© HappyMan Photography

Un quota de zouk imposé dans les médias de l’Hexagone. C’est ce que propose le député Guadeloupéen Victorin Lurel. La mesure fait partie du projet de loi relatif à l’égalité et la citoyenneté adopté en juillet dernier en première lecture.

A l’article 45, on peut lire que « les œuvres musicales interprétées dans une langue régionale en usage en France -doivent constituer- au minimum 4 % de cette proportion d’œuvres musicales d’expression française ». Dans la liste : les chants corses ou encore le zouk. De quoi promettre peut-être un rayonnement plus grand à nos artistes locaux. Mais la route est encore longue et beaucoup de questions attendent leurs réponses.

Entretien avec Michèle Beltan, ancienne programmatrice musicale chez Trace TV et Tropiques FM qui est aujourd’hui responsable de la distribution des musiques caribéennes chez Believe Digital (Société qui permet aux artistes d’être présents sur les plateformes de téléchargement légal).

Mediaphore : Michèle Beltan, quelle est la place du zouk dans l’hexagone ?

Michèle Beltan : Je ne parlerai pas que de Zouk – qui est aujourd’hui galvaudé car les Antillais qui font de la musique ne font pas que du zouk! – mais de musique Caribéenne. J’imagine qu’en parlant de Zouk on parle de musique issu des DOM-TOM ? La musique caribéenne donc est très présente dans l’Hexagone : on la retrouve sur les plates-formes de téléchargement légal, beaucoup sur le net et surtout sur Youtube. Mais elle reste communautaire sans diffusion portée par des grands médias nationaux…Pourtant elle est vendeuse.

Mediaphore : Une telle mesure est-elle viable sur le marché hexagonal ? 

MB : Chez nous (ndlr : dans les Outre-Mer), la musique caribéenne se vend plutôt bien et cela depuis des décennies. Nous avons nos propres « stars » locales. Je pense donc qu’une telle mesure peut fonctionner car il y a matière et beaucoup de talents. Cela pourra ouvrir des perspectives aux auditeurs qui ne verront plus notre musique avec un regard « doudouiste » et restreint à la compagnie Créole, Zouk Machine ou Franky Vincent. Il suffit d’habituer petit à petit les gens plutôt qu’à tous ces sons américains. Certains parleront peut-être de barrage de la langue, mais les gens ne comprennent pas plus l’anglais et se laissent porter par les mélodies. Cependant, les médias nationaux musicaux ( Fun, NRJ, MTV, etc…) ont des « accords » avec les majors, alors joueront-ils le jeu ? Feront-ils des choix plus subjectifs ? C’est encore autre chose…

Mediaphore : Le zouk a t-il une place à prendre?

MB : Bien sur! Il fait partie du patrimoine musical français. D’autant plus que la musique caribéenne a énormément évoluée depuis des décennies avec des influences que ce soit jazz, rap, electro, afro, nouvelle scène etc…et peut être aujourd’hui totalement accessible aux métropolitains. On le voit d’ailleurs très bien par le récent succès des Vikings de la Guadeloupe par exemple, plébiscités par de grands organes de presse comme Libération, Les Inrocks etc. qui eux aussi se demandent pourquoi il y a un désamour de la musique antillaise en France !

Mediaphore : La loi prévue concerne les musiques en langue régionale ? Mais est-ce que le zouk est encore vraiment chanté en créole ? 

MB : En effet, mais ça c’est un autre débat! (elle sourit). Le zouk n’est pas ou plus chanté uniquement en créole car il ne faut pas oublier que tous les Antillais ou « Antillo-philes » ne parlent pas le créole. Il faut le voir comme une ouverture…Aujourd’hui on retrouve des chanteurs de zouk en Afrique, en Asie… Après certains diront que ça le dénature, mais qu’elle musique n’a pas été « remaniée », « dénaturée », « ouverte » pour connaitre un plus grand succès ? Bob Marley a aussi été accusé de cela par certains de ses paires, quand il a voulu donner une portée internationale à sa musique, mais on connait aujourd’hui le succès du reggae…La force de nos musiques ne repose pas uniquement sur les paroles et la langue, mais surtout sur le rythme et la mélodie.

Mediaphore : Est- ce qu’un quota pourrait vraiment permettre aux artistes de zouk d’être diffusés d’avantage ? 

MB : Cela dépend de comment la sélection des titres va se faire. Est-ce que ça va passer par les majors ? Des labels indépendants ? Est-ce que ça va relancer la signature des contrats ? Est-ce que les médias accepteront de recevoir des titres ou des clips de la part de producteurs locaux sans les zèles et process que l’on connait aujourd’hui ? On verra dans les faits ce qu’il est en vraiment…

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