Après avoir enduré les foudres de la tempête Erika et malgré une pauvreté chronique de sa population, la Dominique, comme beaucoup d’États de la Caraïbe mise sur ses atouts touristiques pour relancer une partie de son économie. Pour ce faire, l’organisme chargé du marketing territorial de l’île, Discover Dominica Authority, met en avant plusieurs stratégies pour attirer le touriste.

Les secousses économiques mondiales de cette dernière décennie et les aléas météorologiques comme la tempête Erika ont causé de nombreux dégâts sur l’île de la Dominique et infligé au petit État indépendant du cœur de la Caraïbe des pertes économiques et financières sévères. Les installations touristiques, les infrastructures, comme les hôtels, les routes et même les paysages ont été touchés, rajoutant des difficultés supplémentaires à l’île, dont la situation économique fait partie des moins favorisées de toute la Caraïbe. « La question de la réduction de la pauvreté par le tourisme est au centre des débats et des recherches depuis une décennie« , affirme Christelle Murat dans la Revue Etudes Caribéenne. Le tourisme, c’est 30 % du PIB dominiquais, qui, selon la Banque Mondiale se montait à 517,2 millions de dollars américains en 2015. Par comparaison, la même année, celui de la France était à 2181,1 milliards d’euros. Alors la Dominique joue tous azimuts sur son potentiel touristique : campagne de valorisation des ressources naturelles que sont les cascades, les randonnées, les sources d’eaux chaudes soufrées etc…

Les autorités ciblent par plusieurs politiques les touristes du monde entier. « Ce que nous voulons mettre en avant de notre destination tient en trois mots, explique Colin Piper le CEO de l’organisme de promotion du tourisme dominiquais, Discover Dominica Authority. Nature, culture et expérience. Nous voulons appliquer ces trois motifs de visites à toutes les sortes de touristes, qu’il s’agisse de backpakers ou de touristes favorisant un séjour all inclusive, dans des hôtels luxueux« .

Et si les « routards » en sac-à-dos ne sont pas à négliger, ils sont quand même une cible secondaire puisqu’ils sont en général des adeptes du voyage à petit budget. Mais, bien que moins pilotées par la puissance publique l’offre existe quand même : maisons de famille, comme l’hébergement proposé par Jennifer Andreoli, Canadienne d’origine qui propose un tout petit nombre de chambres-avec-vue et propose de cuisiner avec elle les produits locaux. Elle se fait aussi le relais des bonnes informations, des bons plans, aime expliquer l’histoire de l’île, de sa famille tombée amoureuse de ce territoire dans lequel elle propose de s’immerger. « Les touristes qui viennent chez nous sont plutôt éduqués en matière de relation à la nature et d’environnement » note-t-elle. Elle reçoit beaucoup d’européens et de canadiens, dit-elle.

©Amandine Ascensio

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Autre forme de tourisme tourné vers la nature, l’agro-éco-tourisme , sur lequel la Dominique mise depuis 2007 en développant des parcours et des visites de fermes tournées vers le bio, la production locales et les plantes médicinales.

Le tourisme développé grâce aux incitations fiscales

Mais le plus gros du projet touristique de la Dominique tient tout de même au développement de son potentiel d’hôtels 4 étoiles et plus. Un projet qui, depuis quelques années et notamment depuis fin 2016 et 2017 prend une ampleur démesurée : avec le programme « Citizenship By Investment » (CBI) un programme qui existe depuis près de 24 ans, et qui accorde le statut de citoyen dominiquais à toute personne qui  investit dans un projet porté par le gouvernement, souvent autour de l’immobilier. En Dominique, plusieurs complexes hôteliers sont en projet et financés par ce modèle. Le ticket d’entrée pour ces investissements est porté à 100 000 $, mais bien sûr, pas limité.

Des grands hôtels de luxe

Cela a permis à quelques chantiers d’hôtels de luxe de sortir de terre pour faire émerger des bâtiments de plus ou moins une centaine de chambre chacun, à différents endroits de l’île, comme à côté du Parc National de Cabrits ou encore le Jungle Bay, totalement détruit par Erika, qui renait de ces cendres grâce à ce programme, qui nécessitera plus de 20 millions de dollars US.

©Amandine Ascensio

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« Le gouvernement a voulu développer le tourisme, identifié comme une source de revenu et nous avons mis l’accent sur ce volet« , indique Emmanuel Nanthan, le responsable du service CBI. Et le programme attire des investisseurs. « Ce sont souvent des gens du Moyen-Orient ou de Chine« , détaille Emmanuel Nanthan rappelant que l’obtention de la nationalité dominiquaise ouvre la possibilité de voyager dans 125 pays de par son appartenance au CARICOM (Caribean Community) mais aussi au Commonwealth. Une ouverture sur le monde qui, dans le cadre de l’obtention de passeport a été contestée en janvier  par l’opposition au gouvernement de la Dominique, arguant l’insécurité que pourrait entraîner la cession de passeport à des personnes recherchées dans le monde.

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« Nombreux sont les investisseurs intéressés par la nationalité dominiquaise« , souligne le directeur du programme. Et si devenir Dominiquais peut avoir certains avantages, d’un point de vue géographique, c’est surtout pour la situation fiscale de l’île que l’obtention d’un passeport attire. « Ici on ne paie pas d’impôts sur les revenus hors de la juridiction » rappelle Emmanuel Nanthan.

En effet, il n’y a pas de taxes sur les sociétés extra-territoriales ou les revenus des citoyens non-résidents. Les programmes hôteliers ou de relogement (autre programme gouvernemental) sont souvent financés selon Emmanuel Nanthan, par de riches particuliers toutes nationalités confondues. Les hôtels qui viendront s’ouvrir sur les trois prochaines années se disséminent un peu partout sur l’île, comme à côté du Parc national. Les autorités espèrent trouver preneurs de chambres dont les montants pour la nuit pourraient s’avérer très onéreux. Alors, pour faire venir ces touristes, la recette est simple même si les ingrédients ne sont encore pas réunis : accroitre les rotations de ferry et multiplier les points de mouillages pour permettre à des yachts et grands catamarans d’accoster, investir dans un aéroport international pour favoriser les accès directs au pays. Pour l’heure, le trafic aérien est tributaire des compagnies et des avions qui passent notamment par la Martinique et la Guadeloupe.

« Nous travaillons dans une cellule gouvernementale de l’accès aérien à trouver des partenariats et des fonds pour déclencher une grille d’horaire qui permettraient, en premier lieu, d’optimiser les trajets« , annonce Hervé Nizard, homme multi-casquettes, entrepreneur hôtelier et consul de France en Dominique.

Le but ? Faire grandir le nombre de visiteur de la Dominique (qui a déjà, sur les 5 premiers mois de 2017 augmenté de 14,3 % par rapport à l’année précédente) pour doubler le nombre de visiteurs, pour l’instant fixé à 45 000 annuels. « Nous avons un tourisme de niche ici et il nous faut utiliser nos propres forces que sont la nature et les rivières pour pouvoir le conserver« .