Une pétition en ligne favorable au remplacement du mot « nègre » en littérature par « prête-plume » recueille 17 000 signatures

Nelly Buffon, directrice et fondatrice de l’agence de conseil littéraire Enviedecrire, une agence d’aide personnalisée aux auteurs de littérature, un concept très déployé dans le monde anglo-saxon mais encore peu en France, a mis en ligne une pétition sur le site Change.org, pour cesser d’utiliser l’expression « nègre littéraire », qui a déjà recueilli 17 000 signatures.

Dans le langage commun, un « nègre » littéraire est une personne qui écrit à la place d’une autre, en signant son ouvrage du nom de cette personne. Sauf que, « aujourd’hui, le mot « nègre » est défini par les dictionnaires Larousse et Robert comme un terme raciste », indique Nelly Buffon, qui ajoute : « je précise que j’ai du sang noir ». En effet, cette expression fait référence aux anciens esclaves des colonies françaises qui travaillaient sans aucun droit et encore moins de reconnaissance.

Ce métier de porte-plume possède d’autres noms : « plume », tout simplement, ou « prête-plume », « écrivain à gage ». En Anglais, le terme se dit « ghostwriter » ou écrivain fantôme. « Les boules de meringue au chocolat dénommées « têtes de nègres » ont changé de nom dans les années 2000. De même, Haribo a rebaptisé « melting pot » ses bonbons à la réglisse qui s’appelaient « têtes de nègre », avant de les retirer de la vente en 2013 », rappelle Nelly Buffon pour qui « en  2017, il est temps d’abandonner ce nègre tout littéraire soit-il ».

Ce combat peut sembler vain, ou si l’on en croit certains commentaires postés sur les réseaux sociaux en réponse à cet appel à pétition, inadéquat, dans la lutte contre le racisme. Il n’est pas sans rappeler la lutte (gagnée) des féministes pour cesser d’utiliser le mot « mademoiselle », qui ravale la femme, non pas à un jeune âge, comme d’aucuns le croient, mais à son statut marital, donc à son positionnement par rapport à un homme.

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Décoloniser le langage

« En matière de lutte contre le racisme, il y a bien sûr des agressions physiques, qui sont bien plus violentes, et nous luttons contre elles », a déclaré Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) qui a pris position en faveur de la pétition de la jeune femme. « Dans un contexte où des insultes comme « négro » ou « bamboula » sont considérées comme presque « convenables », voire « affectueuses » par certains représentants de la police et de la justice, le CRAN a décidé de s’associer à la pétition lancée récemment, ayant pour but de remplacer l’expression « nègre littéraire » par la formule « prête-plume », indique un communiqué de l’organisation.

« Lutter contre les représentation raciste, c’est aussi cela lutter pour les réparations. Il est temps de décoloniser le langage » affirme Louis-Georges Tin, qui a obtenu un rendez-vous avec Loïc Depecker, le Délégué général à la langue française et aux langues de France, le 8 mars prochain.

 

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