Réveiller les mémoires et célébrer notre héritage. C’est la mission du Festival Éritaj, Mémoires Vivantes. Cet événement culturel débute aujourd’hui dans la commune de Petit-Canal en Guadeloupe, jusqu’au samedi 27 mai. La troisième édition est placée sous le thème de « Tribal Soul, à la découverte de nos héritages ancestraux ».

« Je suis assez fatiguée des commémorations pour l’abolition de l’esclavage qui ne se résume qu’à un spectacle de danse par ci, une pièce de théâtre par là ou un dépôt de gerbe », raconte Noémi, 27 ans. Cette jeune Guadeloupéenne, qui vit en région parisienne, se rend cette année pour la première fois au Festival Éritaj, Mémoires Vivantes. La troisième édition de cet évènement se tient du 25 au 27 mai dans la commune de Petit-Canal. À travers une programmation riche et innovante, il célèbre l’histoire de la Guadeloupe et participe à la commémoration de l’abolition de l’esclavage. « Je me suis dit que ce serait une façon pour moi de me réapproprier ma culture de façon moderne. Ça ne se limite pas à une ou deux activités dispersées en Guadeloupe le 27 mai, c’est vraiment très vaste », explique Noémi.

Des concerts, des spectacles, des conférences-débats des ateliers, des projections, ainsi qu’«une trentaine d’exposants seront présents. Il y aura aussi des restaurateurs qui proposeront des plats traditionnels en rapport avec le thème de cette année ‘Tribal Soul, à la découverte de nos héritages ancestraux’ », détaille Laurence Maquiaba, en charge de l’organisation de l’événement. Le samedi 27 mai, les visiteurs pourront découvrir le concert final. « C’est une résidence d’artistes de styles différents venus de Londres, de la Martinique et de la Guadeloupe », précise l’organisatrice. Durant une semaine, Loriane Zacharie, Jean-Michel Rotin, Misé Sadik et Méthi’s ont mis au point, sous la houlette de Didier Juste, une création inédite pour rendre hommage à nos ancêtres. [Le chanteur Wizkid ne sera pas présent à la manifestation, ndlr]

« J’ai toujours été passionnée d’Histoire », raconte Laurence Maquiaba. Conseillère en stratégie touristique de Petit-Canal, la communicante avisée travaille depuis 2015 sur l’organisation de l’évènement en collaboration avec la municipalité, avec le soutien de la Région Guadeloupe, le CTIG et quelques partenaires privés. « Notre histoire est trop souvent synonyme de barricade et de clivage », explique-t-elle. Le Festival Éritaj, Mémoires Vivantes, est une série de moments d’échanges entre historiens, artistes, collectivités, la population et toutes les personnes susceptibles d’être intéressées. « Nous avons voulu mettre en place des ponts et montrer que les résurgences de cette histoire sont encore présentes », souligne l’organisation. 169 ans après l’abolition de l’esclavage, le devoir de mémoire se poursuit.

Et le choix de la ville de Petit-Canal est lourd de sens. « C’est une commune qui manque de reconnaissance touristique, mais qui est chargée d’histoire, surtout avec les Marches des esclaves », s’exclame Noémi. Raïssa, 24 ans, qui y réside et ne manque pas une édition du Festival, trouve que c’est une prise de position judicieuse. « Au-delà de tout le côté festif, c’est vraiment le côté commémoratif qui rend ce festival important à mes yeux », souligne la jeune femme. Elle apprécie beaucoup le village qui met en lumière le savoir-faire des artisans de la Guadeloupe, sans oublier le plateau artistique de qualité qui est proposé chaque année au public. « Nous accueillons des familles, beaucoup de jeunes, des vacanciers. L’évènement parle à toutes les générations », souligne Laurence Maquiaba.

Un manque de visibilité

« Je trouve que ce festival n’a pas la visibilité qu’il mérite », regrette Raïssa. C’est en suivant l’actualité de la chanteuse guadeloupéenne Florence Naprix que Noémi a découvert le Festival Éritaj, Mémoires Vivantes. Un manque de visibilité sur lequel Laurence Maquiaba et son équipe travaillent activement. La tâche est loin d’être simple pour cette petite équipe de 7 personnes, renforcée par la présence de 9 jeunes en service civique depuis cinq mois. « L’une de nos difficultés est de faire comprendre à certains partenaires et collectivités notre ambition d’ancrer cet événement dans la programmation culturelle de la Caraïbe », déplore l’organisatrice.

Pour cette troisième édition, l’équipe s’est lancé un nouveau défi de taille : créer une stratégie touristique autour de l’événement. « Nous avons travaillé avec une agence de voyage pour proposer des séjours à la carte, permettant de connaître l’histoire de la Guadeloupe au-delà des seules activités du Festival », s’enthousiasme Laurence Maquiaba. « Ça va venir ».

 

Prendre un billet pour « découvrir la Guadeloupe sous l’angle de cette histoire », répète Laurence Maquiaba. C’est cette perspective qui a décidé Noémi à prendre son billet d’avion pour la Guadeloupe. « J’ai entraîné une de mes cousines avec moi. J’en ai également parlé à une amie. Je pense que le Festival serait un bon levier pour la Guadeloupe, un atout incroyable. J’espère que les gens vont davantage se déplacer », souligne la jeune femme. Elle rêve déjà de prochaines éditions sous le thème de culture afro-brésilienne ou bien afro-cubaine. « Il y a tellement de thèmes à exploiter et plein de choses à faire ».

 

Articles similaires