premier référendum. En cas de résultat négatif, une négociation sur le statut de la Nouvelle-Calédonie est prévue. » Mathias Chauchat, prévient néanmoins que « le processus peut  s’étaler sur une dizaine d’années encore« .

Une autre voix s’élève pour parler de l’indépendance, celle de Michel Rocard. Rappelons qu’il  est à l’origine des accords de Matignon (signé en 1988). L’ancien premier ministre aujourd’hui décédé, avait été interviewé en 2015 par Les Nouvelles Calédoniennes. Ainsi,  il y a deux ans, il estimait que l’indépendance était « une bizarrerie » et avait appelé a trouver une « une solution commune » entre indépendantistes et non-indépendantistes. Car, avait-il avancé,  « personne ne peut avoir dans la tête le souhait que la question qui va être posée à ce référendum soit choisie de manière à diviser les Calédoniens en deux paquets égaux. Parce que là, on est sûr qu’ils recommenceront à se taper dessus ».

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