Le vernissage de l’exposition photo « Grand-Baie en sursis » s’est tenu mercredi 14 juin au Spot, à Jarry en Guadeloupe. Pour l’occasion, cet espace de coworking s’est transformé en véritable galerie d’art. Les clichés affichés reviennent sur les Grand-Baisiens et leur mobilisation contre un projet de réaménagement du quartier porté par la mairie du Gosier.

Sur les photographies, affichées au Spot l’espace de coworking de Jarry en Guadeloupe, les portraits sont souriants et témoignent de moments de vies, des situations de tous les jours que connaissent les Grand-Baisiens dans leur ensemble, les jeunes comme les vieux, les enfants et l’ambiance du quartier. Bénédicte Jourdier – journaliste et Nicolas Cortes -photographe – ont passé deux mois à sillonner le quartier populaire de Grand-Baie, à l’entrée de la commune du Gosier, entre Bas-du-Fort et la Pointe de la Verdure.

©A. Ascensio

L’objectif du duo à l’origine du projet ? Rencontrer les habitants de Grand-Baie. Et ceux qui veulent le changer aussi, pour mieux faire comprendre l’esprit de la mobilisation catégorique qui anime depuis le début d’année 2017 les familles Grand-Baisiennes.

Le projet de la discorde

En février dernier, la mairie de la commune du Gosier, a lancé un projet d’aménagement gigantesque, argumentant autour des risques naturels (séismes, tsunamis, etc…) et nécessitant de « renouveler le paysage urbain d’entrée de ville et d’agglomération« . Outre l’aspect risque, la mairie met en avant son souhait de refonder le quartier, et de transformer ce lieu populaire en un « espace public de qualité, valorisant la façade maritime« , et avec pour objectifs, entre autres, de « restructurer et renforcer l’offre d’équipements publics« , de « créer une zone d’activité économique d’animation et d’attractivité du territoire« .

Au final c’est un projet de développement balnéaire et d’activité touristique qui a été présenté aux habitants. Seul hic, les occupants du quartier, 115 familles de Grand-Baisiens (339 habitants), doivent être relogées en vue de la destruction leur habitations. Depuis plusieurs semaines, les habitants se sont mobilisés pour faire connaitre leur situation et s’opposer catégoriquement à ce projet de renouvellement urbain.

En effet, ce projet, qui vient remplacer sur celui de résorption de l’habitat insalubre, lancé depuis 1994 par la mairie et l’État. Dans ce projet là, la population était maintenue sur place. Or, le nouveau projet, baptisé « Grand-Baie demain » envisage d’évacuer et de reloger les habitants.

Alors l’Association de défense et de gestion des intérêts des Grand-Baisiens a mobilisé : blocages de la route N4, manifestation, occupation de la mairie, …

©Bénédicte Jourdier / Nicolas Cortes /facebook

« La préfecture nous a dit que le seul projet dont ils avaient connaissance était celui de la résorption de l’habitat insalubre« , rappelle Raymond Gopy le président de l’association de défense et de gestion des intérêts des Grand-Baisiens, présent le soir du vernissage de l’exposition photo. Pour lui c’est un argument qui entérine sa position. Depuis, l’incertitude continue, malgré les communiqués et lettres que la mairie du Gosier envoie pour les rassurer.

« Il nous a fallu un peu de temps pour gagner la confiance des Grand-Baisiens« , raconte Bénédicte Jourdier. « Mais une fois la glace brisée, les habitants nous ont accueillis à bras ouverts. D’ailleurs, ce soir, ils sont venus et ils ont même amenés des gâteaux« , sourit-elle. La journaliste entend bien continuer de suivre le déroulement de l’histoire, qui est loin d’être terminée. « Ce qui nous importait, rappelle-t-elle, c’était de faire passer des émotions, d’aller plus loin que la froideur des projets d’aménagement, pour vraiment comprendre la situation humaine ». L’exposition, éphémère au Spot, devrait s’étoffer avec le temps, au fil des rebondissements de l’histoire.