La qualité de l’air aux Antilles est médiocre ces derniers temps, c’est un fait. Ces épisodes vont-ils cesser ? Mais que contiennent les fameuses « brumes de sables » dont on parle tant ? Éléments de réponses avec Stéphane Gandar, directeur de Madininair, une association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air.

Mediaphore : Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer ce que contiennent exactement les brumes de sable ?

Stéphane Gandar : Les particules désertiques, constituants les brumes de sable, proviennent des déserts africains de Sahara et du Sahel. Ainsi, ces particules semblent majoritairement de composition minérale. A moindre mesure, d’autres composés peuvent être présent dans ces particules. Peu d’études ont été réalisées dans la zone Caraïbe sur la composition chimique des particules et c’est un point manquant dans l’expertise sur les particules. La législation française est en effet plutôt tournée sur la quantité de particules respirée plutôt que sur l’étude de la composition chimique.

Pour permettre d’améliorer les connaissances sur la composition des particules désertiques, Madininair va participer à une étude conjointement préparée avec le Ministère chargé de l’Environnement, à partir d’octobre 2017, permettant une mesure de la quantité de particules en plusieurs points du territoire de la Martinique mais également de réaliser de la spéciation chimique des particules (étude de composition chimique et de granulométrie).

Cette étude programmée d’octobre 2017 à octobre 2018, permettra de qualifier « la particule désertique » et ainsi de comparer les résultats obtenus aux normes sanitaires existantes.

Comment expliquez-vous que ces derniers temps la qualité de l’air en Guadeloupe et Martinique soit aussi médiocre voire mauvaise ? Les alizés transportent-elles plus de particules fines que d’habitude ?

SG : Depuis le début des mesures des particules fines en Martinique, en 2000, Madininair observe une tendance d’augmentation des épisodes de pollution par les particules, même si on observe une certaine variabilité d’une année à l’autre, dépendante des conditions climatiques générales. 2017 est une année pour l’instant plutôt dense et surtout marquante par rapport à la durée de l’épisode de Mai 2017. En effet, l’historique des données de mesure montre que c’est seulement la troisième fois que Madininair enregistre une durée de dépassement de seuil en particules de 8 jours consécutifs.

Sur une année, les épisodes de brumes de sable sont principalement observés durant les mois de mai et juin. Toutefois, depuis 2006, on observe que ces épisodes s’étalent sur une période plus étendue de mars à octobre. Néanmoins, c’est surtout durant la période sèche, quand la zone intertropicale de convergence est positionnée sur les déserts africains et les Antilles que les alizés véhiculent les particules désertiques.

Depuis combien de temps exactement observez-vous ce phénomène sur les Antilles françaises ? Le changement climatique pourrait-il l’accentuer ?

SG : Madininair surveille la qualité de l’air et mesure les particules fines dans l’air depuis 2000. Les années 2010, 2012 et 2015 ont notamment été marquantes par la répétition du phénomène, par sa fréquence et sa densité.

Ce phénomène date néanmoins certainement de plus longtemps même si la mémoire collective semble appuyer sur le fait que la fréquence de ces épisodes augmente. Toutefois, sans mesures des concentrations préalable à 2000 en Martinique, il est difficile de prendre une position certaine.
Il est par ailleurs complexe de déterminer la part du changement climatique dans l’augmentation du phénomène sur une période de 20 ans, qui, à l’échelle du climat, est très courte. Ce qui est certain, d’une manière physique, c’est que les particules issues des déserts Africains ont un terrain favorable pour leur dispersion vers l’Est si l’Océan Atlantique  et la couche d’air au-dessus de l’Océan sont à une température élevée.

L’utilisation en Martinique des voitures, qui on le sait relâchent beaucoup de gaz polluants dans l’atmosphère, peut-il être un facteur amplifiant les épisodes de brumes de sable ?

SG : Madininair mesure l’ensemble des particules fines émises : que ce soit naturelles ou anthropiques. Ainsi, lors d’un épisode de pollution en particules fines, l’ensemble des particules émises est pris en compte. Il a pu être observé des dépassements des normes environnementales en particules fines dans des période sans épisode de particules désertique et notamment, sur les stations de mesure à proximité du trafic, montrant clairement la contribution du transport routier à la pollution particulaire. Lors d’un épisode de pollution en effet, les particules émises localement par la partie transport s’ajoutent aux particules provenant des épisodes de brume de sable. L’impact du transport automobile est évident et est appuyé par les résultats observés en situation proche trafic sur d’autres polluants comme le dioxyde d’azote.Il est à noter l’effet « négatif » des alizés sur cette question. En effet, ces vents, outre la dispersion, provoquent aussi la remise en suspension permanente des particules déposées par les véhicules sur le sol.

Savez-vous si ces épisodes vont cesser dans les semaines à venir ou au contraire s’intensifier ?

SG : Au regard des années précédentes, il est très probable que d’autres épisodes surviennent sur le reste de l’année, principalement jusqu’à septembre, même si des épisodes plus épars peuvent être observés en fin d’année. Si la durée des épisodes semble marquante en 2017, il est à noter que nous sommes malgré tout très loin des records enregistrés jusque ici en Martinique en concentration. En effet, en Mai 2007, l’épisode aura duré 7 jours avec des maximum en concentrations de près du double de ce qui a été mesuré en Mai 2017. Madininair restera mobilisé toute l’année pour prévenir en cas de pic et pour faire passer les messages sanitaires liés à ces dépassements de seuils.
A VOIR : Ci dessous un graphique faisant le bilan de la qualité de l’air en 2016 

© Madininair

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