Après une année 2015 marquée par la sécheresse, 2016 a été marquée par la tempête Matthew et des épisodes pluvieux en fin d’année. Une année en somme, difficile pour l’agriculture en Guadeloupe et en Martinique. Décryptage.

Dans son dernier bilan économique, l’Insee revient en chiffres sur l’année 2016 et dresse un bilan selon les secteurs. Pour ce qui relève de l’agriculture, le bilan de l’année agricole apparaît mitigé selon les secteurs. Le tonnage de cannes broyées n’est pas satisfaisant, mais il a tout de même réussi à dépasser les prévisions des professionnels du secteur, indique l’Insee. Autre information intéressante, la richesse saccharimétrique estimée à 7,50 % demeure en revanche plutôt faible. La filière banane rebondit après une année 2015 médiocre avec une augmentation annuelle de 6,4 % des expéditions, sans pour autant retrouver leur niveau de 2014. Dans le secteur de l’élevage, la baisse de la production bovine se poursuit. La filière porcine augmente sa production de 12 % conduisant à une hausse de 5 % de l’ensemble de la production de viande locale.

2016, une (très) mauvaise campagne sucrière

Premier élément qui symbolise une année 2016 difficile dans le secteur agricole en Guadeloupe, le démarrage de la campagne sucrière qui a débuté tardivement avec une coupe qui débute le 3 mars à Marie-Galante et le 10 mars en Guadeloupe continentale. La fin de récolte intervient le 10 juin à la SRMG (Sucreries et Rhumeries de marie-Galante), tandis que la date de fin de campagne à Gardel au Moule a fait l’objet de négociations au sein de la filière qui ont permis une prolongation de la coupe de deux semaines jusqu’au 09 juillet, rappelle l’enquête de l’Insee.

Le résultat de fin de campagne présente un volume de 524 386 tonnes de cannes broyées par les deux usines. Selon l’Insee, ce tonnage est largement inférieur à la moyenne décennale en raison des pluies de mars-avril. Autre facteur clé, la richesse en sucre qui elle subit une forte baisse de 1,8 point et s’établit à 7,50 %. Ce taux est le plus bas de la décennie 2007-2016 après celui de l’année 2011 qui avait atteint 7,48 %.

© Insee

En Martinique, l’année 2016 s’annonçait particulièrement prometteuse en termes de production : les livraisons du premier semestre laissaient entrevoir un résultat supérieur de 7 % par rapport à celui de 2015 et le maintien des cours à un niveau favorable devait faire de 2016 un excellent millésime. Mais les dégâts causés par la tempête Matthew ont fortement impacté les livraisons du dernier trimestre (– 56 % par rapport à 2015). Sur l’année, la production a ainsi diminué de 9,8 % par rapport à 2015. Les cours favorables à la banane ont cependant, permis de limiter la perte en valeur (– 6,2 %).

L’année 2016 est ainsi caractérisée à la fois par un faible tonnage et une faible richesse saccharimétrique indique l’enquêteur de l’Insee. La conséquence directe est une production de sucre qui plonge à 41 552 tonnes, soit une baisse de 32 % par rapport à 2015. C’est la plus faible production de ces dix dernières années, la production moyenne de sucre s’établissant à 58 174 tonnes. En Martinique, la teneur en sucre, autre composante essentielle du revenu de cette activité a diminué de plus de 15 % par rapport à l’année passée.

Avec la libéralisation du secteur sucrier européen à compter du mois d’octobre 2017, la nouvelle convention « canne 2016-2022 » a été signée le 22 janvier 2016 entre les usiniers, les planteurs et l’État. Elle précise les conditions d’octroi des aides nationales et les engagements de chaque partenaire pour les campagnes sucrières 2016 et 2017.

Baisse de la production de rhum agricole

La production de rhums traditionnels atteint 74 272 hectolitres d’alcool pur (HAP) en 2016, soit une baisse de 5 % en comparaison avec 2015. La production de rhum agricole perd un quart de la production 2015 et atteint 29 879 HAP. Son niveau se rapproche de celui de 2007 (29 587 HAP). Le rhum de sucrerie a progressé cette année de 16 % et atteint, avec 44 393 HAP, un niveau légèrement supérieur à la moyenne décennale. Le niveau de commercialisation a également augmenté en 2016 avec le marché local qui atteint 20 750 HAP, soit 12 % d’augmentation, et l’export qui est de 57 647 HAP, soit 6 % d’augmentation.

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Une année de transition pour la banane

Avec 66 208 tonnes, soit une progression annuelle de 6,4 %, les expéditions de bananes ont repris des couleurs après une année 2015 en berne. Cette embellie de la production est cependant restée limitée à cause, d’une part, des suites de la sécheresse de 2015 sur le début de campagne (les niveaux de production habituels ont été retrouvés à partir du mois de mars) et, d’autre part, par les aléas climatiques qui ont sévi en fin d’année : la tempête Matthew du 28 septembre, et les importants cumuls de pluie de novembre et décembre qui ont fragilisé les bananeraies.

Le profil de production de l’année 2016 est marqué par des expéditions à la baisse de 27 % sur la période des mois de janvier et février, et par un pic historiquement haut de 7 223 tonnes au cours du mois de septembre. La banane guadeloupéenne garde des prix fermes, avec un prix moyen payé au producteur qui augmente de deux centimes au kilogramme pour s’établir à 0,64 €/kg.

A contrario, en Martinique, les données recueillies auprès des organisations de producteurs montrent que la production de tubercules (dachine, igname) présente une hausse importante en 2016, de plus de 61 % par rapport à l’année précédente. La production de fruits et légumes diminue sensiblement de 8 %. Cette baisse s’explique par la chute de la production de tomates et melons qui comptent pourtant parmi les produits phares de la filière de diversification.