A moins d’y être immergé dedans, on ne le voit pas beaucoup en Guadeloupe. L’écosystème startup, l’écosystème numérique de Guadeloupe n’est pas, comme dans d’autres territoires Français, mis en avant par l’ensemble des collectivités, ne s’affiche pas partout dans les médias, et semble être un pan de l’activité économique parmi d’autres.

Lorsqu’on y plonge, on s’aperçoit que ce microcosme, si petit soit-il, reste néanmoins actif. Portés par des personnes supra-motivées, l’économie collaborative, les entreprises innovantes, et les business model en développement sont pourtant au rendez-vous. Chaque année depuis quatre ans, GuadeloupeTech le cluster du numérique local organise un événement baptisé Startup.gp qui regroupe les acteurs du numérique guadeloupéen, les velléités d’entreprendre « en mode start-up » pour une journée de rencontres, de tables rondes et de questionnement.

« Cette année, j’ai comptabilisé près de 600 participants au total« , note Betty Fausta, présidente de GuadeloupeTech. Une petite victoire, pour celle qui entend faire connaître, démocratiser et faire vivre l’écosystème.

Après les réseaux sociaux en 2015, une journée sur « qu’est-ce qu’être smart? » en 2016, cette année, l’événement portait sur la thématique « Culture startup en Guadeloupe, mythe ou réalité? »

Une question fort à propos, et qui a tenté de trouver sa réponse dans l’ensemble des ateliers et tables rondes prévus tout au long de la journée. Le matin, les ateliers, « workshop », comme on dit en langage startup, portaient sur des conseils aux entrepreneurs, autour de questions comme l’utilisation des logiciels libres, les manières de démarrer son activité, réfléchir à son business plan, etc…

Culture du risque

L’après-midi, les conférences sous forme de table ronde ont permis de faire le point notamment sur la question de la définition de la startup. A une époque où le monde entier parle de startup, où chaque pays glorifie ses succès nationaux, à l’heure où l’on voit des licornes [on parle ici d’entreprises valorisées à 1 milliard de dollars, avant même d’entrer en bourse, pas d’un animal imaginaire, NDLR] émerger et même parmi les entreprises françaises, comme BlablaCar, se poser la question de qu’est-ce qu’une startup peut paraître saugrenu. « Et pourtant, c’est une question utile, rappelle Betty Fausta. Il y a plein de gens qui ne savent pas ce qu’est une startup, ce que cela signifie, et il est donc nécessaire de déconstruire et reconstruire cette notion, pour mettre tout le monde au même niveau !« 

©Amandine Ascensio

Les intervenants se sont donc entendus pour définir une startup comme une entreprise dont le modèle économique n’est pas totalement défini, est encore à tester et surtout dont l’activité répond à un besoin sur le marché par une innovation. Pour le célèbre historien des entreprises Patrick Fridenson l’âge de l’entreprise, son secteur d’activité ou même encore sa taille (on pense toujours qu’une start-up est petite, jeune pousse et innovante dans le numérique), une startup est caractérisée par la perspective d’une forte croissance, par l’usage d’une technologie nouvelle, et par un besoin de financement massif. Autrement dit, une startup se place dans un contexte d’incertitude extrêmement fort, dans un cadre risqué en matière de finances, notamment.

« Créer une entreprise, n’est pas forcément créer une start-up« , se sont accordés à dire les intervenants. Chacun a pu mettre en avant son expérience, les solutions trouvées grâce au réseau, à l’accompagnement dispensé par ceux qui ont aidé à mettre en place l’activité, son périmètre, son modèle économique. Ceux qui ont aidé à pivoter aussi.

Culture digitale

« Pour créer une startup, il faut qu’il existe une culture digitale« , a martelé Yoann Saint-Louis, le fondateur de Carfully, une plateforme de mise en relation entre particuliers souhaitant louer une voiture. La culture digitale, c’est d’abord faire avant d’anticiper les choses. Ne pas se poser trop de questions, sur la structure juridique par exemple, sur les moyens (même si c’est très importants). « L’idée c’est de tester les choses, avec les moyens du bord, pour montrer que le concept fonctionne, avant d’aller demander de l’aide financière », explique Yoann Saint-Louis.

C’est aussi accepter de se tromper, revenir en arrière, rebondir, refaire, recommencer, se tenir au courant, s’inspirer, parler de son projet, sans avoir peur que quelqu’un ne vous pique l’idée. C’est avancer à petits pas de but en but avant de viser la lune. C’est aussi comprendre que la souplesse est de rigueur. En effet, nul besoin de constituer une équipe avec des rôles bien définis selon la traditionnelle entreprise. Etre coordonné en équipe c’est bien, être dans des fonctions rigides est contre-productif. Le réseau est important : il permet de confronter l’idée de l’entreprise, de parler du projet, de trouver des solutions à plusieurs. Les lieux privilégiés pour se faire du réseau ? Les événements comme startup.gp, les pépinières d’entreprises comme Audacia mais aussi, les tiers lieux, comme les espaces de coworking ou les fab-labs. Des lieux d’échanges et d’innovation.

Et peu importe le lieu du marché de la startup : si l’activité répond à un besoin, le marché peut être local, ou bien plus large ou encore sans frontière. Il peut démarrer petit et s’agrandir, vers l’Hexagone, ou mieux, vers la grande Caraïbe. Et quant aux freins culturels ou même l’auto-censure abordés dans les questionnements, la réponse est claire : il faut bien comprendre que l’économie ne s’embarrasse pas de préjugés. Si l’idée est bonne, si elle répond à un besoin, alors elle a toutes les chances de croître.

La culture startup axée autour de l’économie de demain existe en Guadeloupe. Elle est encore peut-être un peu timorée, suspendue à des croyances et des représentations de l’entrepreneuriat d’un XXe siècle déjà bien lointain, mais elle émerge, patiemment portée par ses têtes d’affiche, et se célèbre dans le cadre de ses événements qui mériteraient d’être plus nombreux.

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