Beau gosse, 30 ans, professionnel de l’immobilier et depuis six ans, grand passionné de comédie. Pas la comédie au sens drôle. Steeve-Ange Mascarillus a certainement beaucoup d’humour mais pour lui on ne badine pas avec le jeu d’acteur.

L’histoire commence comme une surprise. Quand il a vu le jour en Martinique le 6 juin 1986 à 6h56 (demandez lui si le 6 est son chiffre fétiche), il ne s’est pas projeté une seconde devant une caméra. Non, tout commence “il y a 6 ou 7 ans, bêtement, par un hasard. Je sortais du travail, je suis passé dans le restaurant d’une amie et j’y ai rencontré un réalisateur qui venait de se faire planter par son comédien. Alors au pied levé, il m’a proposé de le remplacer. J’avais ma tenue de travail. J’ai joué le jeu. C’était un spot pour le Conseil Régional.”

Et voilà ce jeune foyalo-joséphin sportif et fashion qui se met dans la peau d’un autre. C’est d’ailleurs précisément ça qui lui plait dans le métier d’acteur. Jouer un rôle, “sortir de sa personnalité, la mettre en sourdine pour devenir quelqu’un d’autre”. Un exercice bipolaire qui est rapidement devenu une drogue. Steeve-Ange cumule dès lors son métier, sa passion du sport et de la cuisine (Monsieur fait très attention à son hygiène de vie) et cette nouvelle addiction. Acteur mais aussi mannequin “parce que prendre une pose ou défiler c’est aussi jouer un rôle”, il enchaîne les publicités pour La Poste, Orange, Carrefour, La Galleria… son joli minois juché sur son corps tout en muscles est alors diffusé sur les chaînes locales et affiché sur des panneaux surplombant l’autoroute en “dix fois plus grand que n’importe qui” comme dirait Charles Aznavour.

“Sur l’écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais du cinéma”, Claude Nougaro

De film en bobine, il en vient à d’autres caméras : celles du cinéma. Lors du tournage de Toussaint Louverture en Martinique en 2011, il est figurant. “Une expérience qui permet de voir l’envers du décor et de rencontrer du monde”. Il y croise notamment l’acteur Haïtien Jimmy Jean-Louis. Un type qu’il trouve fascinant et qui lui raconte son parcours. “Il a fait un saut dans l’inconnu! Partir avec son sac à dos, dormir sous les ponts et poursuivre son rêve, se créer son destin, ne rien lâcher!”. Une initiative qui l’inspire. Car si le jeune homme adore son travail d’expert immobilier, il doit bien admettre que la comédie prend une place de plus en plus grande dans sa vie. “Je prospecte en ce moment, si j’ai une opportunité je fonce… mais c’est vrai que je suis à deux doigts de m’y lancer à plein temps.

Sauf que réussir en Martinique n’est pas évident. “Le territoire est petit, il n’y a pas beaucoup de place et puis même si certains y travaillent, il y a encore beaucoup à développer. Ne serait-ce que par rapport à la Guadeloupe qui est en avance sur nous.” Elle a par exemple un Bureau d’Accueil des Tournages. La Martinique, est la seule région française qui en soit dépourvue.

Mais pas de quoi décourager Steeve-Ange. Car en Martinique, il y a des volontés et des talents. Des réalisateurs, et des photographes, il en a croisé beaucoup ces dernières années. Cyrille et Marie De Virginie, Amingo Thora, Teddy Albert, Joslyn Vautor, Nicolas Lecurieux. Des artistes avec lesquels il a beaucoup appris. L’un de ceux qui l’ont le plus marqué, c’est Khris Burton avec qui il a tourné le court métrage angoissant “Minuit Quarante” : “c’est une chance de pouvoir travailler avec des gens comme Khris, ça n’a pas de prix. Il a une vision des choses qu’il sait rendre contagieuse et j’aime travailler avec des gens passionnés.” Parce que les gens passionnés “se dépassent”.

Steeve-Ange (à d.) aux côtés du réalisateur Martiniquais, Khris Burton © Aliocha

Repousser ses limites, c’est ce que lui a demandé le réalisateur sur le tournage de son dernier projet. Une série type science fiction baptisée “Society” qui nous projette dans le futur et dont l’intégralité est tournée en Martinique : “Pour Society on a marché dans les bois dans le Nord pendant des heures. Physiquement il faut y aller. Mais je suis content parce que c’est un rôle intéressant.” Un rôle qui pourrait être déterminant pour Steeve-Ange. Le pilote de la série présenté à Tropiques Atrium en juin dernier a remporté un franc succès et il a depuis été plébiscité au Trinidad-and-Tobago Film Festival puis au Chelsea Film Festival de New-York. Une carte de visite qui pourra toujours servir s’il décide de consacrer corps et âme au métier.

“I don’t want to wait in vain…”, Bob Marley

En attendant, il continue d’apprendre. Depuis l’an dernier, le jeune comédien prend des cours de théâtre à Tropiques Atrium sous la direction d’Aliou Cissé et du directeur de l’institution Hassane Kassi Kouyaté. Deux pointures qui lui donnent un nouveau regard sur le jeu. “C’est un enseignement différent qui me permet de sortir de l’amateurisme. C’est autre chose. Au théâtre, on a pas droit à l’erreur. Ca me plait aussi.

A côté, il continue à travailler sur des courts ou moyens métrages et des publicités. “C’est vraiment quelque chose qui m’amuse. Là où certains peuvent trouver difficile de répéter 100 fois la même chose, moi j’y trouve du plaisir. Pour une pub pour La Poste une fois, on a fait une centaine de prises en une journée. A chaque fois, le réalisateur me demandait des intentions de jeu différentes. A la dernière, il m’a demandé d’improviser… et c’est finalement celle là qui a été retenue.

“Je marche seul… acteur et voyeur”, Jean-Jacques Goldman

Jeu de patience et de passion, la comédie ne laisse plus beaucoup de temps libre à Steeve Ange. Qu’importe, son temps n’appartient qu’à lui. Il s’interroge parfois : “peut-être que c’est pour ça que je suis toujours célibataire. Peut-être que c’est aussi ce célibat qui me permet de faire ce que je fais.” En attendant que l’amour frappe à sa porte (il va falloir faire plus que sonner mesdemoiselles parce que Monsieur est exigeant), il rêve d’un avenir devant la caméra. Son idole : Denzel Washington.  “Il y a des séquences parfois où il marche. Il ne fait que marcher mais dans son attitude, dans son regard, on comprend l’histoire, on saisit l’émotion du personnage, s’il est heureux ou s’il y a une tempête en lui. C’est un acteur exceptionnel.

Steeve-Ange sur le tournage d’un pilote d’une série tournée en Martinique

Pour réussir, Steeve-Ange le sait, “il faut bouger, prendre son destin en main et croire en sa bonne étoile”. S’il ose sauter le pas, il partira sans doute dans l’Hexagone ou aux Etats-Unis. “En France, il n’y a pas beaucoup d’acteurs noirs à la télévision.” Il se dit qu’il aura peut être plus de chance aux « States ». Ce qui est sûr c’est qu’il ne manque ni de rêves ni d’ambitions mais, il le sait, tout se prépare au présent et avec un crédo des plus encourageant: “positive mind, positive vibes, positive life.”

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